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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 36, novembre-décembre 2004

Bush réélu : Faut-il désespérer des Américains ?

Mis en ligne le 14 novembre 2004 Convergences Monde

La confortable victoire de George Bush, réélu avec 3,5 millions de voix d’avance sur son adversaire - il en avait eu moins que le candidat démocrate Al Gore quatre ans plus tôt - amène à s’interroger non seulement sur ce que va être la politique de l’impérialisme états-unien dans les prochaines années mais aussi sur l’évolution de la conscience politique de l’électorat américain.

Malgré les révélations sur la fraude électorale en Floride en 2000, les mensonges avérés sur les armes de destruction massive, le nombre toujours plus grand des soldats américains tués en Irak, Bush sort renforcé de quatre années d’exercice du pouvoir, fringant pour continuer sa sale guerre et la défense de ses idées moyenâgeuses sur la religion, la morale et la famille. A désespérer !

Le vent de la réaction

La mobilisation électorale, sans précédent depuis de nombreuses années, est a priori le signe d’une plus grande politisation. Pourtant, contrairement à ce que la plupart des commentateurs annonçaient et ce que toute la gauche européenne et française espérait, ce renouveau d’intérêt pour la politique a grossi les rangs non des opposants à Bush mais de ses partisans. C’est le courant réactionnaire, bigot, patriotard, hostile au mariage gay comme à l’avortement, qui semble progresser de manière notable et non les « libéraux » au sens américain du terme, c’est-à-dire les progressistes (même s’ils sont pour beaucoup des progressistes ultra-mous).

Et ce courant n’est pas seulement emblématique d’une Amérique blanche et aisée. Il a gagné aussi à n’en pas douter dans les couches populaires, car le glissement à droite d’une partie de l’électorat s’est produit toutes catégories sociales confondues.

Certes la crainte du terrorisme a joué son rôle, mais force est de constater qu’elle a joué elle aussi en faveur du plus réactionnaire, celui qui prétend écarter les menaces terroristes qui pourraient planer sur le monde comme sur les Etats-Unis par une « croisade du bien contre le mal », croisade qui ces trois dernières années n’a fait au contraire que les aggraver. Quand le vent des mouvements d’opinion pousse d’un côté, tout est bon pour lui fournir toujours plus de force.

Ainsi cette année plus de pauvres ont été donner leur approbation à un homme dont la politique fut de diminuer les impôts des plus riches (et donc en conséquence les déjà maigres protections sociales des plus démunis), et qui promet de continuer. Ainsi plus de ceux qu’on range là-bas dans les classes moyennes (formées en fait pour une bonne majorité de travailleurs) ont donné leur soutien à celui qui a envoyé leurs fils et leurs filles dans une expédition sanglante et dont certains reviennent déjà dans un cercueil. Dieu, décidément, n’est pas seulement américain, il est républicain. En tout cas il a soufflé à ses ouailles de voter républicain (par la voix de ses évangélistes de tout poil)... et elles ont obéi.

A désespérer vraiment d’un pays qui, première puissance au monde, est en avance sur tous les autres en matière scientifique et technique... mais tellement en retard en matière de conscience politique qu’il ne sait pas distinguer ses véritables ennemis ?

Entre Dieu et Kerry...

Bien sûr, on peut comprendre qu’entre Dieu et John Kerry un certain nombre d’Américains aient eu plus confiance dans le premier. Moins tocard quand même, Dieu, dans la course depuis plus longtemps et plus souvent, hélas, à l’arrivée.

De plus, même les opposants acharnés à la politique de Bush semblaient avoir du mal à justifier un vote pour son adversaire. « Tout sauf Bush », leur mot d’ordre essentiel, était au fond encore moins gentil pour Kerry que pour le président sortant. Et il est bien vrai que de raison de voter pour le candidat démocrate plutôt que le républicain il n’y en avait pas. Continuer avec d’autres alliés la guerre en Irak et y envoyer encore plus de troupes ? Accorder encore plus de réductions d’impôts aux grandes entreprises tout en réduisant le déficit budgétaire, ce qui revient à sabrer dans les budgets sociaux ? Oui, bon dieu, pourquoi voter pour Kerry ! Presque étonnant qu’il ait eu quand même autant de voix. Il faut croire que Bush est vraiment haï par une partie des Etats-uniens.

Certes après ces élections ceux-là doivent se sentir démoralisés, impuissants et minoritaires. Ce qu’ils ne sont pas forcément pourtant. Avec 56 % de participation au vote, l’abstention est à quelques points en moins qu’en 2000 mais reste élevée. Et il serait étonnant que la grosse masse de désabusés qui n’ont pas voté, soient des partisans de Bush ou de sa politique. Simplement aujourd’hui ils n’espèrent pas plus des démocrates que des républicains. A juste titre d’ailleurs. Par certains côtés on peut presque dire que certains sont sans doute plus conscients que les partisans de Kerry eux-mêmes.

Minoritaires, et alors !

Voilà quand même une raison au fond de ne pas désespérer des Américains, en tout cas des couches populaires et des travailleurs états-uniens qui dans le passé, on l’oublie trop souvent en Europe, ont été à la pointe de la lutte de classe et des combats contre l’oppression et l’injustice. Qu’ils aient alors été minoritaires ou pas d’ailleurs, car ce sont les minorités, déterminées dans leur combat, et pas les majorités électorales, qui ont fait l’histoire, aux Etats-Unis comme ailleurs.

La jeunesse qui a commencé à manifester contre la guerre du Vietnam alors qu’une grande partie de la population américaine continuait à approuver cette guerre, était minoritaire. Elle a pourtant aidé à contraindre l’Etat américain à y mettre fin. Le mouvement noir qui, après bien des révoltes et des mobilisations, a imposé dans les années soixante la fin de la ségrégation ouverte et a conquis ses droits civiques, était minoritaire au milieu d’une population blanche encore en bonne partie raciste.

La minorité qui aux Etats-Unis a conscience qu’il faut changer les choses (37 millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, dont 8 millions de « working poors », qui ont un travail mais sont sous-payés, 45 millions de personnes privées de toute couverture sociale, les plans de suppressions d’emplois qui s’accumulent, les guerres impérialistes qui s’aggravent...) n’est pas plus démunies aujourd’hui parce qu’une majorité réactionnaire s’est prononcée dans les urnes (en fait une majorité électorale, c’est sûr, mais qui demeure tout de même une minorité des citoyens états-uniens).

Ouvriers et employés, Noirs ou Hispaniques, les victimes de la paupérisation, les étudiants et enseignants opposés à la guerre, ont toujours la possibilité d’arrêter le rouleau compresseur, tout comme des générations précédentes l’ont déjà fait dans le passé.

A condition de ne pas mettre leur espoir ni dans les urnes, ni dans les démocrates, mais en eux-mêmes, leurs luttes, leurs mobilisations.

Lydie GRIMAL

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