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Accueil > Éditos de bulletins > 2000 > janvier > 31

Les chauffeurs routiers montrent la voie et les hospitaliers le remède !

« Pagaille », « désordres », « dangers »… Les gros titres des journaux bien-pensants s’inquiètent des grèves et manifestations qui marquent cette première semaine de février. Pas de doute que quand des chauffeurs routiers, des conducteurs de bus, des facteurs, des aides-soignantes ou des travailleurs de l’industrie arrêtent le travail, ça se voit ! Précisément parce qu’ils font œuvre utile, à la différence des actionnaires qui vivent de l’exploitation des autres, en roupillant !

Dans les différents secteurs où des mouvements et manifestations sont annoncés - appartenant surtout au public mais pas seulement - ce sont les fédérations syndicales qui ont pris l’initiative, pour une fois ensemble ou presque. Mais les appels sont faits pour des jours différents, selon des modalités différentes. Les conducteurs de bus ou de métro ne sont pas appelés à faire grève le même jour que les chauffeurs routiers. Les employés de la Sécu à Paris sont appelés à manifester le même jour que les personnels des hôpitaux mais pas à la même heure ! Et surtout, alors que les mêmes attaques patronales et gouvernementales visent toute la classe ouvrière, alors que les mêmes maux exigeraient les mêmes remèdes, les confédérations syndicales ne proposent pas d’objectifs généraux pour tous les travailleurs, du public et du privé, au chômage ou en activité.

Contre la dégradation des services publics, il faudrait davantage de moyens humains et financiers, et en particulier des centaines de milliers d’embauches - et plutôt d’enseignants et autres personnels dans les écoles que de flics ! Ce qui supposerait de couper les vivres aux grands patrons, qui vantent leur « libre » entreprise mais tètent toujours la mamelle de l’Etat.

Contre l’extension du chômage et de la précarité, il faudrait interdire tout licenciement dans les entreprises qui ont déjà pompé l’argent public, comme Moulinex, et embaucher massivement partout, car les travailleurs n’en peuvent plus des heures supplémentaires, des cadences folles, de la flexibilité introduite sous prétexte des 35 heures, pour des salaires minables… pendant que d’autres sont sans emploi.

Et il y aurait un objectif commun à fixer contre cette loi des 35 heures qui entre en application ce 1er février et permet aux patrons de surexploiter, partout selon les mêmes ficelles. Toute la manœuvre gouvernementale et patronale consiste à organiser des palabres entreprise par entreprise, pour tenter de saucissonner les réactions. Rien qu’à La Poste qui est pourtant un secteur où tous les facteurs par exemple ont les mêmes problèmes, il existe 11 000 sites chargés de négocier l’accord national, ce qui est d’autant plus « bidon » qu’il est désormais applicable sans négociation ! Mais la fameuse « méthode Jospin » consiste précisément à isoler les coups de colère et à empêcher qu’ils convergent dans un mouvement plus large où les travailleurs, plus nombreux, se sentiraient plus forts. Et alors que les plans Jospin-Aubry sont pires contre les travailleurs que les plans Juppé et consorts, parce que les patrons en veulent encore plus, les dirigeants des confédérations syndicales n’évoquent aucune riposte semblable à celle de l’hiver 1995.

Fait bien significatif : les Thibault, Notat, Blondel et autres se rendent cette semaine à la convocation du Medef, au moment où l’organisation patronale annonce de façon provocante une nouvelle offensive contre l’assurance maladie, les retraites, l’indemnisation du chômage. Mais les dirigeants syndicaux, eux, n’annoncent aucun programme provocant qui défende l’ensemble des travailleurs.

Fort heureusement, la mobilisation ouvrière ne dépend pas de leur seule politique. Si un certain mécontentement ne s’était pas exprimé, surtout dans les hôpitaux où une nouvelle journée nationale aura lieu jeudi prochain, les fédérations syndicales ne se seraient pas senties poussées à agir.

Somme toute logique que la contagion vienne des hôpitaux ! Mais il faut maintenant qu’elle se répande ailleurs

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