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Archives > Convergences révolutionnaires > Numéro 131, juillet-août 2020

Barcelone : les ouvriers de Nissan en lutte depuis le 4 mai contre la fermeture

Mis en ligne le 20 juin 2020 Convergences Monde

Depuis le 4 mai, les travailleurs de Nissan de la région de Barcelone sont en grève illimitée en réaction aux annonces de fermeture des sites à la fin de l’année 2020.

Nissan emploie près de 3 500 salariés sur trois sites, le plus important étant celui de la Zona Franca de Barcelone [1], qui en emploie 2 500, les deux autres étant ceux de Montcada i Reixac et de San Andreu de la Barca, dans l’agglomération de Barcelone.

L’avenir de ces sites était en discussion depuis un moment déjà, avant même le confinement. En 2019, 600 emplois avaient été supprimés, essentiellement des départs en préretraite et quelques départs volontaires. Au sommet de Davos de janvier dernier, le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, faisait part sur Twitter d’un engagement de Nissan sur la pérennité des sites catalans. Pourtant, la direction annonçait l’arrêt prochain de la production d’un pick-up Mercedes-Benz, sans annoncer de nouvelles productions pour remplacer ce modèle. En février, plusieurs rassemblements de salariés s’inquiétaient de l’avenir de Nissan.

Avec le confinement, la production s’était arrêtée à Nissan, les salariés étant indemnisés par l’assurance-chômage dans le cadre d’un plan d’activité partielle. La production devait reprendre le 4 mai, de façon partielle uniquement : il s’agissait de produire les derniers pick-up Mercedes commandés, toujours sans aucune annonce pour la suite.

Appel à grève illimitée

Sentant que l’avenir des sites était en jeu, les comités d’entreprise (représentation élue du personnel, qu’on peut comparer aux CSE) de Nissan avaient, le 23 avril, lancé un appel à la grève illimitée à partir du 4 mai. La production n’a ainsi jamais repris, du fait de la grève qui s’est concentrée à l’usine d’emboutissage de Montcada i Reixac : l’arrêt de la production des pièces dans cette usine a bloqué la production à l’usine d’assemblage de Barcelone Zona Franca. La direction de Nissan a alors envisagé de mettre tous les salariés de Zona Franca en activité partielle, ce qui revenait à faire payer par les fonds publics le coût de la grève... mais la ficelle était trop grosse : elle y a renoncé.

Surtout que, le 28 mai, les annonces de Renault-Nissan sont tombées : la fermeture totale des trois sites Nissan de Barcelone d’ici la fin de l’année 2020. La grève n’avait pas de raison de s’arrêter là !

Une grève active

La grève est active, les travailleurs de Nissan multiplient les actions pour se faire entendre. Un campement appelé « La Résistance » (en français) se tient devant l’entrée de l’usine de Montcada. C’est la base des grévistes qui veille aussi à ce que le patron n’organise pas de mauvais coups. C’est aussi le lieu où se tiennent des assemblées générales, organisées par groupes pour éviter une trop forte concentration en ces temps de Covid-19. Les grévistes ont multiplié les manifestations, de jour ou de nuit, à pied ou en voiture. Ils ont bloqué l’autoroute en manifestant à pied à plusieurs milliers. Ils ont mené une opération en voiture en lien avec les taxis qui avaient leurs propres revendications.

Plusieurs actions symboliques ont visé Renault, la représentation de l’Union européenne ou le consulat japonais. « On ne fermera pas Nissan », « Si ça ne se règle pas, guerre, guerre, guerre ! », entendent régulièrement les habitants de Barcelone.

Pour l’instant, tout le monde politique se dit aux côtés des salariés de Nissan, chacun dénonçant à peu de frais la multinationale japonaise qui ne répond pas aux appels. Un courrier des représentants de presque tous les partis politiques représentés au Parlement espagnol a été envoyé à la direction de Nissan. Des réunions regroupant les syndicats, le gouvernement espagnol (d’unité PSOE-Podemos), le gouvernement catalan (dirigé par les indépendantistes) et même Foment del Traball, le Medef catalan, ont produit des annonces pour dire que tous travaillaient la main dans la main pour défendre l’avenir des sites Nissan.

Les 4 milliards du gouvernement au secteur automobile

Mais ce qu’on voit de concret, c’est surtout un plan du gouvernement de soutien au secteur automobile, bien semblable à celui de Macron, avec près de 4 milliards d’euros dépensés (sous forme de subventions au nom de la préparation de la voiture du futur, propre, électrique, etc., et des « primes à la casse »). Pedro Sanchez a expliqué que, avec de telles aides, Nissan avait un environnement prometteur et qu’il devrait revoir ses décisions.

La maire de Barcelone, Ada Colau, proche de Podemos, se montre aussi régulièrement aux rassemblements de Nissan, même si, parmi les travailleurs, les propos de Janet Sanz, une adjointe au maire, écologiste, qui avait exprimé pendant le confinement le souhait que l’industrie automobile ne redémarre pas, ont vraiment du mal à passer.

Une « coordination des sous-traitants et fournisseurs »

À noter aussi que, en plus de ceux de Nissan, ce sont les emplois de sous-traitants et de fournisseurs (Magneti-Marelli, Lear, Acciona et bien d’autres) qui sont menacés par les fermetures et suppressions d’emplois : Magneti-Marelli a déjà annoncé un premier plan de 60 licenciements. On estime à 25 000 les emplois concernés. Le samedi 13 juin, un rassemblement de salariés de la sous-traitance s’est tenu à l’appel d’une « coordination des sous-traitants et fournisseurs » en entourant l’usine Nissan Zona Franca avec une chaîne humaine, en présence de salariés de Nissan venus les soutenir.

Cette lutte intervient à un moment où les annonces de licenciements et de fermetures d’entreprise se multiplient. À San Cibrao (Galice), l’usine d’aluminium du géant américain du secteur Alcoa annonce un plan de licenciements de 574 salariés : là aussi, les salariés se font entendre, avec une manifestation de 17 000 personnes le 7 juin dernier.

Le combat des Nissan reste pour l’instant centré sur le cas de leur entreprise, en demandant un « avenir pour Nissan ». Les syndicats de Nissan demandent la restauration de l’autorisation administrative pour les plans sociaux, un dispositif abrogé en 2012 par le gouvernement Rajoy dans le cadre d’une vaste réforme s’attaquant à toute la législation du travail (une sorte de « Loi Travail »). Le gouvernement de gauche, PSOE-Podemos, avait promis – et même réitéré récemment [2] sa promesse – l’abrogation de la réforme de 2012, mais on attend toujours. On n’oubliera pas que, en 2009, un plan social de Nissan prévoyant plusieurs centaines de licenciements avait obtenu l’accord du gouvernement catalan de l’époque – un gouvernement « de gauche ». Cette autorisation préalable ne prémunit donc pas du tout les travailleurs contre les licenciements.

Reste que la combativité des Nissan, comme celle d’Alcoa, montre que, les travailleurs ne s’en remettent pas au gouvernement de gauche et à ses promesses plus ou moins sociales, mais répondent directement aux attaques patronales !

17 juin 2020, Michel Charvet


[1La Zona Franca (zone franche) de Barcelone est une zone industrielle qui existe depuis plus d’un siècle, à proximité du port. L’usine Nissan est l’une des usines les plus importantes de la zone, et a ouvert en 1967 (alors usine de Motor Iberica, entreprise rachetée en 1980 par Nissan).

[2Le gouvernement ne disposant pas d’une majorité parlementaire, il a récemment répété cette promesse pour obtenir le soutien parlementaire de députés nationalistes basques.

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