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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 36, novembre-décembre 2004

SNCF : Table ronde et lutte de classe

Mis en ligne le 14 novembre 2004 Convergences Entreprises

« Accord sans précédent », claironne-t-on à la direction de la SNCF comme au ministère des transports, à propos de la signature le 28 octobre, par le PDG et quasiment toutes les organisations syndicales du document sur « l’amélioration du dialogue social et la prévention des conflits à la SNCF ». Seule la fédération FO refuse de signer. Quant à Sud, elle réserve sa réponse. Les caméras présentes étaient surtout braquées sur la poignée de main « historique » entre Louis Gallois (PDG) et Didier Le Reste (responsable de la CGT). C’était effectivement la première fois que la CGT signait un accord restreignant le droit de grève des cheminots, sous prétexte d’éviter une loi qui serait pire, mais surtout en échange d’avantages non négligeables pour la bureaucratie syndicale.

L’engagement syndical à allonger la période de préavis

Certes, l’accord signé consiste en treize pages de bla-bla que probablement peu de cheminots auront lues. Les laïus patronaux sur le « dialogue social » qui serait tellement mieux que le conflit, sur les chers usagers (O pardon « les clientèles »... n’oublions pas les patrons qui achètent du fret !) qu’il faudrait choyer, sont des rengaines bien connues. Les cheminots, eux, croient ce qu’ils voient : de prétendus dialogues qui tournent au vinaigre parce que la hiérarchie oppose à toute revendication importante une fin de non-recevoir et continue à rogner sur les acquis ; une pseudo-prévenance à l’égard des clients qui trouve ses limites dans l’exigence du profit maximum.

Si l’accord consiste donc en 90 % de bla-bla, il y a tout de même les 10 % restant. Politiquement non négligeables ! La direction de la SNCF a obtenu des syndicats signataires l’engagement dûment paraphé qu’ils ne déclencheraient plus de grèves sans en passer par une procédure d’ « alarme sociale » comme à la RATP, consistant en la participation à des structures de concertation préalables hiérarchie/syndicats, à différents niveaux, allongeant de fait d’une durée supplémentaire de deux à trois semaines l’actuel préavis de cinq jours. Et en cas de coups de colère des cheminots face aux sales coups de la direction ? L’appareil syndical s’est engagé à la faire attendre... Tout un programme.

C’est là que réside effectivement l’inédit ! Les directions des grandes confédérations dites représentatives, c’est-à-dire agréées par la loi et bénéficiant du monopole d’avantages légaux non négligeables, ont derrière elles une longue histoire de luttes détournées ou trahies. Mais vantées néanmoins.

Aujourd’hui, en écrivant et signant que la grève peut et doit être évitée par un bon « dialogue » avec le patron, c’est cette « culture » de la confrontation que la direction de la CGT renie aujourd’hui. Point final d’une évolution commencée il y a dix ans déjà.

Ce que la direction de la CGT y gagne... contre les cheminots

La direction de la SNCF est évidemment maligne. Elle parle de : « dialoguer pour mieux se comprendre ». Elle ne parle pas de « dialoguer pour mieux satisfaire les revendications » ! Nuance. Et elle met les points sur les « i » en précisant qu’il s’agit de « passer d’une culture de confrontation à une culture de concertation et de recherche de compromis ». Bref, elle n’offre strictement rien aux travailleurs, mais seulement aux appareils syndicaux de nouvelles facilités de palabres, de nouvelles entrevues plus ou moins institutionnalisées, au niveau des établissements, des régions, etc. Soit de nouveaux cadeaux en heures et honneurs ! Pas anodins, en ce sens qu’ils sont destinés, explicitement, à aider et renforcer l’appareil contre ses propres militants combatifs.

Louis Gallois et Didier Le Reste disent explicitement avoir cherché ensemble « une plus grande efficacité des instances ». Primo, les délégués du personnel devront rester dans le cadre de leurs prérogatives légales et ne pas se mêler des problèmes généraux qui ne les concerneraient pas. Ces problèmes généraux de salaires, emplois, « restructurations », « trouveront leur réponse dans le cadre de rencontres entre organisations syndicales et direction de l’établissement ». Et à cet effet, les organisations syndicales « désigneront des délégués syndicaux au sein de chaque établissement »... « les représentants des organisations syndicales seront ainsi mieux identifiés, ce qui facilitera les échanges entre partenaires sociaux » (brochure de la direction de la SNCF d’octobre 2004, « Edition spéciale : prévention des conflits »). Si ces phrases ont un sens, c’est que l’appareil syndical va habiliter ou réhabiliter certains à le représenter, à parler en son nom, à négocier, à signer... « Mieux identifier » certains et pas d’autres. La volonté commune de Gallois et Le Reste est que c’en soit fini, de la bride laissée sur le cou de militants syndicaux qui animent des structures locales. Fini pour eux, la possibilité de déposer un préavis, ici ou là, bien ou mal, parce qu’ils sont combatifs et auront été sensibles au mécontentement ?

Parmi ces militants, il en est d’extrême gauche. La CFDT a fait la chasse à une époque à ses « moutons noirs ». La CGT ne s’en était pas privée dans son passé bien stalinien. Aujourd’hui, elle n’exclut personne. Mais avec l’aide de la direction de la SNCF, elle se donne les moyens d’écarter certains du pouvoir de déposer un préavis de grève.

Et il n’est probablement pas anodin qu’un tel accord syndicats/patronat ait lieu précisément aujourd’hui où la SNCF est sur la voie de restructurations aux effets rigoureux contre les cheminots. Elle ne leur réserve que suppression d’emplois, baisse de pouvoir d’achat, cadences et horaires toujours plus infernaux. Il lui faut donc bien suborner parallèlement les directions syndicales, pour tenter de se prémunir contre un conflit. C’est la finalité de cet accord.

Les cheminots n’ont pas signé !

Cette nouvelle bassesse syndicale n’est pas réjouissante. Mais pas non plus alarmante, outre mesure. Ni rire, ni pleurer, seulement comprendre qu’un nouvel obstacle est bel et bien là, et qu’il faut se préparer à le dégager.

La classe ouvrière n’a jamais rien obtenu d’important que par la grève. Les grands mouvements du passé le prouvent. Ils ont souvent fait trembler gouvernement et patronat, mais aussi pâti de ne pas s’être donné une direction propre, qui échappe aux directions syndicales toujours plus préoccupées de savoir terminer une grève que de lui permettre d’aller au bout de ses possibilités.

La SNCF aujourd’hui, certes après la RATP, sert de terrain d’essai au patronat pour imposer des restrictions au droit de grève, si ce n’est légales (mais le projet d’une loi n’est pas abandonné) du moins « contractuelles » ou « partenariales », à l’anglaise ou à l’allemande. Libre aux directions syndicales de jouer ce sale jeu. Mais les cheminots eux, n’ont rien signé, et surtout pas dit leur dernier mot. Les militants CGT ou autres non plus. Ils gardent tous leurs moyens d’être le phare qu’ils ont représenté en 1995. Et au grand dam de Gallois et de ses supplétifs syndicaux, de préparer les cartouches pour l’affrontement général dont les travailleurs, du public et du privé, tous ensemble, ne pourront faire l’économie.

13 novembre 2004

Michelle VERDIER


L’« historique » et l’histoire...

Une restriction au droit de grève existait déjà à la SNCF depuis 1961, mais le préavis de 5 jours fixant exception (et restriction) au droit de grève dans les services publics fut introduit dans le Code par la loi du 31 juillet 1963. De Gaulle à l’époque se vengeait du camouflet que lui avait infligé la grande grève des mineurs de mars-avril 1963. Son ordre de réquisition avait alors été traité par les grévistes comme un chiffon de papier. Le conflit dura cinq semaines et l’élan général de solidarité vers les grévistes fut très grand.

Face à cette situation qu’on n’avait pas vue depuis longtemps, les directions syndicales appuyèrent de toutes leurs forces sur le frein. Les mineurs durent reprendre le travail, avec la satisfaction partielle de leur revendication salariale, mais l’amertume de n’être pas allés jusqu’au bout. Quelques mois plus tard, à la fin juin 1963, le gouvernement trouva dans quelques mouvements de grève tournante à la RATP l’opportunité d’avoir sa revanche et de reprendre l’avantage en faisant passer une législation anti-grève. Les possibilités de défense des travailleurs des services publics, soit un tiers des salariés du pays, étaient réduites par voie légale. Sale coup porté pendant les vacances.

Les directions syndicales protestèrent à l’époque. Mais il faut bien voir que par cette loi, le gouvernement confirmait qu’il les craignait moins que les travailleurs du rang. Le préavis de cinq jours, que seules les organisations syndicales étaient habilitées à donner, les protégeaient également contre toute grève intempestive qui leur échapperait ! Si des travailleurs voulaient se mettre en grève sans l’accord du syndicat, leur grève devenait « illégale ».

Mais pas impossible... comme ces quarante dernières années l’ont prouvé à bien des reprises.

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