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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 36, novembre-décembre 2004 > DOSSIER : Délocalisations, chômage et démagogie chauvine

DOSSIER : Délocalisations, chômage et démagogie chauvine

Délocalisation made in Belgium

Mis en ligne le 14 novembre 2004 Convergences Monde

DHL est une entreprise internationale de courrier express. Cette filiale de la Deutsche Post est installée en Belgique depuis 1978. En 1988, elle a installé son quartier général mondial à Bruxelles et l’aéroport de Bruxelles (Zaventem) est devenu le plus grand « hub » de DHL en dehors des Etats Unis.

Cette entreprise est à la base d’un feuilleton politique et économique à rebondissements qui dure depuis plus de dix mois. Dix mois que les différents gouvernements (le gouvernement fédéral, le gouvernement de la Région bruxelloise et le gouvernement de la Région flamande) négocient avec DHL pour savoir s’ils autorisent l’entreprise à créer un centre de tri intercontinental à Bruxelles. Une extension qui devait entraîner, selon l’entreprise, la création dans quelques années de 1400 postes de travail.

Un chantage à l’emploi...

DHL demandait l’autorisation de faire plus de 25 000 vols annuels et 16 vols nocturnes quotidiens (contre 1 actuellement) à partir de 2011. Et elle indiquait clairement que, faute de l’autorisation de faire ces vols, elle créerait son centre de tri de courrier ailleurs, en Allemagne à Leipzig ou en France à Vatry.

Devant les exigences de DHL, des négociations se sont ouvertes au sein du gouvernement fédéral et entre les trois gouvernements concernés. Toutes les heures, la radio belge tenait informé du déroulement des négociations, qui durèrent des jours entiers voire une bonne partie des nuits ! Au sein des gouvernements, les avis étant partagés, on est passé à deux doigts de la démission du Premier ministre belge.

Bien entendu, comme on est en Belgique, cette négociation s’est doublée d’une discussion sur le problème linguistique. Comme DHL emploie actuellement 10 % de francophones et 90 % de néerlandophones, ne devrait-il pas y avoir dans les futurs postes créés plus de francophones ? La Flandre menaça même de régionaliser l’aéroport qui est situé sur son territoire.

S’ajoutaient aussi les protestations des riverains de l’aéroport qui dénoncent le bruit et la pollution supplémentaires qu’entrainerait une augmentation des vols en général et des vols de nuit en particulier. Il faut dire que l’aéroport de Zaventem est situé tout près de Bruxelles, que ces riverains luttent depuis des années contre le bruit des avions et qu’ils sont aussi... des électeurs. Aucun ministre ne voulait prendre sur lui la décision de ces vols supplémentaires et l’impopularité qui irait avec.

Finalement, DHL, en expliquant qu’elle n’avait pas obtenu les autorisations nécessaires, a décidé d’implanter son centre intercontinental de tri du courrier ailleurs. Cette décision rend non seulement caduque la création de 1400 postes de travail, mais en plus entraînera la suppression de 900 à 1350 emplois à Bruxelles à partir de 2008.

...pris avec philosophie par les gouvernements

Du côté du gouvernement comme du côté de l’entreprise, l’annonce de cette décision s’est faite sans triomphalisme ni coup de colère. A DHL, qui explique que l’entreprise « ne veut pas désigner l’un ou l’autre responsable dans l’échec des négociations », les gouvernements ont répondu, unis cette fois, « qu’ils regrettent la décision de DHL... ». Et du côté gouvernemental on explique que ce qui a guidé le gouvernement, ce sont des préoccupations écologiques, la volonté de limiter le bruit et la pollution. Un véritable conte de fée qui transforme ces ministres en ardents défenseurs de la nature, en écologistes plus verts que verts.

En fait, il est difficile de connaître ce qui s’est vraiment discuté au sein des gouvernements et avec DHL.

Du côté des travailleurs, le soir de l’annonce de l’échec des négociations entre les gouvernements et l’entreprise, des débrayages ont eu lieu, des assemblées générales se sont tenues et les travailleurs ont bloqué une partie de la nuit le périphérique qui passe devant l’aéroport. Une réunion des délégués syndicaux de l’entreprise et de l’aéroport a eu lieu lundi dernier. Ils ont décidé d’organiser vendredi 29 octobre « une marche pour l’emploi » à Bruxelles où des travailleurs d’autres entreprises seraient associés.

Cette initiative a rassemblé 2000 personnes, des travailleurs de la STIB (transports publics de Bruxelles), en grève ce jour là, ont rejoint ceux de DHL après leur propre manifestation, ainsi que d’autres de la SNCB (chemins de fer) venus par solidarité. Des ouvriers de Volkswagen étaient attendus, car il y a aussi des suppressions d’emplois programmées chez eux, mais finalement seule une délégation syndicale était présente. Aucune suite à cette manifestation n’est prévue (bien qu’à la STIB, sous la pression des chauffeurs et des mécaniciens les syndicats aient dû appeler à des journées de grève pour les salaires et les conditions de travail). Pour l’instant DHL, et bien d’autres, peuvent continuer à supprimer des emplois !

11 novembre 2004

Paul GALLER

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