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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 61, janvier-février 2009

Franche-Comté : un témoignage sur l’agression gouvernementale contre l’hôpital public… et un début de riposte

Mis en ligne le 10 janvier 2009 Convergences Entreprises

Au CHU de Besançon, l’ARH (Agence régionale de l’hospitalisation) a stoppé les embauches dès juillet 2008 et ce jusqu’à fin 2009. Elle annonce aussi un plan de retour à l’équilibre pour le milieu du premier semestre 2009 et dénonce l’accord sur les 35 heures alors que la direction de l’hôpital, qui évalue le déficit pour l’année à 15 millions d’euros, veut supprimer 12 jours et demi de repos en diminuant de 30 minutes les journées de travail. Par ce biais, 200 postes seraient rayés du tableau des effectifs. D’autre part, elle se propose de ne plus remplacer tous les départs en retraite. Face à cette agression, le personnel, à l’appel de l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, Sud et Unsa), est mobilisé depuis la mi-novembre.

Une militante de l’hôpital raconte le développement de cette mobilisation… et les premiers enseignements que ceux qui y participent en ont tirés.

Le cynisme des autorités

Le 20 novembre nous étions 400 devant le Conseil d’administration pour dire aux élus notre refus des licenciements des collègues contractuels et de la remise en cause de nos conditions de travail. M. Fousseret, maire PS et président du Conseil d’administration, nous a expliqué qu’il nous soutenait… mais a voté ce budget prévisionnel en déficit. Tout comme l’ont fait les représentants des médecins.

Le 27, c’est à environ 700 que nous sommes allés trouver le directeur de l’Agence régionale de l’hospitalisation (ARH). Ce monsieur nous a répondu qu’il ne voyait pas pourquoi nous manifestions : pour lui, il n’y a pas de licenciements, juste le non-rem­­placement de départs en retraite ! Et puis, il faut bien que tout le monde fasse des efforts pour combler le déficit ! Il affirme même que les établissements de la région où il a appliqué de telles mesures vont beaucoup mieux !

Le 9 décembre, nous sommes allés dire au maire ce que nous pensions de son premier vote. La main sur le cœur, il nous a affirmé qu’il ne voterait pas le budget définitif. Nous ne nous contenterons pas de promesses !

Le soutien de la population

Tous les jours, les médias se font l’écho de fermetures de services, de maternités, et des suppressions de postes dans les hôpitaux de proximité et les CHU. Le déficit cumulé de toute l’hospitalisation publique, fin 2008, avoisinera le milliard d’euros. Aussi le personnel, réuni en assemblée générale, a voté à l’unanimité la nécessité de rejoindre un mouvement national et, dans un premier temps, d’organiser une manifestation régionale, donc de s’adresser à la population et aux collègues des autres établissements de la région.

Tout le monde a en effet bien compris que c’était un problème général et que, seuls, nous n’avons aucune chance de réussir. Tout le monde… sauf les instances syndicales départementales et régionales, qui n’ont accepté d’organiser cette manifestation régionale pour le 22 janvier prochain que devant notre détermination et nos pressions. D’après elles, une telle décision n’était pas du ressort du personnel d’un hôpital !

La population bisontine se pose moins de questions protocolaires : deux samedis de suite, sur le marché de Noël, nos pétitions ont recueilli environ 2 700 signatures en quatre heures. L’accueil a été, à chaque fois, très chaleureux tant les conditions de travail dans les hôpitaux sont connues. Beaucoup nous ont dit qu’ils viendraient à notre manifestation du 22 janvier et, très rapidement, les discussions évoluaient vers la nécessité d’un mouvement d’ensemble.

Réchauffés par l’accueil, malgré le froid qui règne dans la région, nous avons commencé à aller visiter par petits groupes nos collègues des hôpitaux des autres villes proches, Dole, Montbéliard, Novillars et Champagnole.

De Montbéliard…

Depuis l’unification des établissements de Montbéliard et Belfort en un seul Centre hospitalier Belfort – Montbéliard, 300 lits ont déjà été fermés et 85 postes, dont 45 soignants, supprimés. En trois ans, 185 postes et 600 lits devraient disparaître. Et, en fait de modernisation le service Pédiatrie de Montbéliard a été déménagé à Belfort, d’un bâtiment flambant neuf... dans des locaux vétustes.

Comme à Besançon, l’ARH a bloqué les embauches en juin 2008 et dénoncé l’accord sur les 35 heures, ce qui a entraîné la suppression de 3 RTT pour les équipes de nuit. Résultat : manque de personnel (un jeune infirmier diplômé depuis un mois, très inquiet, expliquait qu’il avait été en équipe avec un collègue pendant deux jours seulement, et que, depuis, il travaillait seul avec un aide-soignant dans un service de 30 lits et des patients lourds) ; heures supplémentaires à gogo et non payées (chaque agent pourra récupérer 50 heures au maximum en 2009 de celles qu’il a effectuées en 2008, tout en en faisant de nouvelles à récupérer… un jour ou jamais ; 11 000 HS au total ont été effectuées sur l’hôpital l’année écoulée) ; remplacements au pied levé (un infirmier de médecine peut être appelé à travailler en réanimation ou aux urgences, sans aucune formation) ; engorgement des urgences (on peut voir des lits installés dans les couloirs alors qu’il existe de très nombreux services vides).

… à Champagnole : même misère, même colère

À Champagnole, la direction venait d’annoncer la fermeture, à compter du 1er février prochain, du dernier service de chirurgie. Elle a convoqué les infirmières de bloc, une à une, pour leur dire qu’il n’y avait donc plus de travail pour elles et qu’il fallait qu’elles en cherchent ailleurs. On imagine la colère alors que l’ARH a déjà fermé la maternité et un service de chirurgie, ce qui a entraîné, depuis plusieurs années déjà, la création d’un comité de soutien.

Chacune de nos rencontres nous a donc confortés dans notre détermination à construire un mouvement d’ensemble. Beaucoup ont parlé de nous rejoindre dans la manifestation régionale du 22 janvier en évoquant la nécessité d’un large mouvement national regroupant tout le monde. La journée interprofessionnelle du 29 janvier, appelée par tous les syndicats, revenait dans bien des discussions.

Bien sûr, nous soupçonnons qu’elle ne sera le signal de départ du mouvement d’ensemble que si des travailleurs du rang, au moins dans un certain nombre d’entreprises, décident de ne pas en rester là. C’est pourquoi nous allons continuer nos visites aux collègues des hôpitaux de la région. Mais nous comptons bien nous adresser aussi plus largement aux salariés des autres secteurs.

Besançon, 27 décembre 2008

A.F.

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