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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 61, janvier-février 2009

Grèce : la révolte de la jeunesse

Mis en ligne le 10 janvier 2009 Convergences Monde

En Grèce, la révolte de la jeunesse déclenchée par la mort d’un jeune lycéen tué par la police samedi 6 décembre à Athènes, s’est prolongée jusqu’à la veille des fêtes, avec notamment des manifestations importantes le jeudi 18 décembre et des affrontements entre jeunes et policiers à Athènes, le 21. Une nouvelle manifestation est prévue pour le vendredi 9 janvier, appelée par les syndicats de l’Éducation nationale, ainsi que certaines facs et lycées occupés.

Une révolte de la jeunesse…

« Ne nous volez pas notre futur ! » criait la jeunesse grecque au lendemain de cet assassinat. Les manifestations se sont multipliées, avec des affrontements avec les « MAT » (les CRS grecs), des jets de cocktails Molotov dans les vitrines des banques et des magasins luxueux ou des grandes chaînes internationales ou nationales.

Centre du mouvement à ses débuts, l’université polytechnique a été immédiatement occupée comme il est pratiquement devenu une tradition dans le pays depuis qu’est parti de là, en novembre 1973, le mouvement de contestation qui a abouti quelques mois plus tard à la chute du régime des colonels. Dans de nombreux quartiers populaires se sont multipliés les affrontements entre les jeunes « koukoulofori » (porteurs de capuches) et la police.

Dans les lycées, les jeunes abandonnaient les occupations pour partir bloquer un carrefour, une artère, monter des barricades, voire parfois s’en prendre à des postes de police ou, comme à Athènes, au ministère de l’Éducation nationale. Près des deux tiers des universités ont été occupées avant les vacances.

… dont les causes ne touchent pas qu’elle

Si le mouvement de protestation n’a, pour l’instant pas dépassé le milieu de la jeunesse, il jouit d’une large sympathie dans la population. Plusieurs fois, lors des manifestations, des passants sont intervenus pour tenter d’empêcher les violences policières. Malgré les projecteurs de la télévision braqués sur les vitrines cassées, le sentiment d’injustice largement répandu n’a pas été entamé, ni l’exigence que soit puni le policier coupable – qui affiche une attitude arrogante et dont l’avocat a osé déclarer que si Alexis était mort, c’est que « telle était la volonté de Dieu »  !

Car la révolte a des racines sociales. C’est celle de la « générations des 600 euros » (en référence au salaire de base), des boulots mal payés, du chômage (un des plus élevés d’Europe, 24 % chez les jeunes). Les travailleurs grecs voient leurs conditions de travail se dégrader. L’arrivée de la crise ne fait qu’amplifier des attaques déjà nombreuses ces dernières années : réforme de la Sécurité sociale et augmentation de l’âge du départ en retraite l’année dernière, licenciements (notamment dans les compagnies de téléphonie privées) et fermetures d’entreprises (dont Siemens), volonté de privatisations de l’Université ainsi que d’entreprises publiques comme Olympic Airways…

Mais les centrales syndicales ne veulent pas d’une mobilisation générale…

Les réactions du monde du travail ont été nombreuses : grève générale en octobre contre la vie chère, grève des contrôleurs aériens le jeudi 18 décembre, mobilisations des enseignants, des personnels de transport et des hôpitaux… Ainsi que la grève générale du 10 décembre dernier.

Mais, si les deux centrales syndicales du pays, GSEE (pour le secteur privé) et ADEDY (pour le public), avaient maintenu l’appel à cette grève (prévue de longue date), malgré les pressions du gouvernement pour en obtenir l’annulation, elles ont transformé l’appel à manifester en appel à se rassembler, plus anodin, et n’ont pas redoublé d’efforts pour informer les travailleurs ni des rassemblements prévus, ni des revendications. Malgré cela, les manifestations d’Athènes et de Thessalonique ont rassemblé des milliers de personnes et, à Thessalonique, les étudiants ayant pris la parole lors du meeting syndical ont réussi à entraîner les travailleurs en manifestation.

…. pas plus que ne le souhaitent les grands partis de gauche

Le Parti socialiste grec (Pasok) reste pour le moment à l’écart de la mobilisation de la jeunesse, il n’est pas présent dans les lycées. Quant à ses déclarations politiques, elles ne font que dénoncer l’inefficacité du gouvernement face aux « événements » insistant sur le nécessaire retour au calme. Il semble se diriger vers un gouvernement de coalition avec la droite de Caramanlis tout en prenant son temps, peu pressé d’endosser l’impopularité que ce dernier doit aux mesures anti-populaires qu’il prend au nom de la crise.

Du côté du Parti communiste grec (KKE), on criminalise le mouvement. Le PC va jusqu’à reprendre à son compte les propos réactionnaires du gouvernement sur les « casseurs » ou fauteurs de troubles. Organisant des manifestations séparées, comme à son habitude, il répète que ce mouvement n’est pas celui des travailleurs ; ce qui ferait grincer les dents de pas mal de ses électeurs. Les KNE (les jeunesses du PC grec) vont même devant les lycées pour empêcher qu’ils soient bloqués et que les lycéens prennent seuls des initiatives.

Et le PC dénonce Siriza (regroupement autour du mouvement Synaspismos, une scission du PC sur sa droite – eurocommuniste) comme participant à ce mouvement de « voyous ». C’est qu’en effet une partie des militants de cette coalition prend part au mouvement et avec l’extrême gauche grecque tente de l’organiser.

Quel futur pour la jeunesse et les classes populaires grecques ?

Après avoir offert à l’automne 28 milliards aux banques, le gouvernement Caramanlis s’apprête à faire passer des lois contre les classes populaires, avec augmentations d’impôts touchant en particulier les petits commerçants et dégradation des conditions de travail. On parle là-bas aussi du travail du dimanche et du chômage partiel.

La « chute du gouvernement », avancée comme mot d’ordre par certains groupes à l’extrême gauche, ne changerait en soi pas grand-chose, qu’il soit remplacé par le gouvernement de coalition droite-gauche dont la presse parle ou même par un gouvernement du Pasok (qui a mené une politique anti-ouvrière au pouvoir de 1981 à 1989 puis de 1993 à 2004).

Le mouvement de la jeunesse pourrait bien redémarrer en ce début d’année. Mais ce qui pourrait vraiment changer les choses, c’est que, malgré tous les barrages syndicaux, la classe ouvrière entre dans la danse avec ses propres revendications.

2 janvier 2009

Blandine MESNIL

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