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Accueil > Éditos de bulletins > 2000 > février > 7

Marée brune dans les Alpes

L’extrême-droite autrichienne du Parti Libéral de Jörg Haider et les conservateurs du Parti Populaire de Wolfgang Schüssel viennent de former un gouvernement de coalition. Malgré de multiples péripéties, ce n’est finalement pas une surprise. En effet les élections législatives du 3 octobre 1999, en donnant 27% au parti d’extrême-droite de Jörg Haider, avaient ouvert la voie à cette possibilité en transformant son parti en la deuxième force politique du pays.

C’est une situation inquiétante, et pas seulement pour l’Autriche. Ce succès de l’extrême-droite autrichienne peut redonner confiance à ses équivalents en Europe – du style du Front National de Le Pen – et en ce sens il faut le prendre pour un sérieux avertissement. Cette victoire électorale des forces les plus réactionnaires n’est pas tombée du ciel. Elle est bel et bien le résultat d’une même politique d’austérité menée par les différents gouvernements de droite et de gauche autrichiens.

Depuis 1955 les socialistes et les conservateurs se partagent en alternance le pouvoir. Et tous les chefs de gouvernements au cours des trente dernières années étaient des social-démocrates. Au cours des années de crise qui ont frappé toute l’Europe, les socialistes ont géré la détérioration des conditions de vie des couches populaires. Et cette gestion a été si loyale envers les riches et les possédants, la différence entre les socialistes et les conservateurs si minime, que depuis 1986 la droite et la gauche ont pu gouverner ensemble !

C’est cette même année 1986 que Haider a pris la tête du parti d’extrême-droite pour le rénover et tenter de le rendre plus présentable. Mais il n’a pu renforcer éléctoralement ce parti, petit à l’époque, que parce que les socialistes ont jeté dans ses bras l’électorat populaire. Lorsque la gauche pour détourner le mécontentement ouvrier a usé de la peur des étrangers, en restreignant le nombre des visas, en expulsant les clandestins, elle n’a fait que renforcer les préjugés les plus réactionnaires en divisant la classe ouvrière.

Haider, un peu comme Le Pen en France, s’est présenté comme le défenseur des petites gens, et son discours démagogique et sécuritaire a trouvé un écho chez un certain nombre de travailleurs et de jeunes. Pourtant ce grand propriétaire ne fait que défendre les intérêts des nantis, comme l’atteste son comité de soutien formé de grands patrons.

La bourgeoisie a trouvé momentanément une porte de sortie au mécontentement populaire, à sa crise institutionnelle, et cette nouvelle coalition tombe pour elle à point nommé. Les travailleurs immigrés en subiront les premières conséquences, mais leurs frères autrichiens en subiront les suivantes. Le nouveau gouvernement annonce déjà la hausse des impôts indirects et des taxes, la privatisation des services publics, le gel des salaires, en deux mots comme en un, la poursuite et l’aggravation de l’offensive anti-ouvrière.

Ces événements ont bien sûr suscité une inquiétude légitime. Mais ils ont aussi révélé l’hypocrisie sans bornes des gouvernements et des politiciens. En effet que penser de l’indignation de Blair qui libère l’ex-dictateur Pinochet, de Schröder qui vend des armes à la Turquie pour massacrer les Kurdes, ou d’un Jospin qui soutient sans vergogne des dictateurs en Afrique et dont le ministre de l’intérieur s’est fait une spécialité de la répression des sans-papiers ? Les gesticulations de Chirac ne réussissent pas non plus à cacher que le parti de Haider est membre de la coalition européenne des droites, le Parti Populaire Européen, où l’on retrouve le RPR et l’UDF. Et tout ce petit monde d’humanistes de pacotille soutient la Russie dans sa sale guerre en Tchétchénie.

Ils parlent de sanctions, d’isolement diplomatique de l’Autriche mais gageons que les affaires continueront.

Le seul et véritable moyen d’empêcher le retour de ces courants réactionnaires consiste à renouer avec la lutte de classe pour arrêter les attaques anti-ouvrières du patronat et des gouvernements quels qu’ils soient. Car seule la lutte des travailleurs est porteuse d’un projet de société capable de nous sortir de ce monde en crise, qui bégaye une histoire que nous ne voulons pas revivre.

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