Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 47, septembre-octobre 2006 > DOSSIER : La Russie de Poutine : le prix de la restauration (...)

DOSSIER : La Russie de Poutine : le prix de la restauration capitaliste

Petite et grande bourgeoisie russe : des clients d’Ikea aux amateurs de la Côte d’Azur

Mis en ligne le 26 septembre 2006 Convergences Monde

Le 12 décembre 2001, « 45 000 personnes ont convergé vers un nouveau magasin de meubles. [...] La ruée aux portes d’Ikea est la dernière marque d’un groupe prenant lentement du poids [...]  : la petite-bourgeoisie ». Avril 2004 à Moscou, «  le centre historique est le lieu d’émergence d’un véritable Central Business District [...], sept quartiers d’affaires particulièrement denses ». « Moscou version 2005, les vitrines des boutiques de luxe scintillent à perte de vue, les voitures dernier cri sillonnent les avenues centrales [...]les bibliothèques publiques [...]ont cédé leur place à des boutiques de meubles de luxe ou à des restaurants chics. »  [1] Ce sont des descriptions, que donnent divers reportages, du nouveau visage de la Russie. General Motors et Nissan construisent de nouvelles usines. Des Auchan poussent dans les grandes villes, et la construction, pour la vente, a repris : 500 000 appartements construits en 2005.

Une « classe moyenne » encore bien fragile

La petite poignée des super-riches n’est pas seule à profiter de la croissance économique. Une « classe moyenne » parvient à sortir de la crise de 1998 qui l’avait presque anéantie. Concentrée à Moscou, Saint-Petersbourg et dans les grandes villes de province, elle représenterait, en 2003, selon l’Académie russe des sciences, 10 millions de foyers, soit 20 % de la population, et participerait pour 50 % à la consommation.

Pour arriver à de tels chiffres, les sociologues de l’Académie ont préféré, aux critères financiers, d’autres, comme ne pas faire un travail physique, avoir fait des études... ou être convaincu d’appartenir à la classe moyenne. La méthode Coué ! Et ils sont descendus si bas dans l’échelle des revenus, qu’ils y classent des familles dont le revenu mensuel moyen par personne est de 150 € en province et 200 € à Moscou.

La partie supérieure de cette couche moyenne, plus proche de notre petite bourgeoisie, débute, dans l’étude de cette académie, à des revenus mensuels par personne de 300 à 600 €, ce qui pour la Russie commence à signifier un certain pouvoir d’achat ou la possibilité de s’offrir des vacances à l’étranger. Elle compte 2,5 millions de foyers, 7 à 8 millions de personnes. Elle est composée davantage de cadres travaillant dans l’industrie privée, les services ou la finance que de petits patrons.

Une bourgeoisie peu nombreuse mais bien assise

La véritable bourgeoisie est composée de directeurs, de cadres qui gagnent plus de 1 500 € mensuels, de membres de professions libérales ou de patrons de PME. Au sommet de cette pyramide, les patrons des entreprises privatisées dans les années 1990, et la poignée de patrons des grands trusts, surnommés « oligarques ». Elle ne représente que 2 % de la population. Mais cela suffit pour que fleurissent les beaux quartiers, les écoles privées, les agences de tourisme et les boutiques de luxe.

Elle s’est constituée au fil des réformes. Comme cette ancienne dentiste d’État, donnée en exemple dans l’un des reportages déjà cité  [2], qui a commencé sous la pérestroïka avec une « coopérative » dentaire, première forme d’entreprise privée autorisée, travaille aujourd’hui dans une chaîne de clinique dentaire dont les tarifs sont trop chers pour le commun des mortels et où elle gagne suffisamment pour envoyer sa fille dans une école privée à 1 200 € d’inscription.

Jouant de leurs postes ou leurs relations dans l’appareil d’État, c’est déjà sous Gorbatchev que d’autres, mieux placés encore, ont créé leurs premières banques, entreprises de commerce ou sociétés d’exportation. Les privatisations de masse de 1992-1993 leur ont permis de passer de la banque ou du commerce à l’industrie et au contrôle de la presse. Pendant que les entreprises de service, magasins, restaurants, hôtels étaient vendus pour une bouchée de pain créant autant de patrons petits ou moyens, et pendant que nombre de directeurs d’usines devenaient principaux actionnaires et patrons des entreprises qu’ils dirigeaient. 50 000 petites entreprises, 15 000 grandes sont passées dans la fournée. Ça fait tout de même un bon nombre de patrons.

Entre eux, la concentration est allée vite. En 1996, sept banquiers contrôlaient déjà 50 % de l’économie russe, si l’on en croit les dires d’alors de l’oligarque Boris Berezovski.

Les plus fortunés ont eu droit au deuxième service, les privatisations contre prêt à l’État des plus gros secteurs industriels en 1995-1996. Si bien que dans l’industrie, en 2003, vingt-deux groupes privés patronnaient 40% de la production. La proportion est encore plus forte quand on ajoute les deux groupes majoritairement publics, Gazprom (51 % d’État, 49 % privée qui produit 8 % du PIB russe) et l’opérateur électrique national.

Ce sont ces patrons-là qui ont l’honneur de figurer au palmarès dressé par le magazine américain Forbes. À celui de 2005, onze patrons russes figurent parmi les 100 plus riches du monde, avec des fortunes allant de 6 à 18 milliards de dollars.

La bourgeoisie russe est encore peu nombreuse, mais bien assise.

Maurice SPIRZ


Les oligarques : pour un déchu, dix de protégés

Boris Berezovski, (aujourd’hui en exil) a commencé en 1989 en fondant une entreprise chargée d’automatiser la production de l’usine automobile publique AvtoVaz (Lada). Il n’a rien automatisé, mais a vendu des Lada, avant de devenir banquier, magnat de la presse et même Président de la CEI sous Eltsine. Son ambition politique froissait Poutine.

Roman Abramovitch, 37 ans, a grandi sous son aile. Première fortune de Russie selon le classement de Forbes (depuis que Khodorkovski est en prison) et 11e mondiale, il a revendu à Gazprom pour 13 milliards de dollars sa part majoritaire dans la compagnie pétrolière Sibneft, achetée à l’État quelques année plus tôt pour 100 millions de dollars. Il vient d’acheter 41 % des actions du groupe métallurgique Evraz (20 % de la production russe d’acier) et est en odeur de sainteté : propriétaire du club de foot Chelsea en Angleterre, reconduit par Poutine au poste de gouverneur de la province de Tchoukotchka en Russie.

Alexei Morshadov, 6e fortune russe et 64e mondiale, est le patron de Severstal. Directeur financier en 1992 de cette entreprise, il est de ceux qui sont devenus propriétaires, en achetant grâce aux combines de la privatisation un gros paquet d’actions des usines qu’ils dirigeaient. Sa tentative de devenir premier actionnaire d’Arcelor a soulevé l’opposition de Chirac et le soutien de Poutine.

Vladimir Potanine, 8e fortune russe, 89e mondiale, est surnommé « tsar de Courchevel » dans les Alpes où il aime skier et roi du nickel en Sibérie. Il a commencé dès 1990, en passant d’un poste de fonctionnaire du ministère du commerce soviétique à la création d’une entreprise privée de commerce international. Ancien ministre sous Eltsine, il fut l’un des promoteurs de l’opération de privatisation par cession d’actions contre prêts à l’État, dont il a bénéficié.

Elena Baturina est la seule femme russe de cette liste, classée 26e russe et 335e mondiale. Son entreprise du bâtiment a fait fortune depuis l’élection de Iouri Loujkov au poste de maire de Moscou, première entreprise du bâtiment de la capitale. Pour cause : elle est l’épouse du maire !


[1Extraits de reportages publiés respectivement dans The Christian Science Monitor, février 2002, Regard sur l’Est, avril 2004 et janvier 2006.

[2The Christian Science Monitor, février 2002

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article