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Archives > Convergences révolutionnaires > Numéro 130, janvier-février 2020 > La grève de 2019-2020 > Les grévistes en action

La grève de 2019-2020

Les grévistes en action

Paris 20e, près de la porte de Vincennes

Il est 5 heures : Lagny s’éveille

Mis en ligne le 21 janvier 2020 Convergences Politique

Une table vient d’être installée sur le trottoir par les grévistes. Certains ont dormi au dépôt. Le café est prêt, les premiers collègues arrivent. Plusieurs habitent loin et sont partis dans la nuit pour être présents au piquet de grève. Certes les machinistes-receveurs ont l’habitude de se lever tôt, mais la journée sera longue… Les soutiens extérieurs arrivent aussi à l’aube. Qu’une action soit prévue ou non ce matin-là, les habitués sont fidèles au poste. Pas de braséros, de feu de palettes ou de drapeaux syndicaux ici. Juste une pile de tracts à côté de la cafetière, un peu de musique parfois et beaucoup de monde. Ici, « on fonctionne en interpro depuis le début » comme le répète un gréviste. Au piquet de grève, certains ont fait la grève de 1995, d’autres ne sont embauchés que depuis un an, mais ils partagent la conviction profonde qu’ils se battent pour tous les salariés.

Le centre bus de Lagny est situé près de la porte de Vincennes dans le 20e arrondissement de Paris. Facile d’accès malgré la grève de la RATP (il est sur la ligne 1, une des deux lignes automatisées), il a attiré tout au long de la grève de très nombreux soutiens : militants politiques, étudiants, salariés de la mairie de Paris ou enseignants en grève, lycéens du quartier venus chercher de l’aide pour bloquer leur lycée…

Il y a parfois plus d’une centaine de personnes qui débordent du trottoir et empiètent sur la rue, gênant ainsi la sortie des bus, au grand dam de la direction. À l’écart, l’encadrement scrute la scène tous les matins, huissiers et policiers à l’appui. Les grévistes ne veulent pas bloquer la circulation des bus par crainte des sanctions disciplinaires. Mais ils s’adressent aux machinistes avec leurs propres tracts, pour expliquer où en est le mouvement et les convaincre de se (re)mettre en grève. Il arrive que les discussions entre collègues s’éternisent : un bus est arrêté en plein milieu de la sortie. Les policiers hésitent à interrompre la discussion, puis les ordres arrivent et ils repoussent violemment les grévistes pour dégager le passage.

Le centre bus de Lagny jouxte une annexe du ministère de l’Intérieur. Coïncidence ou pas, les flics sont toujours là à une vingtaine, parfois davantage. Au début du mouvement, les blocages ont été massifs et réussis avec des dizaines de soutiens venus animer le piquet de grève, et la satisfaction de constater qu’il n’y avait pas grand-chose à bloquer… car personne ne roulait !

Sur le piquet les grévistes et leurs soutiens discutent par petits groupes de la situation de la grève, du boulot, des collègues qui roulent (ou pas), des actions passées ou prévues… On fait passer le temps avant l’assemblée générale qui a lieu presque quotidiennement vers 8 heures, une fois les derniers bus du matin sortis. Pendant toute la grève le piquet s’est tenu, du lundi au vendredi (parfois même le samedi), quelle que soit la météo. Pas question d’abandonner le piquet : il faut montrer aux cadres et surtout aux collègues que la grève tient bon.

À 8 heures, tout le monde est là : on se déplace vers une guérite sur le cours de Vincennes pour faire l’AG. La salle est bondée. On se serre. Des collègues de la maintenance ou du métro sont là. Un des membres du comité de grève commence : « On est bien d’accord qu’on ne se bat pas juste pour la RATP mais pour tout le monde, jusqu’au retrait, alors on reconduit la grève ». Les grévistes lèvent unanimement la main. Ceci étant acté, reste à voir les actions prévues pour la journée : distribution de tracts à la porte d’autres entreprises, rassemblements, manifestations... On cherche des solutions pour élargir la grève à d’autres secteurs, pour se coordonner entre grévistes de la RATP voire de la SNCF, pour gérer la caisse de grève… La discussion commence. On termine vers 9 heures. Les échanges se prolongent dans la rue, avant que le groupe ne s’engouffre dans le métro. Ce jour-là, c’est pour rejoindre une AG de cheminots à la gare de Lyon. La journée ne fait que commencer.

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