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DOSSIER : Congrès de fondation du NPA : Parti révolutionnaire ou parti de la gauche de la gauche ?

Options politiques ouvertes… et choix à faire

Mis en ligne le 10 janvier 2009 Convergences Politique

En lançant son appel à la création d’un nouveau parti anticapitaliste, la LCR a tenté de rassembler largement autour d’elle et de repousser les limites actuelles de l’extrême gauche. C’est ce qu’elle a commencé à faire dans les comités du NPA.

De la coexistence…

Ceux, jeunes ou moins jeunes, avec ou sans traditions militantes, qui se tournent vers le NPA le font avec des espoirs et des motivations fort divers : déçus par la gauche institutionnelle, ses complaisances avec le système, son impuissance ou ses querelles, qui veulent refonder une « vraie gauche » avec ou sans idée préconçue sur ce que cela pourrait signifier ; révoltés par l’arrogance des riches, la morgue des patrons, le spectacle de l’abandon dont sont victimes les quartiers populaires, le harcèlement policier qui y est quotidien, les discriminations de toutes sortes qu’engendre notre société et donc prêts à en découdre ; inquiets de la crise écologique, à la recherche d’un parti qui pourrait être le porte-voix d’un programme de sauvetage de la planète ; ulcérés par la politique des organisations syndicales, à la recherche d’un aiguillon politique capable de pousser celles-ci sur le terrain des mobilisations…

Chacun ou chacune attend sans doute du NPA d’abord des réponses au problème qui l’amène et des propositions de mobilisation pour s’y attaquer. Et si la plupart aspirent à un changement radical de la société, à sa transformation révolutionnaire, c’est pour beaucoup sans trop d’opinion sur les voies, révolution ou réformes, qui pourraient y mener. La révolution pourquoi pas, mais est-elle vraiment nécessaire ? Et surtout quelle révolution ? Rien sans doute que de normal. Quel révolutionnaire a d’ailleurs écarté l’idée du réformisme sans se confronter d’abord à un certain nombre d’expériences politiques ? Interrogations légitimes, auxquelles nombreux sont ceux qui attendent des réponses de la part du parti auquel ils envisagent d’adhérer, et en premier lieu de la LCR qui les a appelés à le former.

Pourtant la LCR conserve une attitude ambiguë voire contradictoire vis-à-vis de son héritage communiste révolutionnaire. Elle ne le renie pas (quoi que certains chez elle renoncent à l’héritage léniniste et trotskyste) mais elle ne propose pas toujours non plus de le partager dans le NPA, qu’elle laisse ainsi osciller entre un parti révolutionnaire et un parti de la gauche de la gauche. Vu le processus choisi pour tenter de construire un nouveau parti plus large, il n’aurait pas été juste d’imposer le programme trotskiste à ceux qui n’en sont nullement convaincus a priori. Mais en revanche, en renonçant, parfois d’avance et consciemment, à essayer de les en convaincre pour faciliter le consensus, la LCR n’a pas fait seulement le pari de jeter les bases d’un rassemblement dans un premier temps nettement plus large et moins délimité politiquement qu’elle-même, elle a pris aussi le risque de contribuer à former un parti qui à terme sera nettement plus à droite.

… à l’épreuve des luttes

Les textes préparatoires au congrès du NPA sont le reflet de ce choix, contournant le débat de fond entre réformes et révolution avec l’idée que réformistes et révolutionnaires puissent coexister, au moins pour toute une période dans laquelle la révolution ne serait pas à l’ordre du jour. Pourtant, si la confrontation sera peut-être encore évitée lors de ce premier congrès, le problème ne va pas manquer de se reposer bien vite dans la pratique, à l’occasion des nécessaires interventions dans la vie politique et sociale.

La politique révolutionnaire ne se concrétise pas seulement lors de crises révolutionnaires, mais dès maintenant, dans la politique à proposer dans chacun des épisodes de la lutte de classe : dans la volonté de mener jusqu’au bout de leurs possibilités les grèves et les mouvements ; d’y conduire une politique indépendante des bureaucraties syndicales comme des partis bourgeois, qu’ils soient de gauche ou de droite ; d’utiliser d’abord les élections pour accroître le niveau de conscience des travailleurs et non en vue de conquérir des positions dans les différentes instances élues.

Bien sûr la LCR dit tout cela aussi. Elle compte même, semble-t-il, que le NPA reprenne cette politique… à la longue. Ainsi quand elle affirme que le socle programmatique du NPA quoiqu’il ne se « revendique pas de filiation spécifique avec le trotskisme », « revendique la continuité avec celles et ceux qui ont affronté jusqu’au bout le système depuis deux siècles » ce qui devrait permettre de « préciser peu à peu son programme » jugeant que la « base fondatrice le permet  » [1]. Mais une politique révolutionnaire ne peut être que consciemment définie. Elle ne surgit pas simplement de la seule accumulation d’expériences politiques, passées ou à venir, par on ne sait quelle transcroissance. C’est pour cela qu’un parti qui veut représenter les exploités et les opprimés a besoin de s’appuyer sur l’expérience tirée des mouvements révolutionnaires du passé, expérience dont la LCR se réclamait jusqu’ici mais dont elle envisage que le NPA puisse se passer, pour un moment au moins.

Les situations sociales et politiques amèneront le NPA à se prononcer, de fait, sur un certain nombre de questions, même si son congrès ne les tranche pas en février prochain. S’orientera-t-il vers un parti de la gauche de la gauche ou vers un embryon de parti révolutionnaire ? Dans le premier cas, il prendra immanquablement à court ou long terme le chemin de ses prédécesseurs qui ont rejoint la gauche tout court. Ce danger est réel comme en attestent les trajectoires récentes du Parti de la refondation communiste (PRC) en Italie ou plus ancienne du Parti socialiste unifié (PSU) en France. Dans le second cas, il pourrait être un outil permettant l’émergence d’un parti révolutionnaire plus large dont les travailleurs ont besoin. Cela dépend pour beaucoup des militants du NPA, et sans doute en premier lieu des communistes révolutionnaires en son sein. À eux de proposer leur programme et leurs objectifs, de montrer comment ils les traduisent efficacement dans les luttes qui nous attendent, seule manière non de les imposer, ce que la LCR dit redouter, mais d’en convaincre.

Clara SOLDINI


[1Texte préparatoire de la majorité sortante pour le congrès de dissolution de la LCR « Sans hésitation, fondons le NPA ! »

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