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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 6, novembre-décembre 1999 > Points de vue : L’autonomie du mouvement social

Points de vue : L’autonomie du mouvement social

Sur « l’autonomie du mouvement social »

Mis en ligne le 1er décembre 1999 Convergences Politique

Lors de la manifestation de la CGT du 4 octobre dernier, un nouvel appel était lancé par des militants de diverses associations et syndicats (DAL, Droits devant !, AC !, SUD, SNUI, CNT, CGT, FSU, Ecole Emancipée) : tout en réaffirmant « le choix de l’autonomie du mouvement social », en se revendiquant de l’indépendance de ses structures vis-à-vis du gouvernement et des partis et en dénonçant « des tentatives de récupération de toutes sortes », il proposait de s’opposer à la loi Aubry, aux licenciements, à l’institutionnalisation d’une santé à deux vitesses, aux fonds de pension… Tandis que certains des signataires annonçaient par la voie des médias la non participation de leur organisation à la manifestation du 16 octobre.

Peu après Bernard Thibault et les dirigeants de la CGT, annonçaient à leur tour que leur centrale, n’appelait pas non plus à la manifestation du 16 octobre. Pour la CGT il s’agissait « d’une initiative dont les caractéristiques sont, dans les circonstances présentes, éminemment politiques ». Avec leurs arguments, et leurs raisons propres, les dirigeants de la CGT ont donc rejoint le camp des partisans de « l’autonomie du mouvement social ».

Même si les uns et les autres ne poursuivaient pas le même but, en se plaçant sur ce terrain ils n’en ont pas moins contribué à la même cause, celle de desservir la manifestation appelée par Robert Hue, à laquelle Jospin et le Parti Socialiste ne souhaitaient pas voir prendre trop d’ampleur.

Il est remarquable que les signataires de l’appel à « l’autonomie du mouvement social » appartiennent à des organisations dont les initiateurs et les dirigeants sont pratiquement tous liés à des mouvements ou des partis politiques. Ils sont de gauche ou d’extrême-gauche, Verts ou anarchistes. Ces liens sont notoires, tout comme ceux qui existent entre les syndicats reconnus et différents partis politiques.

Prétendre que le mouvement social soit ou puisse être indépendant des partis politiques, en France, à l’aube du 21e siècle, est une douce plaisanterie. Ce fut peut-être le cas au début du 20e siècle – et pas dans des pays comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne – mais le temps de la Charte d’Amiens est bien révolu.

Se rendre à une telle évidence ne signifie pas pour autant que les communistes révolutionnaires ne respectent pas, ou ne tentent pas de faire respecter la démocratie dans les syndicats, ou dans les associations, lorsqu’ils y militent. Ils y défendent leurs idées et se rangent aux décisions de la majorité. Ils y défendent le contrôle par la base et luttent contre l’emprise et les méthodes des bureaucraties ouvrières.

Ce qui n’implique nullement qu’ils doivent mettre leur drapeau dans leur poche. Ni qu’ils essayent de masquer derrière le rideau de fumée d’une prétendue « autonomie du mouvement social », la réalité politique de toute mobilisation quelque peu importante de la classe ouvrière sur des problèmes économiques. Le gouvernement, l’Etat, étant alors mis en cause, la politique ne saurait s’en abstraire. Qui l’ignore vraiment ?

On a bien vu comment lorsque ça les arrange, Thibault et les dirigeants de la CGT ont su, au moins un temps, appuyer et même pousser à la grève lors des évènements de novembre-décembre 95, au moment où la droite était au gouvernement, et comment en 1999, lorsque cette fois c’était leurs amis de la gauche qui étaient à la barre, ils ont au contraire tout fait pour torpiller la grève des cheminots.

Pour en revenir aux déclarations sur « l’autonomie du mouvement social », en dépit des intentions affichées de leurs auteurs, force est de constater qu’elles ont aussi réalisé un objectif politique. Outre qu’elles ont apporté de l’eau au moulin de Jospin, elles ont desservi tous ceux qui voulaient s’appuyer sur l’initiative du PCF pour en faire un tremplin de la lutte contre les licenciements et le plan d’urgence, contre le patronat et le gouvernement.

Louis GUILBERT

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