Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 47, septembre-octobre 2006

Allemagne : ni espoir ni illusion du côté des urnes !

Mis en ligne le 26 septembre 2006 Convergences Monde

Les résultats des élections du 17 septembre dernier au parlement du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale (Nord-Est de l’Allemagne), au Sénat et aux conseils municipaux d’arrondissements de Berlin, indiquent un rejet des politiques des coalitions SPD/PDS  [1] qui les dirigent depuis cinq ans.

À Berlin  [2], les abstentions s’élèvent à 42 % des inscrits, soit 10 % de plus qu’il y a 5 ans. La CDU (chrétien-démocrate) perd près de 100 000 voix et tombe à 23 %. Le SPD (social-démocrate) en perd près de 60 000. Et ce n’est que du fait de la moindre participation électorale et de la cote de Klaus Wowereit, son maire, dans certains milieux bourgeois et petits bourgeois de la capitale, qu’il maintient son score de 30 % et reste en tête. Plus spectaculaire est la dégringolade du PDS (avatar de l’ancien parti communiste dirigeant de l’Allemagne de l’Est) qui perd presque la moitié de ses voix de 2001 (185 086, soit 13,4 % en 2006, contre 366 292, soit 22,6 % en 2001). À l’extrême Est de la Ville, à Marzahn-Hellersdorf par exemple, il chute de 52,9 % à 32,5 %. [3]

Le PDS paye la facture...

Pas étonnant que ce soit les électeurs du PDS, c’est-à-dire d’un milieu populaire, qui se soient servis de leur bulletin de vote pour rendre à un parti qui a trahi leurs illusions la monnaie de sa pièce.

Pour faire les économies nécessaires au renflouement de la dette publique (dont les intérêts aux banques s’élèvent à 6,7 millions d’euros chaque jour), dette accumulée par des prébendes accordées au patronat, le Sénat de la capitale a accumulé les sales coups contre les classes populaires.

La convention collective des employés territoriaux a été dénoncée par la ville/Land : plus d’augmentations de salaires (même faibles), salaires arbitraires pour les nouveau embauchés, etc... Le gouvernement berlinois SPD/PDS a battu en brèche la maxime : « À travail égal, salaire égal »... et a fait des émules.

Les employés des transports urbains (BVG) se sont vu imposer un contrat baissant de 10 % leurs salaires. Une filiale à 100 % de cette BVG a été créée, qui embauche à des salaires plus bas et des horaires plus durs. Idem dans les hôpitaux. Les salariés du grand hôpital « La charité » doivent se bagarrer pour un nouveau contrat et là encore, 1 800 emplois sont menacés, le personnel technique est externalisé, préfiguration de privatisations mais surtout moyen d’introduire des salaires à 4,50 € de l’heure. 105 000 emplois ont été supprimés dans les services publics depuis l’année 2000, dont 46 000 sous gouvernement SPD/PDS - ainsi que 2 000 places d’apprentis en moins.

Sans parler de la vente à des banques, compagnies d’assurances ou autres margoulins, de 120 000 logements de la ville (avec flambée des loyers concomitante), de la fermeture de piscines, d’écoles, de centres de loisirs, de bibliothèques. Le coût des crèches a augmenté, les fournitures scolaires ne sont plus gratuites et les familles doivent payer au moins 100 euros par an et par enfant.

Le chômage augmente et atteint 18 à 19 %... ainsi que la misère, au point qu’est apparue à Hellersdorf, en grande banlieue Est, une soupe populaire où 250 gamins viennent chaque jour trouver le repas chaud qu’ils n’ont pas chez eux.

La gauche fait le lit de l’extrême droite

Les grands partis ont tous été partisans de cette politique brutale contre les familles ouvrières. Le PDS l’a payé le plus fort car l’électorat populaire ou petit-bourgeois « de gauche » attendait autre chose d’un parti portant l’étiquette « socialiste ». Cette politique anti-ouvrière du gouvernement a d’ailleurs conduit la WASG locale [4] à se présenter concurremment au PDS, quitte à se voir reprocher de compromettre les chances du Parti de gauche en voie de fusion.

La WASG berlinoise, avec 2,9 % des suffrages, n’a récupéré qu’une très faible partie des voix des électeurs du PDS dégoûtés, qui se sont de fait éparpillées entre l’abstention et une multitude de « divers », dont des petites formations de retraités (les « Grauen » ou « Gris ») ou de chômeurs. Son score, même s’il n’est pas négligeable, n’atteint pas la barre des 5 % nécessaires pour entrer au parlement. Elle n’a d’élus que dans quelques conseils municipaux d’arrondissements où la barre est à 3 %.

Plus marquant est le résultat de l’extrême droite en Mecklembourg-Poméranie où ses 7,3 % donnent au NPD (néo-nazi) 6 députés au parlement (en même temps que le SPD accuse le coup avec la perte de 10 % de ses électeurs). Localement, il atteint des records, par exemple 15 % dans la circonscription d’Uecker-Randow où le chômage atteint le taux catastrophique de 28 %. Ce renforcement des « néo-nazis » dont certains s’affichent fièrement, est directement lié à l’aggravation de la situation sociale.

Il est préoccupant que des bandes de jeunes crânes rasés étalent leurs muscles, ou que des Le Pen locaux, tels Udo Pastörs, tête de liste du NPD en Mecklembourg-Poméranie, bijoutier venu de l’Ouest, invectivent les immigrés et cherchent à diviser les travailleurs. Pour le moment, ils s’ouvrent les portes de parlements (et heureusement pas partout : à Berlin le NPD n’a atteint que 2,6 % des voix ; en augmentation cependant puisque c’était 0,9 % précédemment). Mais face au spectacle des conciliabules post-électoraux entre SPD et Verts, ou SPD et PDS, à Berlin ; entre SPD et CDU, ou SPD et PDS dans le Mecklembourg, pour savoir quelle coalition gouvernementale peut sortir du chapeau, entre partis et politiques interchangeables, au service du patronat, il est surtout urgent que des perspectives de classe s’imposent, un programme de mesures radicales en faveur des classes populaires, qui ne pourra l’emporter que par l’intervention des travailleurs sur leur propre terrain.

À Berlin, la semaine qui a précédé les élections a été marquée par une grève à l’hôpital de La charité, certes bien encadrée par l’appareil syndical, et par un mouvement de milliers de lycéens contre le coût des études. Le 21 octobre prochain, les travailleurs sont appelés à descendre dans la rue par la centrale syndicale DGB. S’il est un espoir de changer les choses pour les travailleurs, c’est bien dans cette direction.

21 septembre 2006

Pauline BAUM


[11 Le PDS se présentant sous l’étiquette Die Linke, soit La Gauche.

[22 La ville de Berlin (comme quelques autres en Allemagne) est considérée comme un Land, avec un parlement et un gouvernement régionaux.

[33 Dans les arrondissements de l’ancien Berlin-Est, il passe en moyenne de 45 % en 2001 à 27 % en 2006.

[44 WASG ou « Alternative électorale pour le travail et la justice sociale », formation implantée surtout dans les milieux syndicalistes de l’Ouest du pays, dirigée par l’ancien ministre et dirigeant du SPD Oskar Lafontaine. Elle a fait alliance avec le PDS, sous étiquette du Linkspartei, aux élections législatives de septembre 2005. Ils ont obtenu 8,7 % des voix et 54 élus, dont 8 pour la WASG.

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article