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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 36, novembre-décembre 2004 > DOSSIER : Délocalisations, chômage et démagogie chauvine

DOSSIER : Délocalisations, chômage et démagogie chauvine

Lutter contre les délocalisations ?

Mis en ligne le 14 novembre 2004 Convergences Politique

Quand un patron annonce une délocalisation en présentant sa décision comme irrévocable le problème rejoint directement celui de la lutte contre les licenciements. Avec toutes les difficultés, pour les travailleurs d’une entreprise isolée, de renverser un rapport de force au départ très défavorable.

A priori il l’est moins quand la menace de délocaliser est seulement brandie pour obtenir des travailleurs l’acceptation de baisses de salaires, d’une augmentation de temps de travail ou de réductions d’effectifs, sans véritable intention de réduire la production elle-même.

Pourtant, même dans ce cas, il se trouve à peu près inévitablement des travailleurs et des organisations syndicales pour considérer que « tout vaut mieux que perdre son travail ». Avec ce moral de vaincus, ils veulent évidemment croire que la négociation avec le patron pourra limiter les dégâts, et dans ce but préconisent de prendre les devants et d’accepter les concessions demandées.

Résister au chantage

Si cette opinion prévaut, le chantage aura été efficace et le patron aura gagné. Et la discussion, contrairement à ceux qui en caressent l’espoir, ne pourra rien éviter. Aucun rapport de force ne peut s’établir autrement que par la lutte face à un adversaire qui dispose, lui, du pouvoir dans l’entreprise. Un chantage ne peut se contrecarrer que par une attitude résolue et une volonté de mener le combat avec tous les moyens possibles, quels qu’en soient les risques.

Heureusement, les travailleurs, même à l’échelle de leur seule entreprise, même quand le patron a vraiment l’intention de fermer celle-là, ne sont pas totalement démunis tant que les machines, les bâtiments, les matières premières et les produits finis, qui représentent une partie du capital, peuvent se trouver sous leur contrôle, tant qu’une certaine activité est encore assurée sur le site et qu’ils ont le pouvoir du jour au lendemain de la stopper. Mais c’est bien alors, et sans attendre, qu’un rapport de force un peu plus favorable peut être établi et arracher à son tour des concessions, cette fois au patron.

Elargir la lutte

Ceci n’exclut pas d’avoir conscience qu’une lutte au niveau de la seule entreprise, que ce soit contre un simple chantage ou contre une volonté réelle de délocaliser ou de licencier, aussi résolue soit-elle, permettra rarement de faire reculer totalement, sinon partiellement, un employeur. Difficulté pour les travailleurs de tenir longtemps une action qui les prive de leur salaire, possibilité pour le patron d’avoir recours aux « forces de l’ordre » pour récupérer l’usage de son matériel ou au contraire d’abandonner pendant des mois, voire des années, un « outil de travail » qu’il considère dépassé : aucune bataille, même très radicale, n’est évidemment gagnée d’avance.

Le vrai salut ne peut finalement venir que de la solidarité de classe. Licenciements et chantages aux délocalisations ne se font pas partout et en même temps. Pourtant ils sont utilisés par tous les patrons tout de suite pour faire pression sur tous les salaires de tous les travailleurs, remettre en question les horaires ou les conditions de travail, en bref augmenter le taux de profit au bénéfice de l’ensemble de la classe des exploiteurs. Et le gouvernement et en général l’Etat sont là pour les aider à réaliser leurs objectifs.

C’est en parvenant à une cohésion similaire que le camp opposé, celui des travailleurs, pourra véritablement changer la donne. Mais pour cela il est nécessaire d’agir à l’échelle de classe et sur le terrain politique, ce qui ne pourra être atteint un jour que si dès maintenant à partir de chaque lutte particulière on s’efforce d’entraîner d’autres travailleurs (ceux sur qui pèsent immédiatement ou à l’avenir les mêmes menaces de licenciement, de baisse de salaire, d’aggravation de conditions de vie et de travail), d’élargir, de généraliser et de coordonner le combat.

Retrouver la conscience de classe

Ce devrait être logiquement le rôle des confédérations syndicales comme des partis qui se veulent les représentants des intérêts des salariés, de défendre cette perspective. D’affirmer à chaque occasion qu’il n’y a pas fatalité à être réduits à se battre, le dos au mur, entreprise après entreprise, qu’il est possible de se retrouver un jour en force et en nombre... si on le cherche dès aujourd’hui.

Et ce qui est vrai à l’échelle d’un pays peut l’être également pour l’Europe et même pour la planète entière. Le problème des délocalisations est posé dans des termes analogues en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon ou en Corée aujourd’hui. Il le sera en Chine ou au Maghreb demain. Il faut combattre impitoyablement cette pire des politiques qui consiste à dresser les travailleurs les uns contre les autres, en essayant de leur faire croire que ce sont d’autres travailleurs qui leur « piquent leur boulot » et pas les patrons - de toutes nationalités - qui menacent en permanence leur droit à l’existence. Spontanément bien des travailleurs sont sensibles aux sirènes nationalistes, voire régionalistes, voire à « l’esprit maison ». Mais bien trop souvent aussi ces sentiments sont confortés par le discours des directions syndicales ou des partis de gauche. Celui tenu en ce moment, à l’occasion de la constitution européenne et du futur référendum, par certaines d’entre elles en est un bel et bien triste exemple.

Ce qui n’a rien d’étonnant d’ailleurs de la part de partisans de la collaboration de classe quand on sait qu’interdire les licenciements signifierait forcément interdire aux détenteurs de la propriété des moyens de production d’en disposer comme ils l’entendent. Autrement dit s’engager sur la voie de la constitution d’un véritable pouvoir ouvrier visant à l’expropriation du capital et la mise sur pied d’une organisation socialiste de la société.

Louis GUILBERT

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