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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 8, mars-avril 2000

Autriche : Vaste mouvement de protestation contre le nouveau gouvernement

Mis en ligne le 1er avril 2000 Convergences Monde

L’article ci-dessous est une correspondance d’un camarade membre de la Sozialitische Alternative, SOAL, section autrichienne du Secrétariat Unifié de la IVe Internationale. Les intertitres sont de la rédaction de Convergences Révolutionnaires.


Depuis la formation du gouvernement de coalition entre le parti conservateur bourgeois ÖVP et le parti d’extrême droite FPÖ de Jörg Haider, l’Autriche est entrée en mouvement. Cela va de grèves de jeunes scolarisés jusqu’à des manifestations nocturnes de dizaines de milliers de personnes qui affichent un but commun : à bas le gouvernement ÖVP-FPÖ.

A la mode de Thatcher... ou des sociaux-démocrates ?

La coalition ÖVP-FPÖ a mis en avant un programme de gouvernement néo-libéral qui ne laisse de côté aucune mesure d’austérité, mais n’est pas bien différent du programme d’autres gouvernements conservateurs : privatisations draconiennes, réduction des budgets sociaux et culturels, promotion d’une conception réactionnaire de la femme et de la famille. Le programme promet monts et merveilles à tout un chacun, mais il y aura bien peu d’élus s’il est mis en oeuvre. Ce sont surtout les travailleurs et les retraités qui paieront la note. A ce propos, le gouvernement « noir-bleu » ne recule pas devant des mesures brutales comme l’augmentation des impôts, le recul de l’âge de départ en retraite, l’obligation de venir au travail quand la maladie ou l’accident ne sont pas jugés suffisamment graves ou d’avoir à contribuer davantage à ses propres dépenses de santé. Cette politique de nouvelles restrictions pour la population, conforme aux directives de Maastricht, faisait déjà partie d’un contrat de gouvernement entre les sociaux démocrates et les conservateurs, même si Wolfgang Schüssel, le leader conservateur, a finalement laissé tomber cette perspective de coalition.

Avec des sympathies pour la dictature nazie, par dessus le marché !

Cela dit, ne critiquer que le caractère thatchérien de ce programme économique reviendrait à minimiser le danger de la participation du FPÖ au gouvernement. Le FPÖ est un parti d’extrême droite, avec un programme d’austérité économique draconien, même si Haider l’a volontairement laissé à l’arrière-plan dans sa campagne électorale. Mais Jörg Haider se présente aussi comme le « défenseur des petites gens », comme un opposant politique intransigeant, prêt à en remontrer à ceux d’en haut ! Le FPÖ affirme également être le seul parti qui s’intéresse aux préoccupations des Autrichiens. C’est avec un programme ouvertement raciste que Haider a assuré à son parti le score électoral de 27 %.

Aujourd’hui le FPÖ n’a pas de structures à offrir à ses sympathisants et électeurs. Beaucoup de jeunes, de chômeurs et certaines couches de la classe ouvrière, ont voté FPÖ en guise de protestation contre la politique des sociaux-démocrates au gouvernement. Mais on ne peut pas pour autant négliger que c’est Haider qui a réaffirmé publiquement ses sympathies pour la dictature nazie. Et au sein du gouvernement, le FPÖ ne manque pas de moyens pour impulser une poussée à droite.

Pas plus qu’à d’autres au sein de son parti, Haider ne laisse à ses ministres la possibilité de lui faire de l’ombre. Il pense jouer finement en tirant les ficelles des marionnettes gouvernementales tout en gardant une certaine distance, à la tête de la Carinthie dont il est gouverneur, de telle sorte que son parti soit présenté par les médias comme un parti de gouvernement crédible aussi bien que d’opposition pugnace.

Protestations internationales polies

La politique intérieure autrichienne fait parler d’elle au-delà de ses frontières. Il est bien significatif que les protestations internationales condamnent davantage la participation du FPÖ au gouvernement que les mesures d’austérité envisagées. Madeleine Albright va même jusqu’à vanter ouvertement la politique du gouvernement « noir-bleu ».

Le capital européen a pu réaliser ses objectifs économiques, par le traité de Maastricht et l’union monétaire. Les gouvernements sociaux-démocrates majoritaires en Europe, lui en ont fourni les conditions politiques et sociales, sans provoquer de réactions populaires trop violentes. A l’heure actuelle, le capital européen n’a certainement pas besoin d’un parti imprévisible comme le FPÖ (ni d’aucun autre parti d’extrême droite) dans un gouvernement.

Une protestation internationale affaiblirait le nouveau gouvernement autrichien, mais il n’est pas question de miser là-dessus. Des indices montrent déjà que les Etats européens mais aussi les Etats-Unis ne tiennent pas à sacrifier leurs affaires avec l’Autriche et que des mesures de boycott sont peu probables.

Mais ça bouge en Autriche

Un mouvement spontané et impromptu de protestation a éclaté, dirigé en premier lieu contre Jörg Haider et la participation de son parti au gouvernement. Dans les semaines qui ont suivi la formation de la coalition, des premières manifestations ont rassemblé jusqu’à 7 000 personnes dans Vienne. Durant les premières nuits, des poignées de jeunes ont affronté les flics, ce qui n’a pas empêché les cortèges quotidiens de grossir. La manifestation du 12 février (anniversaire de la défaite sanglante, en février 1934, du mouvement ouvrier face au gouvernement austro-fasciste) a été un premier point fort, auquel avaient surtout appelé les forces d’extrême gauche, les organisations de jeunesse sociales-démocrates, les Verts et les comités de « résistance ». De 20 000 à 25 000 personnes se sont rassemblées sur la Karl Marx Hof, parmi lesquelles de nombreux syndicalistes et des gens d’un certain âge, qui scandaient « Weg mit schwarz-blau ! » et « Widerstand » (« Dehors les noir-bleu ! » et « Résistance »). Le 19 février, ce sont cette fois 250 000 personnes qui se sont retrouvées à manifester contre le gouvernement, dans la seule Vienne, parmi lesquelles des délégations d’antifascistes de toute l’Europe.

Le mouvement de protestation se présente aujourd’hui comme un mouvement démocratique et antifasciste. Il englobe des organisations de l’extrême gauche (parmi lesquelles la section autrichienne de la IV° Internationale - SOAL), des comités de lycéens nés spontanément, des étudiants, des artistes et également des militants syndicalistes et membres du parti social-démocrate. Le mouvement a le soutien de personnalités démocrates connues, auxquelles les médias ont accordé plus de place qu’elles n’ont de poids dans le mouvement. La question de savoir si les syndicats ont la volonté de déstabiliser le gouvernement ÖVP-FPÖ par des luttes - et ils sont probablement les seuls à en avoir la capacité - est liée à la politique que va mener la social-démocratie.

Une protestation avec laquelle il faudra compter à l’avenir

Le parti social-démocrate a élu un nouveau président : Alfred Gusenbauer, un homme de l’appareil qui a la réputation d’appartenir au courant réformiste de gauche. Ses prédécesseurs, totalement coupés de la base, ont fait tellement de mécontents ces dernières années que tout un milieu de membres de l’appareil est aujourd’hui soulagé par son élection. Cela dit, il est probable que le SPÖ s’accommode de rester dans l’opposition pour se renforcer et qu’il n’ait pas trop envie de ce fait de précipiter la chute du gouvernement.

Il y a du nouveau en Autriche : le consensus et le partenariat social, l’attitude prudente qui consiste à éviter toute confrontation et qui domine y compris au sein de la classe ouvrière et des syndicats, en ont certainement pris un coup. Même si le gouvernement était renversé et qu’une coalition « rouge-verte » lui succèdait, elle devra tenir compte de la pression populaire.

8 mars 2000

Boris JEZEK

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Numéro 8, mars-avril 2000

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