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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 36, novembre-décembre 2004 > DOSSIER : Délocalisations, chômage et démagogie chauvine

DOSSIER : Délocalisations, chômage et démagogie chauvine

Péril jaune, péril turc, péril pauvre ? Les délocalisations vues du Tiers-monde

Mis en ligne le 14 novembre 2004 Convergences Monde

Sans même parler de l’extrême droite, le très chrétien Jean-Louis Bourlanges, député européen UDF, combat l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne au nom de la « promesse de délocalisation contenue dans la candidature turque » (L’Expansion du 28 septembre 2004) et le très socialiste Laurent Fabius voit dans la constitution européenne la mère de toutes les délocalisations. Du coup, ce pauvre Jean-Pierre Chevènement a dû avoir peur qu’on l’oublie et, dans Le Figaro du 22 septembre 2004, pose en tremblant la question « Faut-il avoir peur de la Chine ? ».

Mais qui doit avoir peur de qui ?

Les grands bénéficiaires des délocalisations sont avant tout les patrons occidentaux. Les pays du Tiers-monde se livrent une concurrence acharnée à qui saura faire venir le plus d’investisseurs étrangers mais ne contrôlent rien. Ainsi la création d’une « Silicon Valley » en Malaisie ne dépend absolument pas de ce pays, malgré sa politique de formation de techniciens et d’ingénieurs et d’ouverture aux grands trusts occidentaux de l’informatique. Ce sont ceux-là qui décideront. Un des responsables du Centre régional d’investissement marocain peut donc répondre à l’ex-ministre français : « Chez nous, une société française a le droit de rapatrier à tout moment son capital et ses bénéfices. Alors qui doit avoir peur de qui ? » (Ouest-France, 01/10/2004).

Cette surenchère à laquelle se livrent les pays pauvres pour faire venir des entreprises occidentales s’explique facilement : les travailleurs français ou américains ne sont pas les seuls à voir leurs usines déménager. Ainsi, au Mexique entre 2001 et 2003, 474 maquiladoras - les entreprises sous-traitantes des trusts américains concentrées le long de la frontière - ont fermé leurs portes. Et 220 000 emplois sur les 1,3 millions existant dans les zones franches réservées aux maquiladoras ont disparu en direction de la Chine, paraît-il, où les salaires sont 5 fois moins élevés pour le même travail.

Mais les délocalisations n’impliquent pas forcément de grandes distances. Au Guatemala, ce sont 20 entreprises sous-traitantes de grands groupes qui ont fermé, délocalisant 3 800 emplois au Nicaragua voisin. Aucun travailleur du Tiers-monde ne peut se sentir à l’abri. Même la Chine et l’Inde délocalisent : les ingénieurs informaticiens de Malaisie coûtent moins cher.

Les bourgeoisies occidentales soumettent à une concurrence impitoyable les classes ouvrières des pays pauvres, dictent leurs conditions aux États et les mettent en compétition entre eux. Une sorte de vente aux enchères : à qui permettra l’exploitation de ses salariés au meilleur prix. S’il y a bien une menace permanente de délocalisation, c’est surtout en Asie, en Afrique, en Amérique latine, dans chaque pays du Tiers-monde, aucun ne pouvant échapper au chantage et à l’arbitrage permanent des multinationales des pays développés.

Un marché de dupes pour les pays les plus pauvres

Les délocalisations comportent en outre des contreparties défavorables pour les pays pauvres qui en bénéficient. La levée des barrières douanières facilite peut-être les exportations de textile, de jouets ou même de téléphones portables chinois. En revanche, elle permet également aux multinationales de conquérir librement le secteur des services, de la banque, des télécommunications, comme s’y est engagé le gouvernement chinois lors des négociations d’adhésion à l’OMC.

Même les trusts de l’agro-alimentaire pourront pénétrer le marché chinois. Or, les agriculteurs chinois ne peuvent rivaliser avec les Nestlé, Danone ou Monsanto. Ce sont des dizaines, voire des centaines de millions de paysans qui risquent non seulement d’être précipités dans la misère - en fait pour beaucoup ils y sont déjà - mais tout simplement d’être évincés de leur terre et expulsés des campagnes.

Mathieu PARANT

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