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États-Unis

Ces travailleurs américains qui n’attendent pas après Biden et se mettent en grève

Mis en ligne le 3 février 2022 Convergences

Tout comme des millions de personnes s’étaient mobilisées contre les violences policières en plein confinement, et déjà sous Biden, des dizaines de milliers de travailleurs ne sont pas restés les bras ballants en cet automne 2021. Les promesses non-tenues par Biden après un an de mandat ne les ont pas découragés.

Ils se sont mis en grève chez John Deere (tracteurs), Kellogg’s, dans des mines de l’Alabama, chez Volvo (camions) ou les usines de friandises Nabisco. La crise sanitaire a aggravé la situation et ouvert les yeux de beaucoup : ils ont travaillé en sous-effectif, à des cadences intenables et ont ensuite subis le mépris et la pression managériale. Des jeunes salariées du distributeur Walmart ont posté des témoignages devenus viraux sur TikTok ou Facebook pour parler des mauvais traitements, annonçant leur démission par un retentissant « F…k this job ». Une des raisons de ce qu’on appelle le « big quit », la vague de démissions de l’été dernier aux États-Unis (4,3 millions de salariés ont quitté leur job) est certainement la pression aggravée subie pendant cette crise.

Il y a aussi une autre raison : les patrons en ont profité pour imposer des conditions dégradées à l’avenir. Des centaines de contrats collectifs de grandes entreprises sont arrivés à expiration chez John Deere (tracteurs), Kellogg’s, ou le groupe de santé et assurances Kaiser. Les travailleurs n’ont pas seulement voté massivement pour faire grève et exiger de meilleurs salaires face à une inflation inégalée depuis 40 ans. Ils refusent aussi la remise en cause de leur couverture santé gratuite, de leur retraite et la réduction du nombre de leurs jours de congés payés. Notamment pour les nouveaux embauchés.

Les salariés de chez Kellogg’s, qui ont travaillé jusqu’à douze heures par jour sept jours sur sept au plus fort de la pandémie, ont fait grève pendant deux mois et demi dans quatre usines. Ils refusaient un système à deux vitesses où les nouveaux embauchés gagnent 30 % de moins que les anciens ou n’ont plus de couverture retraite. Dans un contexte de relative pénurie de main-d’œuvre, ils n’ont plus eu peur des menaces de délocalisation au Mexique, mais surtout ils se sont battus pour des droits équivalents pour tous et ont réussi à faire reculer la direction de Kellogg’s, même si le nouveau contrat signé par leur syndicat n’est pas très clair.

D’autres secteurs qui s’étaient déjà mobilisé depuis 2018 comme la santé ont aussi fait grève, les hospitaliers de Buffalo par exemple, près de New York. Dans cette même ville de Buffalo une équipe de jeunes a mené une lutte acharnée et victorieuse pour imposer le premier syndicat dans la chaîne Starbucks. Leur popularité est assez significative de l’état d’esprit de beaucoup de travailleurs américains qui en ont assez de subir et regardent le fait de se syndiquer d’un très bon œil.

Des profits mirobolants

Le fait que les profits cumulés des entreprises aient atteint 1800 milliards de dollars au deuxième trimestre 2021, que le nombre de milliardaires soit passé de 614 à 745 entre mars 2020 et octobre 2021, leur richesse accumulée passant de 3 000 à 5 000 milliards joue forcément un rôle dans cet état d’esprit plus combatif. L’accroissement des inégalités est astronomique. La plupart du temps, et comme en France chez Decathlon ou Arkema, la colère venait de la base qui poussait les syndicats à appeler à la grève suite aux annonces de profits records en pleine période de Covid. Par exemple, le groupe de santé Kaiser a annoncé un chiffre d’affaires de 88,7 milliards de dollars en 2020.

Aux travailleurs essentiels, qui ont non seulement pris tous les risques en allant au travail quoiqu’il en coûte pour leur santé mais ont aussi dû redoubler d’efforts pour pallier les absences, les licenciements et les cadences bien plus dures, on annonçait des augmentations ridicules et des droits dégradés pour les nouveaux embauchés ? Alors il y a eu comme une sorte de début de grève générale « désorganisée » selon les termes de Robert Reich, un ancien secrétaire d’État au Travail. Mais la poussée gréviste de la base qui avait déjà commencé avant la pandémie s’étend désormais un peu au secteur privé. Seules ces mobilisations peuvent imposer un vrai changement de cap aux États-Unis.

22 janvier 2022 - Anne Hansen


Pour plus de détails sur cette vague de grève, lire l’article de Kim Moody paru sur le site Spectre le 15 novembre 2021 : Les grèves de 2021 analysées dans leur contexte. Traduction sur le site Alencontre.

Lire aussi entre autres, sur le site de nos camarades de Speak Out Now : Workers At Kellogg’s End 11 Week Strike (Onze semaines de grève des travailleurs de chez Kellogg’s). ainsi que l’article paru récemment sur le site Convergences révolutionnaires, Les États-Unis après un an de présidence Biden.

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Numéro 143, janvier-février 2022