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DOSSIER : Croissance et mondialisation : des raisons pour une reprise de l’offensive ouvrière

Vous avez dit sortie de crise ?

Mis en ligne le 1er avril 2000 Convergences Monde

Depuis vingt-cinq ans les capitalistes ont peu à peu structuré l’offensive féroce qu’ils mènent contre les travailleurs pour tenter de trouver une issue à la crise économique qui ébranle leur système de domination. Eclatant au grand jour à partir de 1974, cette crise est née de la difficulté que les capitalistes ont rencontré dans leur volonté de maintenir des taux de profit significatifs. Leurs efforts pour redresser ces profits se sont d’abord traduits par une forte instabilité des prix, par des convulsions financières et monétaires à l’échelle mondiale, et surtout par une baisse importante du rythme de croissance de la production. Pour la grande majorité des populations du monde cela a rapidement signifié la stagnation ou la baisse du pouvoir d’achat, les licenciements et la montée du chômage de masse, ainsi que la diminution de la qualité des services publics. Cette exploitation toujours accrue des travailleurs n’avait pas vraiment jusqu’ici permis aux classes dominantes de se vanter d’avoir surmonté le gros de la crise économique mondiale.

Depuis quelques mois l’humeur a changé et on nous parle désormais de nouvelle ère de prospérité en invoquant plusieurs facteurs : la croissance économique est forte aux USA depuis près de neuf ans sans discontinuer et redevient forte en Europe ces dernières années ; l’inflation a quasiment disparu ; les entreprises engrangent à nouveau depuis plusieurs années des profits importants ; les marchés boursiers sont euphoriques et surtout la crise financière aiguë qu’ont connue l’Asie, l’Amérique latine et la Russie en 1997-98, et qui avait renforcé le sentiment de la très grande fragilité de la situation économique mondiale, apparaît finalement avoir pu être digérée rapidement par le système. Les médias au service du capitalisme essaient donc de faire avancer l’idée que l’on entrerait dans un nouvel « âge d’or » dont les deux piliers seraient la « mondialisation » (ou « globalisation financière ») et la « nouvelle économie » (ou « les nouvelles technologies de l’information »). Age d’or, à condition d’oublier que les deux tiers de l’humanité vivent dans une misère absolue due à un creusement sans précédent des inégalités.

Le rouleau compresseur de la globalisation financière

C’est bien pour signaler un phénomène nouveau que l’on parle de « globalisation financière ». Car l’internationalisation des économies capitalistes n’est pas nouvelle, l’intensité des échanges commerciaux étant aujourd’hui du même ordre qu’avant la première guerre mondiale. En revanche la circulation financière a fait un bond ces deux dernières décennies en entraînant des modifications très rapides des structures de la production et de la consommation au niveau mondial, à commencer par une vague de concentration du capital de grande ampleur. L’offensive néolibérale, commencée à la fin des années 70 avec comme porte-parole Reagan et Thatcher, s’est généralisée et systématisée au nom de la lutte contre l’inflation et contre l’endettement public. Elle a connu une forte consolidation avec la politique de la Communauté Européenne, comme les décisions de libéraliser le marché européen des capitaux à la Conférence d’Evian en 1988 ou celle encadrant la mise en place de la monnaie unique à Maastricht en 1992.

Cette évolution a conduit à une nouvelle mutation du salariat dans les pays centraux du capitalisme : flexibilité de l’emploi et de l’organisation du travail ; recul des rémunérations salariales au profit d’une part des rétributions accordée par l’Etat (allocations de survie et emplois précaires pris en charge par les budgets publics), d’autre part d’une logique d’actionnaires (épargne sous forme d’actions, salaires et primes en actions d’entreprise, fonds de pension...) ayant pour but d’éteindre tout risque d’élévation de la conscience de classe des travailleurs. Le chômage diminue par la sortie de travailleurs et surtout de travailleuses de la population active, et par l’acceptation d’emplois sous-payés qui doivent souvent être cumulés pour permettre à ceux qui les occupent de survivre. Dans les pays du Tiers monde et les pays de l’Est, cette politique aboutit presque partout à une misère accrue : chute importante du prix des matières premières, imposition aux pays en difficulté des conditions destructrices du FMI, réduction des dépenses publiques et levée des barrières douanières qui achèvent de ruiner les économies locales et multiplient les crises, la surexploitation et les guerres.

La globalisation financière vise donc la mise en place d’un nouveau moteur à produire du profit reposant sur de nouveaux produits (nouvelles technologies), de nouveaux modes de rétribution salariale, une surexploitation généralisée, de nouveaux outils financiers et de nouvelles régulations étatiques et internationales. Ce moteur dont le carburant idéologique est le libéralisme a montré une certaine efficacité en entraînant la quasi disparition de l’inflation, une forte augmentation des profits et une croissance plus que proportionnelle des valeurs des capitaux en bourse (la valeur des actions sur le marché américain a ainsi été multipliée par cinq depuis 1991).

Les miracles attendus de la « nouvelle économie »…

Les nouvelles technologies de l’information (informatique, bureautique, monétique, réseaux globaux de communications tels qu’internet...) et plus largement de « l’économie du savoir » (les même plus les biotechnologies) se développent impétueusement et sont créditées de tous les espoirs de rétablissement d’une « onde longue » de croissance capitaliste. Dans l’industrie elles permettent d’augmenter la flexibilité de la production et en même temps offrent de nouveaux débouchés pour la production. Dans les entreprises de services, elles permettent un approfondissement rapide du taylorisme et de la flexibilité donc de la pression sur les travailleurs et, accompagnées par la privatisation de ces entreprises, contribuent à les rendre beaucoup plus rentables à court terme. C’est pourquoi, même quand les jeunes entreprises de la « nouvelle économie » n’engrangent pas encore de profits, la seule perspective qu’elles puissent s’imposer plus tard entraîne leur valorisation impressionnante en bourse, sans commune mesure avec leur chiffre d’affaires actuel.

… et les scénarios non prévus

Pourtant plusieurs questions liées ne sont pas réglées :

  • L’euphorie capitaliste actuelle s’appuie en grande partie sur la croissance américaine. Celle-ci va-t-elle tenir longtemps compte tenu d’un endettement massif des ménages et des entreprises lié à l’anticipation d’énormes profits, provoquant une surévaluation globale des cours des actions de la bourse à Wall Street estimée entre 30 à 50 % (bulle financière) ? Les tensions inter capitalistes ne vont-elles pas alors s’aiguiser en cas de retournement de tendance et amener de nouvelles convulsions économiques ?
  • La mondialisation financière impliquant une totale mobilité des capitaux facilite la propagation rapide des crises financières malgré des contre-feux sophistiqués. L’intervention massive des Etats suffira-t-elle toujours à digérer les krachs boursiers et financiers comme cela a été le cas ces deux dernières décennies et tout récemment (crise asiatique, russe, brésilienne...) ?
  • Surtout, pour sortir vraiment de la crise, le système devrait prmposer une amélioration des conditions de vie d’une partie significative de la population du monde. Or ce n’est vraiment pas le cas aujourd’hui. Au contraire, l’essor international du capital financier repose pour l’essentiel sur sa capacité à presser toujours plus le citron, comme le montrent les évolutions cyniques des cours boursiers d’une part, et les rapports alarmistes sur la situation sociale dans le monde d’autre part.

Cette contradiction appelle au développement de luttes offensives des travailleurs, qui, surmontant l’inertie et les freins des bureaucraties syndicales, leur permettraient de se défendre en se coordonnant au niveau international. Le capitalisme se félicite d’avoir restauré ses profits et se vante désormais d’une nouvelle ère de croissance ? Parfait. Aux travailleurs de tous les pays d’actualiser leurs revendications, leurs liens et leurs méthodes de luttes, et de passer à la contre-offensive.

Christian RIALTO

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Numéro 8, mars-avril 2000

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