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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 10, juillet-août 2000 > DOSSIER : L’immigration, un problème ?

DOSSIER : L’immigration, un problème ?

L’immigration en France aujourd’hui

Mis en ligne le 1er août 2000 Convergences Politique

Les statistiques officielles considèrent comme immigré tout résidant en France, né à l’étranger, et n’étant pas de nationalité française à la naissance. Les immigrés qui acquièrent la nationalité française (environ 120 000 par an) restent donc comptés dans cette catégorie. Par contre, les enfants d’immigrés, nés en France, n’y figurent pas, même pour ceux qui choisissent une autre nationalité.

Depuis 25 ans, la population immigrée - qui reste à 70 % de nationalité étrangère - représente une fraction stable (7,4 %) de la population de France métropolitaine. Mais on a assisté à une diversification des courants migratoires, avec une forte progression des migrants originaires de Turquie, d’Afrique Noire, d’Asie et - plus récemment - d’Europe de l’Est. Néanmoins plus de 50 % des immigrés de France restent d’origine européenne.

Répartition des étrangers par nationalités depuis 1921

(en % du total de la population étrangère en France)

Nationalités d’Europe Nationalités d’Océanie Nationalités d’Asie Nationalités d’Afrique Nationalités d’Amérique
1921 93,7 0,4 1,9 2,5 1,5
1931 90,5 1,2 3,2 3,9 1,2
1954 81,1 0,8 2,3 13 2,8
1968 72,3 0,1 1,7 24,8 1,1
1975 61,1 0,1 3 34,6 1,2
1982 47,8 - 7,8 43 1,4
1990 40,7 0,1 11,8 45,4 2

En 1999, l’INSEE estimait à 3,8 millions le nombre d’immigrés âgés de plus de 15 ans, la population des foyers (hébergeant près de 140 000 travailleurs venant à 85 % d’Afrique) n’étant pas prise en compte ; il faut y ajouter entre 180 000 et 350 000 clandestins selon les évaluations de la Diccilec ou du Bureau International du Travail.

Ouvriers de l’automobile ou du BTP

Malgré de fortes disparités dans les conditions de travail, de logement ou d’éducation en fonction des pays d’origine et des dates d’arrivée en France, on peut souligner certains traits communs à la population étrangère comme immigrée.

D’après l’INSEE, la part des immigrés dans la population dite active s’élevait, début 1999, à 2,1 millions de personnes, soit 8,1 %. Mais si le taux d’activité des immigrés (54,7 %) est le même que celui de l’ensemble de la population, la répartition par emplois diffère : 78 % des immigrés ayant un emploi sont des salariés du secteur privé, contre 63 % pour l’ensemble des actifs occupés ; 44 % d’entre eux sont ouvriers, pour 26 % d’ouvriers dans toute la population active ; 40 % occupent un emploi non qualifié, ce taux dépassant 50 % parmi les femmes. La plupart des ressortissants de Turquie, plus de la moitié des immigrés du Portugal et du Maroc, et près de la moitié de ceux d’Algérie ou de Tunisie sont ouvriers ; une part importante des immigrés d’Afrique Noire, du Portugal, d’Espagne et d’Asie du Sud-Est sont employés.

Par ailleurs, certains secteurs économiques concentrent la main-d’œuvre immigrée : 16,2 % des travailleurs de la construction et 11,5 % dans l’automobile sont immigrés, la proportion étant encore plus élevée (17,4 % et 12,8 %) parmi les hommes. Construction et industrie totalisent près de 45 % des emplois des hommes immigrés.

Faibles salaires, chômage et HLM

La concentration des immigrés dans des emplois peu qualifiés se traduit par un niveau salarial inférieur à la moyenne nationale (89,9 % du salaire moyen à temps complet pour les hommes, 87,3 % pour les femmes).

Par ailleurs, la forte proportion d’ouvriers et d’employés parmi les travailleurs immigrés et leur présence importante dans des secteurs où l’emploi a le plus régressé (industrie, BTP...) conduit à un taux de chômage très supérieur à la moyenne nationale : la population immigrée compte pour 8,1 % de la population active, mais pour 14,4 % des chômeurs ; les hommes immigrés représentent 13 % des ouvriers, mais 20 % des ouvriers au chômage. Là encore, il existe de fortes disparités suivant la nationalité d’origine : alors que le taux de chômage des ressortissants de l’Union Européenne, à l’exception des immigrés italiens, est inférieur à la moyenne nationale, qui égale 11,8 %, ce taux dépasse 30 % dans la population active originaire de Turquie, d’Afrique Noire et surtout du Maghreb. Un autre aspect de la précarité de l’emploi des immigrés est leur surreprésentation dans les emplois temporaires (intérim, CDD...) ou à temps partiel, et parmi les chômeurs de longue durée.

Deux tiers de la population immigrée vivent dans trois régions (Ile-de-France, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur), mais les conditions de logement varient fortement selon le pays d’origine. Celles des migrants en provenance d’Europe du Sud sont proches de la moyenne française, avec une localisation préférentielle en zone rurale ou en petites unités urbaines. À l’inverse, les immigrés originaires de Turquie, d’Afrique Noire ou du Maghreb sont beaucoup plus concentrés dans les grandes agglomérations, cités de banlieue ou quartiers dégradés de centre-ville. Pour ces catégories, l’accès au logement est plus souvent restreint à la location (en 1996, 53 % des ménages étrangers étaient locataires, contre 28 % des ménages français), leurs ressources plus faibles les orientant vers le secteur dit « social » (la part du logement HLM étant deux fois plus importante parmi les ménages étrangers que parmi les ménages français) ou vers la partie la plus dégradée du secteur privé urbain, voire vers l’hébergement en foyer ou en hôtel meublé.

Les immigrées

Depuis 1974, la restriction de l’immigration de main-d’œuvre (majoritairement composée d’hommes seuls) et la poursuite du regroupement familial ont réduit la surreprésentation masculine dans la population immigrée.

On assiste aussi à un changement plus lent : l’intégration croissante des immigrées au marché du travail. Avec un taux d’activité inférieur à celui de l’ensemble des femmes, quelle que soit la tranche d’âge, les immigrées représentent 7 % de la population active féminine (pour près de 40 % de la population active immigrée). Mais leur situation face au travail combine deux inégalités : être immigrée et femme. Elles sont ainsi encore plus présentes que les hommes immigrés dans les emplois peu qualifiés, subissent des inégalités salariales plus importantes, sont plus fréquemment employées à temps partiel (42,3 % des femmes immigrées qui travaillent - et 46,1 % parmi celles de nationalité étrangère - sont à temps partiel) et connaissent un taux de chômage plus élevé (23,1 % contre 19,7 % pour les hommes immigrés).

Une part indissociable du prolétariat de ce pays

Même si 70 % des étrangers actifs, contre 28 % des Français, occupent des emplois pas ou peu qualifiés, le niveau de qualification tend à s’améliorer. L’immigration est plus souvent qu’autrefois originaire des villes, et contrairement à ce qui était constaté avant 1974, presque tous les hommes qui ont immigré en France depuis 25 ans ont été scolarisés, la proportion restant plus faible chez les femmes. Par ailleurs, l’augmentation plus récente d’une immigration liée aux études ou à l’asile politique contribue à une diversification et à une élévation du niveau de qualification de la population immigrée, mouvement qui suit, avec décalage, celui observé dans l’ensemble de la population laborieuse de France.

« Plus de 40 % de l’accroissement démographique depuis la guerre est, directement ou indirectement, imputable à l’immigration étrangère » écrivait l’INED dans un rapport de 1997 ; « Une personne sur quatre en France est immigrée ou d’ascendance étrangère, en ne remontant qu’aux parents et grands-parents ». L’immigration est donc bien un élément constituant de la population et du prolétariat de ce pays, d’hier mais aussi de demain.

Tristan KATZ et Gérard WEGAN

sources :

« Les immigrés et leurs enfants » - Michèle TRIBALAT - Population & Sociétés n°300 - avril 1995 (INED)

« Le logement des immigrés » - Patrick SIMON - Population & Sociétés n°303 - juillet 1995 (INED)

« L’immigration » - Emmanuel VAILLANT - collection « Essentiels » - éditions Milan (1996)

« La population immigrée - Le résultat d’une longue histoire » - Fabienne DAGUET & Suzanne THAVE - INSEE Première n°458 - juin 1996

« Politiques pour faciliter l’accès à l’emploi des populations immigrées » - Patrick AUBERT - Notes et Documents n°45 - novembre 1999 (DPM [1])

« Les étrangers et leurs logements » - Suzanne THAVE - INSEE Première n°689 - décembre 1999

« Migrations et nationalité en France en 1998 » - André LEBON - mars 2000 (DPM*)

« L’emploi des immigrés en 1999 » - Suzanne THAVE - INSEE Première n°717 - mai 2000


[1DPM = Direction de la Population et des Migrations

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