Bonne année ! mais qui va trinquer ?
3 janvier 2000 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Une fois les lampions éteints, le paysage de l’an 2000 ressemble à s’y méprendre à celui de l’année précédente. Ce n’est pas l’augmentation de 0,5 % des prestations sociales ou même de 2 % des allocations des RMIstes ou des chômeurs en fin de droit qui le démentira… Ni les augmentations de prix de janvier qui l’accompagnent.
Pas non plus la satisfaction affichée du gouvernement devant la baisse officielle du chômage en novembre pendant que la précarité augmente à grande vitesse. On en reste comme en 1999 au partage de la misère pendant que la richesse des plus riches s’accroît, le chiffre des profits à la Bourse de Paris, supérieur à 50 % pour l’an passé, en témoigne sans fard.
Le seul grand bouleversement aura été pour les victimes des catastrophes de cette fin d’année 1999. Naturelles, comme la tempête qui a fait envoler les toitures, ravagé les forêts, privé d’électricité et de téléphone des millions de personnes et fait 88 morts dans ce pays ; ou pas naturelles du tout, comme cette marée noire dont l’avidité de profit des pétroliers est le premier responsable.
Des centaines de milliers de personnes encore privées d’électricité et de téléphone, ont donc passé les fêtes dans le froid et l’obscurité, pendant que d’autres, victimes des inondations, ont les pieds dans l’eau et la boue, en dépit de tous les efforts des travailleurs des services publics qui n’ont pas ménagé leur peine, électriciens, ouvriers et techniciens des télécoms, pompiers….
Chirac, Jospin, rentrés précipitamment de vacances – mais bronzés quand même – ont salué leur dévouement et tenu pour l’occasion à souligner les bienfaits du service public dans la vie sociale.
Ils sont allés serrer quelques mains de travailleurs et ils ont distribué quelques bonnes paroles. Sans efficacité pour les travaux, bien sûr ! Cette sollicitude – pour la galerie et en vue des échéances électorales à venir – n’empêche pas par ailleurs les compères de poursuivre une politique systématique de privatisations. Largement entamée à France Télécom et Air France, engagée sur une échéance prochaine pour EDF, réalisée depuis longue date pour le réseau des autoroutes… Pour les privatisations, le gouvernement Jospin aura même battu tous les records des gouvernements précédents, de droite comme prétendus de gauche.
Si l’électricité, le téléphone, le rail, les routes et les autres transports ainsi que la sécurité étaient entièrement aux mains de sociétés privées, la situation aujourd’hui serait sans doute bien pire. La seule motivation faisant agir les capitalistes du privé étant leur soif de profit, ceux-ci font preuve d’une totale irresponsabilité à l’égard des intérêts de la population. Pour s’en convaincre il suffit de regarder ce que les trusts du pétrole font du monopole qu’ils ont sur cette forme d’énergie.
Si on veut bien considérer que tous les moyens de l’Etat ont été mis pour mettre fin le plus rapidement aux souffrances des populations les plus atteintes, force est de constater que la prétendue « solidarité nationale » s’est ensuite limitée à la bonne volonté individuelle et au bon cœur de ceux qui disposent souvent des plus petits moyens. On aurait pu pourtant trouver dans les entreprises privées des groupes électrogènes en grand nombre, des engins de travaux et de levage pour accélérer le mouvement. Mais pour les Jospin et les Chirac pas question de les réquisitionner : « la solidarité nationale » s’arrête à la propriété privée des capitalistes sur les moyens de production.
Quant aux crédits que l’Etat va débloquer, il y a fort à parier qu’ils ne serviront à indemniser ni ces familles aux petits revenus qui par souci d’économie avaient rempli leur congélateur et ont tout perdu, ni à remplacer le mobilier mis hors d’usage de celles qui ont acheté ou loué une maison dans les zones les plus vulnérables aux inondations. Ils profiteront, comme à chaque fois, avant tout aux grandes sociétés, comme ce sont celles-ci qui bénéficieront des meilleures conditions de remboursement des assurances.
Pour que tout ça change à partir de l’an 2000, il reste encore un grand nettoyage social à faire ! Et nous souhaitons à tous, en même temps que nos meilleurs vœux pour l’an 2000, qu’il n’attende pas le prochain millénaire.

