Marée brune dans les Alpes
14 février 2000 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La constitution d’un gouvernement de coalition entre la droite et l’extrême-droite en Autriche est un mauvais coup. Pas seulement pour les travailleurs émigrés qui vivent dans ce petit pays et sont la cible directe du parti de Jörg Haider, cet admirateur de Hitler, mais aussi pour leurs camarades autrichiens. Le nouveau gouvernement n’a d’ailleurs pas tardé à annoncer la hausse des impôts indirects, la privatisation des services publics, le gel des salaires, toutes mesures qui traduisent sa volonté de continuer et même d’aggraver l’offensive contre l’ensemble de la classe ouvrière.
L’ascension de l’extrême droite en Autriche conforte les « lepénistes » ou « mégrétistes » de tous poils qui ailleurs en Europe tentent de prospérer sur le même fumier, celui de la haine des étrangers et de la démagogie sécuritaire. Que le parti de Jörg Haider, accède sur cette base au gouvernement, constitue donc aussi un sérieux avertissement pour tous les travailleurs en Europe.
En Autriche les socialistes ont dirigé tous les gouvernements depuis 1955. Avec la montée du chômage, leur politique a consisté à gérer la détérioration des conditions de vie des couches populaires au plus grand profit des riches et des possédants. La différence avec une politique de droite est apparue si minime que depuis 1986 la gauche et la droite ont pu constituer une coalition pour gouverner ensemble le pays. Et la gauche au gouvernement n’a pas hésité à jouer de la peur des étrangers pour détourner le mécontentement populaire, en restreignant le nombre des visas, en expulsant les clandestins. Tout comme l’ont fait en France Chevènement le chasseur de sans-papiers ou Edith Cresson et ses « charters », ces ministres de gauche bien dans la ligne de Pasqua, leur homologue de droite. Tous ils contribuent à renforcer les préjugés les plus réactionnaires en divisant la classe ouvrière, amenant ainsi de l’eau au moulin de l’extrême-droite.
Haider dans ces conditions a réussi, mieux que Le Pen en France, à se présenter comme un défenseur des petites gens. Et son discours démagogique a trouvé un écho chez un certain nombre de travailleurs et de jeunes. Pourtant ce grand propriétaire ne fait que défendre les intérêts des nantis, comme l’atteste son comité de soutien formé de grands patrons.
Chirac, Jospin, comme d’autres dirigeants de divers pays d’Europe, s’indignent en parole de la coalition autrichienne. Des ministres refusent de serrer la main des ministres autrichiens ou se ménagent, pour la caméra, des sorties théâtrales dans les conférences au sommet. Mais ni ces déclarations ni ces gestes ne feront reculer l’extrême-droite. Et ils ne peuvent faire oublier l’hypocrisie de leurs auteurs.
Ces politiciens dénoncent l’extrême-droite en Autriche, mais restent par ailleurs silencieux face à un danger encore pire, celui de fascistes qui sans être au gouvernement, passent à l’action dans la rue. Comme en Espagne où, prenant prétexte d’un crime crapuleux dont un Marocain a été l’auteur, ils ont organisé la semaine dernière une chasse à l’homme dans la ville d’El Egido contre tous les Marocains. Nombre d’entre eux ont été malmenés, leurs voitures et leurs maisons saccagées, sans que la police n’ait vraiment voulu l’empêcher. Des événements qui rappellent les pires exactions des Nazis contre les Juifs.
L’indignation des gouvernements européens serait aussi plus crédible, si elle ne venait pas d’un Blair qui veut libérer le dictateur Pinochet, d’un Schröder qui vend des armes à la Turquie pour massacrer les Kurdes, ou d’un Jospin qui soutient les pires dictatures en Afrique. Et si ce n’était pas les mêmes qui vantaient les mérites de Poutine, l’homme qui a écrasé la Tchétchénie sous les bombes et laissé faire, sinon organisé, les exactions racistes contre les Tchétchènes à Moscou.
Le seul véritable moyen d’empêcher le retour des courants réactionnaires consiste à renouer avec la lutte de classes pour arrêter les attaques anti-ouvrières du patronat et des gouvernements quels qu’ils soient. Car seule la lutte des travailleurs est porteuse d’un avenir qui puisse éviter à la société toute entière le bégaiement d’une histoire que nous ne voulons pas revivre.

