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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 79, janvier-février 2012

Chômage : De la défensive boîte par boîte à l’offensive tous ensemble pour interdire les licenciements

Mis en ligne le 22 janvier 2012 Convergences Politique

Selon toute vraisemblance, la récession est en train de s’installer dans toute l’Europe. Personne ne sait exactement parmi les dirigeants du système capitaliste quelle forme prendra la crise cette année. Mais, pour la famille Peugeot, ou les actionnaires du Crédit Agricole, il s’agit de s’y préparer, en procédant à des plans de suppressions d’emploi préventifs : 6 800 pour la première, 2 350 pour le second. Deux exemples absolument pas isolés puisque, dans les deux cas, c’est la filière tout entière, automobile et banques, qui s’apprête à se restructurer. Restructurations qui, en mettant à la porte des dizaines de milliers de personnes, vont aggraver la crise.

Le problème de la lutte contre les licenciements n’est pas nouveau. Mais, faute d’un rapport de forces permettant de mener la contre-offensive, la classe ouvrière encaisse les coups. Dans ce contexte, nombre de militants et de travailleurs du rang cherchent des solutions pour faire barrage aux vagues de suppressions de poste, voire à la fermeture, hélas trop souvent le dos au mur. L’actualité de ces dernières semaines en offre l’illustration.

SeaFrance, proie des requins

L’histoire de SeaFrance, c’est d’abord celle d’une entreprise confrontée à des plans de restructuration répétés depuis quelques années. Les effectifs ont été divisés par deux entre 2009 et 2011. Et, s’il reste aujourd’hui encore 880 salariés à Calais – et 130 en Grande-Bretagne –, c’est d’abord parce qu’ils se sont battus à de nombreuses reprises. Quoi qu’en disent les medias, ce n’est pas la grève de février-mars 2008 ni le blocage du port de Calais en octobre 2009 qui ont mené la compagnie à cumuler près de 190 millions d’euros de pertes.

SeaFrance a d’abord été la victime des manœuvres de coulisses des requins du transport maritime, qui n’auraient d’ailleurs sans doute jamais été révélées sans la lutte actuelle. Ainsi, certains journalistes avancent l’hypothèse que la SNCF n’a gardé SeaFrance dans la décennie 2000 que pour faire pression sur le coût des prestations qu’Eurotunnel facture à ses trains Eurostar. Eurotunnel ayant gagné en rentabilité depuis quelques années, la SNCF cherche maintenant à se débarrasser de la compagnie maritime. En revanche, Eurotunnel, lui, a formulé ces derniers jours une offre de reprise... mais sa motivation semble se limiter à éviter qu’un concurrent sérieux ne reprenne les bateaux de SeaFrance et casse les prix.

Le dos au mur, et face à la date couperet du 28 janvier au-delà de laquelle SeaFrance serait définitivement liquidée, une partie des salariés a fait de la reprise de l’activité sous la forme d’une Société coopérative ouvrière de production (Scop) son cheval de bataille.

Scop de tous les pays, unissez-vous ?

Ce projet a soulevé l’enthousiasme... surtout chez ceux qui n’y mettront pas leurs sous. Pour Sarkozy, elle permet de se défausser de la responsabilité de l’État, via la SNCF, de la gestion ultérieure de l’entreprise, tout en donnant l’impression à la « France d’en bas » qu’il agit pour elle... à quatre mois de l’élection présidentielle. Plus enthousiastes encore, les généraux de l’armée mexicaine de la « gauche radicale » : à écouter Jean-Luc Mélenchon, ou Clémentine Autain, la Scop serait la solution pour toutes les entreprises menacées de liquidation, voire un moyen pour la classe ouvrière – pardon le « peuple de France » ! – de « prendre le pouvoir »... en tâchant de reprendre les entreprises les moins intéressantes pour les capitalistes, c’est-à-dire les moins rentables. Pas de quoi dicter sa loi aux banquiers dont les Scop ont besoin pour financer la trésorerie courante ou des investissements. Pas de quoi dicter sa loi non plus aux autres entreprises du secteur, généralement des mastodontes par rapport aux Scop.

Une bonne partie des 880 employés français de SeaFrance hésitent à engager leurs indemnités de licenciement – au passage, on voit que l’État est capable de trouver entre 50 000 et 60 000 euros par salarié quand il estime de son intérêt de voir la pression médiatique se dégonfler – dans l’aventure. SeaFrance n’est certes pas une PME ; elle pèse 15 % du trafic passager et 21 % du trafic poids lourd. Mais, même propriétaires du capital, les marins, personnels à terre et stewards ne seraient pas maîtres de leur destin pour autant. Qu’une partie d’entre eux place son espoir dans ce projet est légitime, et mérite notre soutien à tous. Mais cela ne constitue pas une perspective pour l’ensemble des salariés menacés par le chômage.

Petits et grands, même combat

Les SeaFrance fondent leur projet de Scop sur le fait que leur entreprise est viable, et que sa disparition ne répond qu’à la volonté des actionnaires de placer leurs billes dans des affaires plus juteuses. Mais c’est une caractéristique commune à la plupart des entreprises qui licencient. Sans même parler des cas où la filiale a vu pendant des années ses bénéfices siphonnés par la maison-mère, le scénario des fermetures d’entreprise ou des plans de suppressions d’emploi se répète partout de la même façon, y compris pour les plus petites : elles passent de mains en mains, perdant au passage une partie des effectifs.

Un exemple : rachetée par le groupe indien de fabrication de médicaments génériques Wockhart en 2007, l’usine pharmaceutique de Quimper Girex-Mazal perd l’année d’après une quarantaine d’emplois malgré la mobilisation des salariés. Les 170 qui restent sont à nouveau en grève plusieurs jours en juillet 2009 ; ils craignent un arrêt des investissements. En mai 2011, Wockhart annonce qu’il vend le site. Le repreneur, la holding Pharminvest, ne garde que 92 postes. Fin décembre, les salariés apprenaient qu’ils échappaient à la fermeture administrative décidée par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament pour d’autres usines du groupe Pharminvest, mis en cause pour avoir falsifié des dates de péremption de médicaments anticancéreux. Mais, au passage, la direction voulait supprimer le Comité d’entreprise pour limiter l’accès des syndicalistes de Quimper aux informations sur les comptes de l’usine...

Autre exemple : l’usine Honeywell de Condé-sur-Noireau dans le Calvados, sous-traitant de PSA pour les garnitures de frein, devrait fermer en juin 2013. Ex-Ferodo, rebaptisée Valeo pour effacer des mémoires à quel point elle a empoisonné la localité et ses ouvriers avec l’amiante, elle est vendue en 1990 à Allied Signal lui-même fusionné en 2000 avec Honeywell. Depuis cette fusion, les effectifs ont été divisés par deux. Et, si les 323 salariés ne dégagent plus de bénéfices, c’est que leur carnet de commande a été peu à peu dérouté vers d’autres sites du groupe. Pendant que les délégués syndicaux tentaient de convaincre la direction d’acheter de nouvelles presses, Honeywell faisait construire une usine flambant neuf en Roumanie, dont l’existence n’a été révélée à Condé que plus d’un an après.

Interdisons les licenciements

Il faut que les travailleurs sachent ce qui se trame réellement autour de leurs entreprises, qu’ils soient en mesure d’imposer aux capitalistes de lever le secret entourant leurs affaires. C’est le seul moyen de ne pas être baladés par des repreneurs bidon, de savoir si l’entreprise fait des bénéfices ou pas, et quels investissements les actionnaires font, d’un bout à l’autre de leur groupe. Les maigres droits d’information concédés aux comités d’entreprise sont limités par la protection du secret commercial, industriel, bancaire, etc. Les capitalistes les contournent, ou imposent aux délégués de se taire une fois sortis de la réunion du CE. Tout cela indique qu’ils ne laisseront pas facilement les travailleurs mettre leur nez dans leur business. C’est pourquoi l’union des travailleurs menacés de licenciement est indispensable.

Bien entendu, les patrons prétendent, la crise aidant, qu’il n’y a pas assez de travail pour tous. Certains y réfléchissent déjà. Philippe Bas, ancien ministre sous le gouvernement Villepin, estimait le 11 janvier dans une tribune publiée dans Le Monde que le temps des heures supplémentaires était révolu et qu’il fallait songer à partager le travail... et le salaire ! À cela, tout comme aux projets de multiplication des dispositifs de chômage partiel – partiellement indemnisé – les travailleurs devront riposter par la réduction du temps de travail à salaire constant.

C’est en mettant le poids de chacun dans la balance, en coordonnant nos luttes, que l’on peut faire plier l’adversaire et imposer l’interdiction des licenciements. Ce mouvement d’ensemble pourrait partir des entreprises directement touchées, et s’étendre ensuite aux autres, à condition qu’un nombre suffisant de travailleurs des premières se convainquent que le meilleur moyen de sauver sa peau est d’entraîner les autres dans la lutte, c’est-à-dire en fait l’ensemble de la classe ouvrière, car personne ne peut aujourd’hui se dire à l’abri du chômage.

Le 15 janvier 2012

Mathieu PARANT

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