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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 130, janvier-février 2020 > La grève de 2019-2020

La grève de 2019-2020

Du 5 décembre au 16 janvier, la grève au jour le jour…

Mis en ligne le 21 janvier 2020 Convergences Politique

Nous publions ici des extraits de notes parfois quotidiennes, ayant fait le point sur le mouvement de grève en cours, depuis 45 jours !

Prologue : avant le 5 décembre

13 septembre : journée de grève de la RATP contre les menaces sur les retraites, massivement suivie. C’est à l’issue de cette journée que, très prudemment, la date du 5 décembre a été fixée, d’abord par les syndicats de la RATP. La date a été reprise à la mi-octobre comme date d’une journée d’action interprofessionnelle par une intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse).

18 octobre : « dépôt de sac » intempestif à la SNCF, dans tout le pays suite à un accident de TER. Un débrayage massif qui va durer plusieurs jours.

Dans les semaines qui précèdent le 5 décembre, cette journée apparaît de plus en plus largement dans différents secteurs comme le point de départ d’une mobilisation. Si les confédérations s’en tiennent à un appel à une unique journée, à la SNCF et à la RATP les principaux syndicats appellent à une grève reconductible.


Jeudi 5 décembre

Le bras de fer est engagé de la meilleure des manières.

À la SNCF et à la RATP, la grève démarre très fortement : au-delà des moyennes annoncées (60 %) dans ces boîtes où les cadres sont de plus en plus nombreux, il y a eu une unanimité (entre 85 et 100 %) de grévistes dans les services d’exécution chez les roulants, mais pas seulement (aiguilleurs, ateliers).

La mobilisation enseignante est au rendez-vous, à un niveau jamais vu depuis 2003. Au-delà du public, les nombreux préavis du privé ont été suivis d’effet avec des cortèges du privé dans toutes les manifs.

Avec plus de 800 000 manifestants selon la police, ces manifestations du 5 décembre sont d’une ampleur comparable à celles de 2010 contre les retraites – le dernier mouvement massif. Les plus grandes manifs contre la Loi travail étaient évaluées à 220 000 et la première des Gilets jaunes à 280 000… L’enthousiasme était palpable dans les cortèges.

Consigne a visiblement été donnée aux ministres et députés de baisser d’un ton. Il faut dire que la détermination des manifestants, malgré l’absence de transports et les consignes agressives des flics est un signe. Édouard Philippe remercie malicieusement les syndicats pour la bonne tenue des cortèges. Le calendrier de présentation de la réforme est avancé au milieu de la semaine suivante. Mais tout le monde sait bien que le gouvernement n’a pas besoin de ces quelques jours pour « rendre sa copie », mais pour mesurer le rapport de force.

Du point de vue de l’organisation à la base, la journée du 5 a été riche . Les AG de cheminots ont été nombreuses. Les grandes gares parisiennes font exception car faute de transports, leurs AG ont été éclatées et décentralisées en plusieurs sites de grande banlieue. À Nantes, Strasbourg, gare du Nord, des comités de grève ont été élus. Et à Saint-Lazare, Lille ou gare de l’Est, ils ont été défendus et mis en place sans vote.

Côté éducation, des AG de ville ont rassemblé des dizaines et parfois des centaines d’enseignants et ont permis de regrouper ceux qui défendent la reconduction. Des AG interpro de ville (en banlieue parisienne ou en régions), souvent des réseaux militants anciens, se sont réactivées, essentiellement militantes mais assez nombreuses.

Enfin, que ce soit dans les AG ou dans les manifs, la colère dépasse largement le cadre des retraites. La « coagulation » implique une longue liste de revendications, pas du tout catégorielles mais plutôt générales : salaires, embauches, services publics mais aussi dénonciation des inégalités et d’une société pour les riches. Une rage générale contre Macron et son monde.


Vendredi 6 décembre

Le Premier ministre tend la main aux organisations syndicales, un an après les Gilets jaunes, en espérant qu’elles retrouvent au plus vite leur place, celle qui consiste à canaliser de tels mouvements.

L’appel de l’intersyndicale à une journée d’action dès le mardi 10 s’inscrit dans ce cadre : montrer qu’elles peuvent prendre la tête du mouvement et le canaliser afin de négocier sur le calendrier serré du gouvernement – histoire que cette mobilisation ne dure pas trop. Petit « hic » : beaucoup de grévistes ne l’entendent pas de cette oreille et ont déjà voté en AG le retrait pur et simple de la réforme.

Au lendemain du 5 décembre, les reconductions sont massives à la SNCF et à la RATP. Dans l’éducation, le taux de reconduction est souvent décrit comme supérieur aux attentes des militants même s’il n’a rien à voir avec la situation à la SNCF ou RATP. D’autres secteurs de la fonction publique ont reconduit de manière minoritaire (finances, culture, territoriale, etc.). Dans le privé, pas de perspectives de reconduction immédiate, à part dans les raffineries.


Lundi 9 décembre

Le week-end passé, la grève tient fort. À la RATP, ce qui est frappant c’est la vie sur les piquets, notamment devant les dépôts de bus où la grève est souvent animée par des non syndiqués faute d’implantation syndicale. Ce qui donne une ambiance tonique où les visites d’étudiants, de profs ou d’autres sont très bien reçues. Les opérations de « blocage » du matin se sont transformées en rassemblements festifs très fraternels, un peu pimentés aux lacrymos.

Les assemblées générales SNCF sont moins nombreuses en proportion. Mais elles commencent à vivre. Des groupes de grévistes, parfois formalisés en comité de grève voté par l’AG, parfois informels, rédigent des comptes-rendus, rendent visite à d’autres secteurs en reconductible, organisent la cantine ou confectionnent des banderoles.

Le maître-mot du noyau dur du mouvement, c’est « l’interpro ». « On commence ensemble, on gagne ensemble ». Aucun corporatisme, c’est le mouvement de tous les travailleurs. Les AG interpro locales (quartier, arrondissement, villes) font leurs premières armes, regroupant quelques dizaines à près de 200 grévistes ou soutiens.

Le mot « comité de grève » revient à la mode. On en trouve à la SNCF/RATP, mais aussi dans l’éducation, l’enseignement supérieur ou même dans la territoriale qui n’a pourtant pas ces traditions. Effet « Gilets jaunes », affaiblissement des appareils (qui parfois ne combattent pas le comité et le considèrent comme un paravent bien pratique à leur absence de moyens et de politique), volonté des grévistes d’une grève active (et alors quoi de plus naturel qu’un comité qui regroupe syndiqués et non syndiqués ?)… En tout cas c’est dans l’air du temps du noyau « reconducteur ».

La course de vitesse continue entre le dynamisme du mouvement et la « détermination » (bien entamée) du gouvernement ; mais aussi et en parallèle entre l’organisation des grévistes et le contrôle des appareils (qui, à certains endroits, verrouillent sec).


Mardi 10 décembre

Une journée de manifestation : si les chiffres de manifestants sont en baisse par rapport au 5, ils restent largement inédits. Une grande détermination des participantes et participants aux cortèges, « on lâchera rien », « retrait du projet », « Macron ta réforme on n’en veut pas », « public privé, tous ensemble », « ras-le-bol de la galère »…

Grosse participation enseignante avec des cortèges de profs dynamiques.

Dans les cortèges, des boîtes privées en grève, dont des petites, mais le secteur reste en retard, ce qui est remarqué par les cheminots et agents de la RATP sur la région parisienne, qui attendent d’être rejoints. Ici ou là, des comités de grève de cheminots ont prévu de s’adresser à des boîtes du privé proches et ont rédigé et fait adopter en AG des tracts en leur direction. À la manifestation parisienne, réussite notable du regroupement de diverses belles banderoles de gares SNCF parisiennes (gare de l’Est, Austerlitz, Saint-Lazare…) dans un même cortège qui a agglutiné du monde autour.


Mercredi 11 décembre

C’est surtout la journée de l’annonce par Édouard Philippe des « détails » de la réforme. Dans quelques secteurs de cheminots, des écoutes collectives ont été organisées, avec commentaires voire communiqués dans la foulée.

Le gouvernement a déballé sa réforme (même s’il la couvre d’un voile de mensonges éhontés). Le double discours qui oscille entre les bienfaits de la réforme et la liste des catégories épargnées aura du mal à convaincre.

Macron avait déclaré il y a deux ans connaître la galère de « boucler une fin de mois difficile » car il a vécu, étudiant, avec 1 000 euros par mois. C’est pourtant la « révolution sociale » qu’il promet aux vieux.

Pour la CFDT, le gouvernement a dépassé une « ligne rouge » avec la mise en place de l’âge-pivot à 64 ans en 2027 annoncée par Édouard Philippe.


Jeudi 12 décembre

L’appel des syndicats à des mobilisations départementales n’a pas empêché des regroupements régionaux et des manifestations à plusieurs dizaines de milliers dans des grosses villes de France (Paris, Lyon, Nantes, Rouen, etc.)

Les révélations sur Delevoye, avec son cumul des postes et les 140 000 € de remboursements se multiplient.

Le discours de la veille d’Édouard Philippe a eu le meilleur qu’on pouvait lui espérer : au pire il n’a rien changé de la détermination de ceux qui sont déjà mobilisés, au mieux il l’a durcie, parfois même a inversé la tendance dans certains secteurs. Beaucoup le disent : ou bien tu sacrifies tes enfants ou bien tu refuses la réforme.


Vendredi 13 décembre

La reconductible tient toujours très bien à la RATP et à la SNCF. Toutes les énergies disponibles se tendent vers l’extension du mouvement, la réussite du 17 décembre.

Des débats très politiques dans les AG SNCF par exemple, car la CGT, tout en se prononçant pour le retrait, insiste encore pour canaliser la grève sur les « sujets d’entreprise » corpo. Elle s’est rendue jeudi (avec Sud-rail !) à une réunion de concertation avec la SNCF, en plein mouvement d’ensemble… Débats politiques aussi à la RATP Bus où les grévistes sont confrontés aux calomnies sur leur « homophobie », à la gestion des relations avec les non-grévistes, à la question du blocage.

Les tentatives de coordination sont embryonnaires et balbutiantes : une « rencontre des AG et comités de grève RATP/SNCF » s’est déroulée le 11 décembre en région parisienne, avec encore trop peu de délégations. Mais elles ont le mérite d’exister, de permettre de discuter à la base la nécessité d’une véritable coordination qui sera nécessaire si le mouvement se généralise.


Lundi 16 décembre

Démission de Jean-Paul Delevoye, bonne pour le moral !


Mardi 17 décembre

Sous les sapins, la grève ! Le ton des manifestations était à la détermination. « Pas de trêve », c’est le mot d’ordre de la journée.

À Paris, des centaines de grévistes de la RATP et la SNCF ont défilé en bloc, avec des banderoles nombreuses de gares et de dépôts, le plus souvent non siglées, parfois signées syndicalement, ou au nom de l’AG ou bien avec la mention « comité de grève ».

Le matin, un rassemblement à l’appel de la CGT bus RATP rejoint par l’AG de la gare de Lyon (notamment Sud-rail) avait déjà rassemblé près de 3 000 personnes au siège de la RATP à Bercy dans une chaude ambiance.

Les piquets de grève à la RATP ont été nombreux et renforcés par des soutiens. Les AG éducation ont été bien plus fournies que les jours précédents. Les AG SNCF du matin ont été partout au moins aussi nombreuses que celles du 5, parfois plus. 350 à Limoges ou à Tours, 160 à Lille, gare du Nord ou gare de l’Est, 100 à Strasbourg, Austerlitz ou Saint-Lazare… Après 12 jours de grève, c’est une première !

« Pas de trêve jusqu’au retrait » dit le communiqué intersyndical du soir (Sud, CGT, FO, FSU). Mais sans appeler à rien sinon des actions locales d’ici fin décembre. Une manière de redonner la main au gouvernement alors que s’ouvrent le lendemain des négociations bilatérales (la CGT a déjà annoncé y aller) et jeudi une séance « multilatérale » en présence du Medef


Mercredi 18 décembre

Le gouvernement repart à l’attaque après son flottement, la démission de Delevoye. La nomination de son successeur Laurent Pietraszewski, ex-DRH de combat qui licencie une caissière pour un trou de 80 centimes ou une déléguée syndicale pour vol de pain au chocolat se veut un message de fermeté.

Partout les enseignants mobilisés se creusent la tête sur le maintien d’activités pendant les vacances – et les propositions de se joindre aux cheminots et traminots semblent tenir la rampe.

Dans les deux secteurs moteurs en grève reconductible, on s’apprête très sérieusement à passer les fêtes en grève. Évidemment l’animation de la grève devra prendre une forme un peu différente : on ne peut pas miser sur des manifs aussi grosses que le 5 ou le 17 dans la période, peut-être moins de soutiens profs ou étudiants sur les piquets et aux AG. Peut-être aussi la nécessité de se regrouper un peu plus géographiquement, ou de tenir des caisses de grève puisque c’est parti pour durer… Autant de questions qui commencent à être soulevées dans les AG de grévistes et qui devront être résolues par les grévistes eux-mêmes. À cette étape du mouvement, le besoin se fait sentir d’une organisation à la base et de coordinations entre différentes AG.

Cette nécessité de s’organiser et de se coordonner est renforcée par les mauvais signaux envoyés par les directions syndicales. L’Unsa multiplie les coups de sonde, même à la RATP, pour avancer l’idée d’une trêve – mais sans aucun succès. La CGT cheminots affiche sa détermination, mais continue à pousser la grève vers les sujets d’entreprise, sans succès là non plus.

Du côté des chefs et cadres qui remplacent les grévistes, ça craque un peu partout… Il leur a été demandé de reporter leurs congés, mais certains ont refusé. Les guichets sont saturés. Le matériel n’est pas bon et sort des ateliers avec de nombreux défauts. Des rames font des allers-retours sans passer à la maintenance. À la RATP, certains annoncent des faiblesses à venir des régulateurs au métro et équipes de mercenaires qui remplacent les grévistes sur toutes les lignes.

Le gouvernement met la pression pour assurer les trains en ce week-end de grand départ. Mais lorsque le ministre des transports Djebbari ose affirmer que « 100 % des clients ayant un billet pourront voyager », c’est la direction de la SNCF elle-même qui s’étrangle. Connaissant l’état de la production, on risque de friser l’émeute dans les gares !

Toute cette opération de com’ gouvernementale a malheureusement des conséquences en termes de sécurité des usagers et des travailleurs des transports. En témoigne ce décret gouvernemental signé le 17 décembre qui autorise une dérogation aux règles de repos et de temps de travail dans le transport routier de voyageurs (dont les « cars Macron »). Et hop ! Par une signature du premier ministre, les taquets de temps de travail journalier et hebdo sautent dans tout un secteur (la preuve que ce serait facile à faire dans l’autre sens !).


Jeudi 19 décembre

À l’issue des négociations du 19 décembre, comme prévu la CFDT voit des « avancées » et l’Unsa ferroviaire lâche la grève à la SNCF. Et pour quoi ? Rien. Pas même le retrait de l’âge pivot. Le Premier ministre évoque des « marges de manœuvre ».

Dès le soir, de nombreuses motions sont tombées de syndicats régionaux Unsa SNCF qui condamnent la décision de leur fédération et appellent à continuer la grève. La pression venue d’en bas, des grévistes et des AG, se fait ressentir !

L’intersyndicale CGT, Sud, FO et FSU demande toujours le retrait, et dit « pas de trêve », mais la prochaine date de mobilisation est renvoyée au 9 janvier.

L’Unsa RATP publie un communiqué bien senti qui exprime la pression des grévistes. Le ton est donné : « même si les confédérations partent en vacances jusqu’au 9 janvier, nous, on reste en grève ! »

La CGT cheminots est aussi sous pression de la détermination des grévistes. Certains responsables CGT cheminots ont annoncé en AG que la date du 9 était trop lointaine et qu’ils tentaient d’obtenir de la confédération une date le samedi 28 décembre.

Jeunes ou profs, des réseaux de militants du mouvement s’organisent pour être actifs durant les congés. Les liens noués avec les cheminots et la RATP seront précieux pour permettre ces activités et utiles pour que les grévistes ne soient pas seuls sur les piquets pendant les fêtes.


Vendredi 20 décembre

Cette année on va faire le gréveillon !

Les AG ont reconduit quasiment à l’unanimité.

La date du 9 janvier est soulignée comme lointaine pour des grévistes en reconductible, cela n’a pas créé de réactions de démoralisation mais plutôt attiré l’attention des grévistes sur le fait que les directions syndicales (même CGT et Sud) sont capables de prendre des décisions dans leur dos qui nuisent au mouvement, voire plus dans le futur. Cette conscience semble pousser dans le sens d’une volonté de prendre la grève en main de la base au sommet.

En région parisienne le problème de la coordination RATP/SNCF a enfin été posé à une échelle conséquente (100 grévistes, surtout des chauffeurs de bus mais pas que).

Pas de reprise du travail annoncée donc, ni à la RATP ni à la SNCF, une pluie de motion d’AG, de comités de grève ou d’intersyndicales locales qui rejettent la trêve, beaucoup de propositions d’actions, banquets de Noël, temps forts, manifestations la semaine prochaine.


Lundi 23 décembre

Et il n’y a pas eu trêve ! Une action le matin à la gare de Lyon, massive, a permis de montrer concrètement le nombre impliqué dans la grève. Les « soutiens », en particulier les profs en vacances, sont au rendez-vous et les « fêtes de grévistes » sont de francs succès.

La veille, Macron avait annoncé renoncer à sa retraite de président.


Mardi 24 décembre

Le 24 décembre, les « petits rats » de l’Opéra de Paris en grève interprètent le « Lac des cygnes » sur le parvis du Palais Garnier. À la clause du grand-père, ils répondent : « Nous ne serons pas la génération qui aura sacrifié les suivantes. »


Jeudi 26 décembre

Ce qui domine, c’est le fait que la grève tient bon et la fierté de foutre en l’air le Noël de Macron… La fierté de tenir des AG et des piquets les 23, 24 et 26 décembre… Un bon moral du côté des grévistes donc.

Sentiment de fierté exprimé à Paris dans une manif petite mais costaude d’environ 1500 : grévistes (environ 1/3) et leurs soutiens (2/3, dont de nombreux gilets jaunes, des profs, des jeunes) à l’appel de syndicats locaux RATP, de Sud-rail et des AG de grévistes elles-mêmes. Beaucoup de banderoles d’AG de grévistes locales. Un bon tour de chauffe avant le samedi 28 avec des manifestations dans plusieurs villes.


Mardi 31 décembre

Le 31 décembre, les vœux de Macron qui ne disent rien font flop. Les grévistes expriment leurs « contre-vœux » le soir même : « Pas de trêve, nous appelons les salariés du privé à nous rejoindre. Avec une idée en tête désormais : amplifier le mouvement. »


Samedi 4 janvier

Nouvelles manifestations contre la réforme des retraites, à Paris à l’appel des unions départementales.

À la fin des congés, il est clair que la trêve n’a pas eu lieu, l’enjeu de la rentrée est que d’autres secteurs rejoignent la grève. De ce point de vue l’appel intersyndical du 3 janvier, à deux manifestations, une le jeudi 9 et une autre le samedi 11, a été interprété par les grévistes et leurs soutiens comme un encouragement.

De son côté, la direction SNCF a travaillé… pour faire plus rouler les trains dès le lundi de la rentrée avec un effet psychologique dans le but d’affaiblir la grève. Les cheminots avaient pu constater que beaucoup de conducteurs non-grévistes avaient été laissés au repos la semaine précédente dans le but de frapper fort.


Lundi 6 janvier

À la veille de la reprise des « négociations », Laurent Berger propose une « conférence de financement », une « sortie de crise » à peu de frais. La posture de recherche de compromis du gouvernement… est salement écornée par la nouvelle qu’il a déjà transmis le projet de loi au Conseil d’État.

La grève s’est un peu renforcée en ce 6 janvier par rapport aux fêtes, même si les circulations annoncées sont supérieures. Effets d’annonces cependant, voire vrais mensonges au métro parisien, les usagers en ont fait les frais. À la SNCF ça n’a pas tant roulé que ça : au mieux un service dit S1 (sur une échelle de S0, quasi nul, à S4, quasi-normal).

Journée de remobilisation par des heures d’info syndicales à l’éducation, où des grévistes SNCF ou RATP étaient parfois invités.

Quand Laurent Berger propose à Macron de lâcher la grève en catimini...


Mardi 7 janvier

Les AG cheminotes continuent à réunir quelques dizaines de grévistes reconduisant souvent à l’unanimité. Parfois des actions, ou des manifestations. Très souvent des diffusions sont organisées vis-à-vis de l’extérieur, surtout des boites du privé (parfois avec des profs ou autres) : ceux d’Austerlitz rendent visite à Sanofi à Vitry-sur-Seine, ceux de Saint-Lazare et Achères vers PSA Poissy le 8 janvier.

Une petite manifestation à l’initiative des profs à Paris le 7 janvier mais pas déprimante.

Dans les facs parisiennes, beaucoup d’annulations ou de reports des partiels à cause des difficultés de transport. Là où les partiels étaient maintenus, des blocages n’ont pas trop mal fonctionné, occasion de s’adresser aux étudiants pour préparer le 9 janvier.


Jeudi 9 janvier

Réussite incontestable des manifestations. Tous les échos font état de mobilisations qui marquent la détermination – même si le nombre de participants est soit égal soit un peu inférieur au 5 ou au 17 décembre. Si on prend les chiffres de la police, on reste sur une participation deux fois plus importante que la plus grosse journée de la mobilisation sur la loi travail de 2016.

Côté grève : les taux remontent spectaculairement à la SNCF et aux bus RATP après un tassement les trois semaines précédentes (ils ne descendent pas du tout au métro, et se maintiennent à un niveau exceptionnellement haut depuis 36 jours). Plus des deux tiers des conducteurs ont fait grève en ce 36e jour, près d’un tiers des cheminots au total. Dans l’éducation, c’est la quatrième journée de grève massive (majoritaire ou presque) en un mois.

Côté gouvernement, ça patauge. On commence à entendre des voix discordantes chez les députés En marche ou Modem. Les ministres ne parviennent toujours pas à répondre aux questions simples à propos de la réforme (à l’Assemblée nationale, Pietraszewski bafouille face à une députée PS).

Le gouvernement fait donner ses flics, de manière démonstrative, dans beaucoup de villes en même temps contre les manifs. À Paris ou à Rouen, ils ont ciblé des grévistes reconnus de leurs collègues et parfois dirigeants syndicaux. Un choix risqué qui pourrait aussi bien se retourner contre le gouvernement. Cela ne fait que renforcer la détermination du noyau dur gréviste, et pourrait faire protester un milieu plus large déjà en colère contre Macron.

Les 36 jours de grève accumulés pèsent sur le compte en banque. Mais beaucoup de grévistes insistent aussi sur le fait qu’il n’y a aucune raison de reprendre après 36 jours sans avoir obtenu la première revendication, le retrait.

Du côté de la CGT et de ses alliés, le communiqué du soir titre « on continue ! » et lâche trois dates rapprochées la semaine suivante (14, 15, 16) – un encouragement à tenir la grève RATP/SNCF/Educ dans tous les cas jusqu’au mardi. Mais les formulations sont loin d’être combattives, et indiquent la possibilité d’un retournement dans les prochains jours. Pour ne citer que la dernière phrase : « réunir des AG partout pour mettre en débat les modalités permettant de poursuivre la mobilisation dans le cadre de la grève lancée le 5/12 ».

Dans un article du Monde du 9 janvier au soir : « Allan, lui, est déjà prêt à manifester samedi, encore une fois. L’électricien en maintenance et délégué CGT chez PSA dans les Yvelines va même consacrer une bonne partie de son vendredi à mobiliser ses collègues, “parce que dans la métallurgie, on ne peut pas travailler jusqu’à 64 ans, c’est une aberration. Quand vous produisez une voiture toutes les 1 minute 45, la productivité est très forte et les salariés sont forcément usés.” En attendant, Allan finit la journée avec un brin de fierté : “Regardez cette manif, c’est pas un baroud d’honneur. Les gens ne baissent pas les bras, ils sont nombreux, ils sont contents. Donc peut-être qu’aujourd’hui, nous n’avons pas assez de force pour vaincre, mais le gouvernement n’a pas non plus assez de force pour nous écraser.” »


Vendredi 10 Janvier

Les violences policières ont beaucoup révolté et fait discuter. Face aux images de tirs de LBD (lanceur de balles de défense) à bout portant ou le tabassage d’une gréviste de la ligne 9 pour avoir ramassé son portable à proximité de policiers déjà très occupés à tabasser un de ses propres collègues, les journalistes de BFM étaient unanimes : comme le dit l’un d’eux : « Le LBD n’est pas fait pour être utilisé à moins de 10 mètres, ça il faut quand même avoir le courage de le reconnaître… ». Les opérations de terreur et de dissuasion préméditées par les préfectures de police à Paris, Nantes, Rouen et ailleurs, se sont-elles retournées contre leurs initiateurs ?

La journée a été chargée le vendredi 10. Sur Paris, en plus des AG et diffusions pour étendre le mouvement, se sont tenus :

  • une AG/meeting RATP porte de Vincennes avec plusieurs centaines de grévistes ;
  • un rassemblement devant le commissariat du 8e à plusieurs centaines qui a abouti à la libération d’un cheminot Sud-rail de la gare du Nord et d’un traminot Sud-RATP de la ligne 9 ;
  • une action des territoriaux de Paris qui ont envahi le Conseil d’État ;
  • une action des profs qui ont envahi le salon « parcoursup » post-bac.

Belle action à Toulouse d’envahissement d’Axa – il n’y a pas que les Américains de BlackRock qui font dans le fonds de pension, mais aussi les patrons bien de chez nous.


Samedi 11 janvier

Les manifs du samedi 11, sont bien plus grandes que celles des samedi 28 décembre et 4 janvier. Les cortèges de grévistes sont très nombreux et s’organisent pour tenir face à la pression des flics, parfois empruntent des itinéraires alternatifs, etc. Beaucoup disent qu’ils ne laisseront plus faire les violences sans réagir…

Présence remarquée des avocats et de travailleurs de petites boîtes (BTP) dans les manifestations de samedi. Dans les raffineries, la grève « reconductible » continue sous ses modalités « tournantes » mais continue tout de même. Les ports de Marseille ou de Saint-Nazaire ont été fermés.

C’est du côté des enseignants, troisième pilier, que le mouvement pourrait trouver des réserves de force bienvenues. Dans les lycées on prépare les actions contre les E3C (le bac en contrôle continu sauce Blanquer).

L’actualité du week-end, c’est bien sûr la manœuvre d’Édouard Philippe autour de la mise en place de la « conférence de financement » maquillée en retrait de « l’âge pipeau ».

Comme l’a dit Philippe Poutou : « le retrait de l’âge pivot est un non-événement tant c’était programmé depuis quelques semaines. Le « provisoire » donne un côté gag à l’histoire. Pendant les manœuvres et le matraquage, la bataille doit encore se renforcer, s’étendre, se radicaliser pour faire plier le pouvoir. » Ou Olivier Besancenot : « Nous ne luttons pas depuis le 5 décembre pour se contenter d’un retrait « provisoire » de l’âge pivot ou d’une conférence de financement. Personne n’est dupe. Engouffrons-nous dans la brèche. La lutte continue jusqu’au retrait ! »

Le détail de la lettre de E. Philippe montre tous les pièges et contreparties à ce prétendu retrait de l’âge pivot. La conférence de financement devra décider comment partager la misère, comment faire 12 milliards d’économies sur le dos des travailleurs actifs ou retraités avec interdiction d’augmenter le salaire brut (appelé « coût du travail »). Y participer, c’est se placer dans le cadre de la retraite à points. Mais la direction de la CGT n’est pas capable de boycotter – ce qui est complètement contradictoire avec le fait de continuer à appeler au retrait.

L’avantage de cette manœuvre gouvernementale c’est qu’elle montre que le gouvernement est sur le reculoir. Beaucoup de grévistes RATP ou SNCF qui tirent la langue au bout de 40 jours ne veulent pas reprendre, malgré le pistolet financier sur leur tempe, pour ne pas laisser penser qu’ils approuvent ce prétendu compromis, que le gouvernement a quasiment négocié avec lui-même.


Mardi 14 janvier

Pendant que les négociations au sommet se poursuivent avec les « partenaires sociaux » sur la pénibilité ou « l’emploi des seniors », la grève et la mobilisation continuent.

À la RATP, début de semaine marquée par la réponse à la répression, avec deux rassemblements, le lundi à Vitry, le mardi à Paris 12e, contre les procédures disciplinaires visant des grévistes.

Réponse claire après l’agression policière contre une conductrice de la ligne 9, lors de la manifestation du 9 janvier : la grève y est massive le lundi, en provoquant une sacrée pagaille pour la direction qui voulait faire fonctionner cette ligne coûte que coûte.

Le jet de robes des avocats devant la ministre a été imité par des professeurs qui ont jeté des manuels scolaires et par des hospitaliers jetant leurs blouses blanches lors des vœux de la direction de l’hôpital Saint-Louis.

Aux côtés de la RATP, la SNCF et l’éducation, d’autres participent à la grève : l’EDF (avec blocage de la centrale nucléaire de Gravelines), les raffineries, les ports (avec plusieurs ports bloqués), des territoriaux. Des centres de la Banque de France qui gèrent les billets se sont mis en grève ce lundi. Il y a aussi Météo France, Radio France, l’Opéra de Paris, des bibliothèques…


Jeudi 16 janvier

Les manifs du jour ont été moins nombreuses que la semaine précédente (200 000 dans le pays selon la police, 450 000 une semaine avant).

À la SNCF/RATP, le nombre de grévistes a remonté pour cette journée, mais dans une tendance générale à la baisse. La grande majorité des AG ont voté la reconduction de la grève. Mais les discussions sont nombreuses sur les modalités. Diverses propositions sont débattues, notamment la grève sur les temps forts ou la grève perlée mise en avant par les syndicats. Mais aucune ne se dégage et n’emporte l’adhésion du noyau dur. Ceux qui reprennent le travail après 43 jours de grève ne raccrochent pas les gants : pour eux comme pour leurs collègues qui ont fait moins de jours, le mouvement continue. D’où la hausse sur une journée comme jeudi. Un noyau dur se maintient en reconductible de manière lucide, pour faire militer sur les grosses journées, continuer de garder dans le coup ceux qui ont repris le travail, et alimenter les actions quotidiennes. Avec un moral très bon au vu de la situation, car ils observent et encouragent une forme de relève d’autres secteurs.

Les profs représentaient plus de la moitié de la manif parisienne, encore avec des banderoles d’établissements, beaucoup de jeunes, de non syndiqués, des regroupements par quartiers, une envie d’interpro et d’actions nombreuses comme le rectorat de Paris qui a été envahi la veille.

On note une participation du privé, souvent sur des revendications propres. À Lille où les ouvriers de l’usine Cargill se battent contre les licenciements. Ils ont des piquets de grève depuis lundi sur leur usine. Mercredi, lors d’une AG commune avec les cheminots, ils ont décidé de participer à la manif dans un cortège commun. Ils ont défilé bras-dessus, bras-dessous dans la manif de jeudi.

À PSA Poissy, le soutien aux grévistes s’est exprimé lors d’une collecte en faveur des cheminots qui ont récolté 2 900 euros en une heure. Ce soutien large des salariés se vérifie dans toutes les villes et toutes les actions. Il indique une défaite profonde du gouvernement, déjà affaibli par la grève des cheminots de 2018 et surtout les Gilets jaunes, ainsi qu’une possibilité de rebond, en tout cas une situation de lutte toujours ouverte dans laquelle les phases aigües peuvent se succéder rapidement.

Des lycées ont été nombreux à être bloqués ce jeudi matin, dont l’emblématique Louis-le-Grand. Quelques AG plus nombreuses dans les facs, parfois encouragées par la mobilisation qui commence chez les personnels du supérieur. Pas encore massif, mais les retours montrent une politisation anti-Macron et plus largement dans la jeunesse qui pourrait s’exprimer bientôt dans la rue.

… À suivre !

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