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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 47, septembre-octobre 2006 > DOSSIER : La Russie de Poutine : le prix de la restauration (...)

DOSSIER : La Russie de Poutine : le prix de la restauration capitaliste

Ambitions russes et appétits impérialistes dans l’ex-URSS

Mis en ligne le 26 septembre 2006 Convergences Monde

La Communauté d’États indépendants (CEI), proclamée avec la dissolution de l’URSS, fin 1991, regroupe autour de la Russie les républiques de l’ex-URSS à l’exception des pays baltes [1]. Des monnaies nationales y ont remplacé le rouble. Et malgré de nombreuses déclarations d’intention depuis 15 ans, elle n’est ni une union douanière, ni une zone de libre échange. Encore moins un « Espace économique commun », même entre les plus grands pays (Ukraine, Bélarus, Kazakhstan et Russie) qui le prétendaient encore en septembre 2003. Sans parler de réunification entre États, régulièrement évoquée par la Russie et le Bélarus depuis une décennie.

Entre États de la CEI, les relations reflètent à la fois une certaine interdépendance des économies (jadis totalement intégrées) et des intérêts et des jeux différents vis-à-vis des États-Unis, de l’Union européenne et des autres puissances régionales. Si les liens économiques restent forts, surtout au profit de la Russie, la part des échanges intra-CEI dans le commerce extérieur des États membres ne cesse de se réduire. Tant à cause des aspirations des diverses bourgeoisies nationales que du souhait des dirigeants de la Russie d’en finir avec les tarifs préférentiels encore accordés à des pays de la CEI, afin d’exporter le plus possible de pétrole, de gaz ou d’acier vers les pays à devises fortes.

L’intégration de l’ex-URSS au marché mondial s’est finalement traduite par l’émergence d’États, garants d’intérêts « nationaux » rivaux autant que partenaires économiques, comme tous les États bourgeois du monde. Les pays baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie), plus facilement intégrables, ont demandé dès 1991 leur adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne et les ont rejoints en 2004. Et les nouvelles classes dirigeantes des pays de l’ex-URSS se sont finalement unifiées derrière leurs États nationaux respectifs, même lorsque ces États, héritant leurs frontières de découpages administratifs parfois arbitraires du temps de l’URSS (comme, en 1954, le rattachement à l’Ukraine de la Crimée très majoritairement russe), étaient au départ bien peu nationaux.

Russie-Ukraine : de l’eau dans le gaz

Au cœur de la « guerre du gaz » de l’hiver dernier, son prix. 80 % du gaz russe exporté vers l’Europe transitant par l’Ukraine, celle-ci voulait relever les droits de transit et souhaitait que Gazprom s’en acquitte en espèces. Les autorités russes ont répliqué en alignant les tarifs du gaz fourni à l’Ukraine sur ceux du marché européen. On se rappelle les péripéties : refus ukrainien, fermeture du robinet côté russe début 2006... avec pour conclusion un montage entre la société d’État Naftogaz Ukraïny et Gazprom : le trust russe fournira officiellement un mélange de gaz russe au prix fort et de gaz turkmène (dont Gazprom contrôle le transport) à tarif préférentiel, distribué par RosUkrEnergo, une nouvelle société russo-ukrainienne de droit suisse !

L’arrangement aurait soulevé la colère de Ioulia Timochenko, ex-alliée puis premier ministre de Viktor Iouchtchenko, l’actuel président issu de la « révolution orange » : ayant fait carrière et fortune à la tête des hydrocarbures ukrainiens, elle est bien placée pour connaître les canaux par lesquels les comptes suisses de RosUkrEnergo peuvent alimenter ceux des proches du pouvoir... une manne dont elle se trouve aujourd’hui écartée.

Mais cela ne gêne guère les milieux d’affaires occidentaux, coutumiers des couvertures qu’offrent des sociétés financières suisses ou luxembourgeoises. Eux qui, fin 2004, avaient soutenu le camp « orange » (directement ou sous couvert d’ONG diverses) et salué l’élection de Iouchtchenko comme une « victoire de la démocratie » et un profitable éloignement de la Russie, étaient bien plus inquiets de l’incertitude politique qui a suivi les élections législatives de mars dernier. Ils sont finalement apparus rassurés par le retour de Ianoukovitch à la tête d’un gouvernement de coalition : c’est que l’ancien candidat présidentiel de 2004 et protagoniste malheureux de la « révolution orange », dénoncé à l’époque pour le soutien que lui accordait Poutine, avait déjà auparavant, comme premier ministre, présidé aux bonnes affaires des capitalistes en Ukraine ! Les deux adversaires de 2004 s’étaient d’ailleurs partagé alors les soutiens financiers des oligarques du pays.

Caspienne et Asie centrale : les rivalités pétrolières

La faiblesse des investissements étrangers dans la CEI montre que les groupes capitalistes internationaux n’ont pas vu grand intérêt, même là où les États les y invitaient, à la reprise d’appareils productifs souvent obsolètes et désorganisés par l’éclatement de l’URSS. Par contre les matières premières ont attiré des capitaux, comme pour l’exploitation de la mine d’or de Kumtor (Kirghizistan) par la société canadienne Cameco et une compagnie d’État kirghize, ou pour la construction en cours d’un oléoduc sino-kazakh vers la Chine.

C’est évidemment dans le pétrole que les investissements occidentaux ont été les plus nombreux, du joint-venture de Chevron dès 1993 avec la compagnie nationale kazakhe pour l’exploitation du pétrole de Tenguiz, jusqu’à la récente mise en service en mai 2006 du BTC, oléoduc d’un consortium international dirigé par British Petroleum reliant Bakou en Azerbaïdjan au port turc de Ceyhan sur la Méditerranée, en traversant la Géorgie. Ce projet, activement soutenu par l’Union européenne et les USA, vise à contourner le quasi-monopole qu’avait jusque-là la Russie sur le transport des hydrocarbures de la mer Caspienne et de l’Asie centrale. En s’accommodant d’ailleurs aussi bien, pour la sécurité de l’oléoduc, d’un Azerbaïdjan sous la dictature d’Ilham Aliev (fils et successeur du premier président de l’indépendance, ancien chef de la police politique) que de la Géorgie proclamée démocratique depuis la « révolution de la rose » de 2003 qui avait contraint à la démission Chevardnadze, ancien second de Gorbatchev.

De son côté l’État russe, utilisant l’arme de la dépendance énergétique à son égard, a renégocié les dettes de pays de la CEI en échange de prises de participation dans des compagnies nationales, notamment au profit de Gazprom, qui bénéficie aussi du soutien étatique russe pour la construction de nouveaux pipelines. Ainsi le « Blue Stream », gazoduc construit avec l’italien ENI et mis en service début 2003, relie directement la Russie à la Turquie en passant sous la mer Noire ; un autre, mis en chantier fin 2005 en direction de l’Allemagne, traversera la mer Baltique, évitant ainsi l’Ukraine... et ses droits de passage.

L’impérialisme sur les plates-bandes de Poutine

Un autre aspect est la présence militaire des puissances impérialistes dans la région. La guerre d’Afghanistan déclenchée fin 2001 par l’Otan a servi de prétexte pour la mise en place d’infrastructures logistiques françaises au Kirghizistan et au Tadjikistan, ainsi qu’allemandes en Ouzbékistan.

Les USA, eux, ont fait de la Géorgie, de l’Ouzbékistan, du Kirghizistan et des aéroports du Kazakhstan des bases arrières de leur intervention. Même s’ils ont dû quitter leur base ouzbèke fin 2005, ils ont pris pied sur les marges de l’ex-URSS tout en renforçant leur contrôle sur l’ensemble du Moyen-Orient.

Poutine, qui a réussi à faire admettre sa guerre de Tchétchénie dans la croisade des grandes puissances contre le terrorisme et qui a obtenu en 2003 l’ouverture d’une base militaire russe au Kirghizistan (non loin de celle américaine... et de la capitale Bichkek), ne pouvait pas faire autrement que de se laisser quelque peu marcher sur les pieds.

Gérard WEGAN


[1Fédération de Russie, Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Géorgie (qui n’a rejoint la CEI qu’en 1993), Kazakhstan, Kirghizistan, Moldavie, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan (qui n’est plus que membre associé depuis août 2005), Ukraine.

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