Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 10, juillet-août 2000 > DOSSIER : L’immigration, un problème ?

DOSSIER : L’immigration, un problème ?

Etats-Unis : un tri en fonction des besoins du capitalisme

Mis en ligne le 1er août 2000 Convergences Monde

De 1820 à 1914, plus de 30 millions de personnes s’installent aux Etats-Unis, pour les 4/5 d’origine européenne. La nation américaine a été construite par l’immigration. Mais c’est en même temps une nation fragmentée et gangrenée par le racisme et l’exclusion : esclavage des Noirs jusque en 1865, massacre des Amérindiens.

Une ouverture sélective

En 1882 un premier statut relatif à l’immigration instaure de sévères contrôles médicaux et judiciaires dans les ports d’entrées. La même année une première loi d’exclusion raciale ferme les portes aux immigrants chinois et pas moins de huit lois se succèdent jusque en 1917 pour écarter les indésirables et notamment les « extrémistes politiques » et les « indigents ».

La législation des années 1921-1924 met un véritable coup d’arrêt à l’immigration avec l’instauration d’un système de quotas selon l’origine des immigrants. La crise économique dans les années 1930 accentue encore ce repli et le nombre de retours d’immigrants dépasse celui des entrées. Mais dès 1942, le programme Bracero relance l’immigration d’origine mexicaine en fonction des besoins de l’économie américaine.

La loi de 1965 met un point final à la politique raciale : 260 000 visas sont accordés cette année là et plus de 750 000 trente ans plus tard, les Européens n’assurant plus qu’un neuvième des entrées. Répondant à de nouveaux besoins, la loi accentue en même temps le triage social et professionnel des nouveaux arrivants. De plus en plus d’immigrants, notamment asiatiques, occupent des emplois qualifiés dans les secteurs où la demande est très forte. Ainsi un quart des ingénieurs électroniciens seraient actuellement des immigrés, et même un tiers dans la Silicon Valley, près de San Francisco.

Des clandestins montrés du doigt et pourtant tellement utiles

La croissance a provoqué la création de nombreux emplois sous-payés et très précaires. Si un certain nombre d’immigrés peu ou pas qualifiés ont pu entrer par le biais des regroupements familiaux, beaucoup travaillent clandestinement comme ouvriers agricoles, dans les industries du textile ou de l’agro-alimentaire, ou dans les services où la demande est considérable. C’est une situation très avantageuse pour le patronat, mais du côté des politiciens, on agite volontiers cette question comme un épouvantail. La frontière avec le Mexique ressemble à un nouveau mur de Berlin et l’immigration clandestine est volontiers présentée comme un danger pour la « sécurité nationale » !

Certes en 1986 une loi amnistiait les clandestins et prévoyait même pour la première fois des sanctions civiles et pénales contre les employeurs de main d’œuvre clandestine. Mais un Etat comme la Californie (aussi grand et peuplé que la France) ne dispose que de 17 inspecteurs (alors que la moitié des 2,7 millions de travailleurs régularisés l’ont été dans cet Etat). La loi de 1990 a surtout permis d’accentuer la répression contre les salariés et non contre les patrons. Car les patrons ont besoin des immigrés, et de plus en plus actuellement. Mais maintenir la pression en les maintenant dans la clandestinité est aussi avantageux.

En même temps les immigrés -clandestins ou non- sont devenus un bouc émissaire aux yeux de l’opinion publique au moment où les Etats se désengagent de plus en plus nettement de leurs obligations financières dans les services publics. Ainsi en 1994, l’Etat de Californie adoptait la « proposition 187 » destinée à interdire aux enfants de clandestins l’accès à l’enseignement public. Elle était finalement rejetée par la Cour suprême, mais en août 1996 une loi fédérale retirait cette fois aux immigrés légaux (temporaires) et aux récents amnistiés le bénéfice de certaines aides sociales.

Cette démagogie n’est finalement qu’un aspect d’une politique plus générale destinée à faire accepter les mesures d’austérité prises par les différentes gouvernements et maintenir les salaires à un niveau très bas même en période de croissance.

Raoul GLABER


Immigrés aux Etats-Unis : combien sont-ils ?

Les personnes « nées à l’étranger » (ayant acquis depuis le plus souvent la nationalité américaine) représentaient 15 % de la population totale au début du siècle, 5 % il y a 30 ans, et un peu plus de 9 % aujourd’hui. En 1996 il a été accordé près de 600 000 titres de séjours permanents sur critères familiaux (et 50 000 autres visas selon un système de loterie !), 117 000 sur critères professionnels (sur les 150 000 prévus selon les quotas), et 128 000 en vertu du droit d’asile. Le nombre de clandestins entrant chaque année est estimé à 200 ou 300 000. Soit au total plus d’un million de personnes par an. Mais il faut tenir compte des départs : 250 000 en moyenne pour les immigrants légaux, et encore plus pour les autres.

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article