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DOSSIER : Croissance et mondialisation : des raisons pour une reprise de l’offensive ouvrière

L’exemple de la croissance américaine

Mis en ligne le 1er avril 2000 Convergences Monde

Aux Etats-Unis, l’économie connaît sa plus longue phase de croissance depuis 50 ans. La Bourse y vole de records en records, comme l’indique la progression du Dow Jones, un indice synthétisant la valeur boursière des principaux titres cotés. De 1972 à 1987, cet indice passait de 1000 à 2000, avant de franchir la barre des 4000 en février 1995, puis celle des 11 000 en décembre 1999 : une augmentation vertigineuse et accélérée de la capitalisation boursière.

Si l’on s’en tient aux indicateurs habituels de la « santé » de l’économie capitaliste, l’on peut également dire que, pour ce qui est de la production, l’économie américaine est une affaire qui marche. Depuis 1991 le pays est entré dans une phase de croissance relativement soutenue de son Produit intérieur brut (c’est-à-dire de la richesse totale créée, du moins de la richesse marchande), au rythme de 3,1% par an, en moyenne. Par rapport aux précédents (1960-67 et 1982-89), ce cycle n’a rien d’exceptionnel, mais la croissance de la production et des profits est aux antipodes de la dépression économique caractéristique des périodes de crise.

Les apologistes du capitalisme s’empressent d’ajouter que le chômage a diminué de façon impressionnante, pour atteindre aujourd’hui moins de 5 % de la population active. Une croissance soutenue, créatrice d’emplois, et en plus peu inflationniste : le capitalisme américain semble avoir résolu la quadrature du cercle de l’économie bourgeoise. Les économistes sont satisfaits. Mais les travailleurs ?

Baisse du chômage... et des salaires

Car si la croissance américaine est « créatrice d’emplois », il s’agit surtout d’emplois peu qualifiés et mal payés, ce qui se traduit par une stagnation, voire une diminution pour les ouvriers, du pouvoir d’achat des salaires. Certes l’expansion de l’économie américaine a aussi engendré des emplois à revenus élevés (cadres, informaticiens) ou plus élevés que la moyenne (enseignants, infirmières agréées). Les emplois créés se partagent en fait entre ce type d’emplois qualifiés et une masse d’emplois très peu qualifiés, au détriment des emplois à revenus moyens. Les « petits boulots » concernent surtout le secteur « tertiaire » (tout ce qui n’est ni agricole ni industriel), et plus précisément le commerce de détail, la restauration (emplois de caissiers, de vendeurs, de serveurs), les transports (chauffeurs routiers) ou encore… le secteur pénitencier (gardiens de prison !). Or, si au cours des années soixante et soixante-dix, le pouvoir d’achat de ces petits salaires augmentait régulièrement, ce n’est plus le cas depuis. Ainsi, entre 1970 et 1995, le pouvoir d’achat du salaire horaire des « ouvriers et catégories d’exécution » a reculé de… 20 %. Dans ces conditions il n’est pas étonnant de voir se multiplier les « working poors », ces travailleurs à temps plein dont le salaire est inférieur au seuil de pauvreté, et qui sont passés de 12 % en 1979 à plus de 16 % de la population active en 1994.

Augmentation des inégalités

La croissance américaine ne profite donc pas pareillement à tous. Les plus pauvres sont devenus plus pauvres : le cinquième des Américains les plus défavorisés a reçu 3,6 % du revenu total en 1997 contre 4,4 % en 1977. Et les plus riches sont devenus plus riches : le cinquième des plus favorisés a perçu 49,4 % de ce revenu contre 43,6 % vingt ans plus tôt. Contrairement au mythe de l’« actionnariat populaire », les actions boursières sont aux mains d’une minorité, 10 % des plus favorisés possédant 85 % des actions, les 0,5 % les plus riches en possédant à eux seuls le tiers… Au sommet de la pyramide sociale, ces 0,5 % de familles les plus riches ont vu ainsi, entre 1992 et 1995, leur part de la richesse totale passer de 22,6 à 27,6 % !

La croissance américaine pourrait encore durer, mais elle ne ferait que démontrer un peu plus à quel point le capitalisme, lorsqu’il engendre de la croissance, fait aussi exploser les inégalités. Elle pourrait aussi, comme après l’expansion des années vingt, déboucher sur une violente crise d’origine financière. Certains économistes estiment en effet qu’à Wall Street le cours des actions serait surévalué de 40 %. Une bulle spéculative se serait ainsi constituée qui, comme en Asie en 1998, pourrait éclater avec des conséquences autrement plus dévastatrices pour l’ensemble de l’économie mondiale.

Dans tous les cas la croissance américaine ne représente une alternative enviable que pour les capitalistes qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, s’en servent d’exemple pour aller toujours plus loin dans la précarisation de l’emploi.

Thomas SAUILLEUR


Un Etat de plus en plus répressif

Aux Etats-Unis, l’on compte aujourd’hui 1,7 millions d’adultes emprisonnés. C’est le résultat d’une progression spectaculaire des taux d’incarcération passés de 96 détenus pour 100 000 habitants en 1970 à 138 en 1980, puis à 329 en 1991. En 1997, ce taux atteignait 648 pour 100 000, soit un niveau six à dix fois supérieur à celui de la plupart des pays industrialisés (en France, ce taux était alors de 90 pour 100 000). Dans un pays où, paraît-il, l’Etat intervient moins dans la vie économique qu’en Europe, l’administration pénitentiaire soustrait ainsi du marché du travail des centaines de milliers d’individus, qui sont retirés du monde... et des chiffres du chômage, pour aller croupir au fond d’une cellule.

Mais cette augmentation du nombre de détenus ne traduit-elle pas tout simplement une augmentation de la délinquance et de la criminalité ? C’est le contraire d’après les chiffres du Ministère de la Justice, qui indiquent, par exemple, que le taux de crimes violents (vols divers, attaques à main armée ou sans arme, viols) atteint en 1997 son minimum depuis 1973 à 39 pour 1000 personnes. Ce n’est donc pas l’accroissement de la criminalité qui explique celui du nombre de prisonniers, mais le durcissement de l’appareil judiciaire, qui jette plus souvent en prison les auteurs de vols ou de trafics de drogue arrêtés, et pour plus longtemps qu’avant.

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Numéro 8, mars-avril 2000

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