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Accueil > Éditos de bulletins > 1999 > novembre > 15

De boue… ou debout, les damnés de la terre ?

L’ampleur des intempéries et des crues dans le Languedoc-Roussillon a été exceptionnelle. Les rivières de la région ne sont pas les fleuves de l’Inde ou du Vietnam, mais leur rébellion sous un des plus gros orages du siècle a semé la mort et la désolation. Cela dit, la catastrophe n’est pas que naturelle. Car même dans un pays comme la France à la fin du 20° siècle, ce sont les plus faibles et les plus pauvres qui écopent !

Certes, les responsables politiques y sont allés de leur déplacement sur les lieux ou de leurs condoléances. Chirac, Jospin, Voynet, Chevènement, Aubry et d’autres regrettent, déplorent, assurent qu’ils feront le maximum pour prévenir et guérir… demain !

Parlons-en, de la prévention !

Dominique Voynet, la ministre de l’environnement - verte et pas toute blanche - reconnaît que les mesures préventives n’existaient quasiment que sur le papier. Des plans de prévention des risques (PPR) étaient obligatoires dans certaines régions, mais non moins inexistants. Communes ou régions d’un côté, Etat de l’autre, se sont renvoyé la balle de l’application et du financement de ces plans. Qui pouvait et allait payer ? Qui pouvait et allait imposer aux propriétaires les aménagements nécessaires sur leurs sacro-saintes propriétés ?

Il est indéniable que les petites communes de quelques centaines ou milliers d’habitants n’ont guère de gros moyens financiers et que c’est l’Etat qui pourrait et devrait être le principal pourvoyeur de fonds - avec l’argent de nos impôts. Mais non ! Depuis plus de vingt ans, dirigé par la gauche ou par la droite, il est tout occupé à faire des ponts d’or à un patronat qui licencie. L’Etat aurait consacré à la prévention des risques 70 millions de francs en 1999… contre environ 200 milliards par an, au bas mot, d’aides diverses au patronat. Millions contre milliards ! Le bien public ne pèse pas lourd face aux intérêts privés ! Et voilà pourquoi tout va de mal en pis, pour les milieux populaires qui subissent de plein fouet le chômage comme les orages. Car ce sont des familles populaires et tout particulièrement des gosses, des femmes et des vieux des villages ou lotissements hâtivement construits qui ont été parmi les premières victimes de la catastrophe du Languedoc-Roussillon.

Parlons aussi de la guérison !

Martine Aubry annonce des crédits supplémentaires alloués aux services d’assistance sociale de la DDASS des départements sinistrés, mais sans en indiquer le montant ! Et on sait ce que ça veut dire d’avoir à s’adresser aux DDASS ! Chevènement, lui, chipote et mégote en parlant de « commissions pour établir le classement en catastrophe naturelle des dossiers », comme si les images de la télé ne lui suffisaient pas pour juger de la catastrophe ! Et à ce jour, la presse n’évoque précisément que 700 000 F débloqués pour l’aide d’urgence aux sinistrés ! Le prix d’un petit deux pièces à Paris ! Pour le reste, que les gens voient avec leurs compagnies d’assurance - dont chacun connaît la générosité ! En espérant qu’ils soient assurés !

Même les responsables du PC, qui se prétendent les plus à gauche, qui se prétendent les plus proches de la population, se contentent de dire qu’il faut que l’Etat montre l’exemple. Ah bon ? Ils feraient mieux de nous dire la vérité et de dénoncer le fait que l’Etat donne l’exemple du contraire car l’Etat est au service exclusif des riches. Il ne portera même pas secours à quelques milliers de gens emportés par des torrents de boue, car ses responsables, ministres, préfets et tutti quanti, ont les portefeuilles d’actions de leurs maîtres bourgeois à la place du cœur.

Alors il va falloir que les travailleurs et les classes populaires interviennent par leurs propres moyens pour faire payer la facture des catastrophes sociales ou prétendues naturelles. Les petits ruisseaux font les grandes rivières ? Dont acte ! Il ne tient qu’à nous, à nous tous et tous ensemble, que les rivières du mécontentement débordent et fassent le grand fleuve de la colère qui changera vraiment la face du monde.

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