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DOSSIER : Croissance et mondialisation : des raisons pour une reprise de l’offensive ouvrière

Entre impuissance simulée et rêve de régulation : Le rôle des Etats dans la « mondialisation »

Mis en ligne le 1er avril 2000 Convergences Monde

De l’Expansion au Monde diplomatique, en passant par l’Humanité, une idée fracassante est généreusement répandue depuis quelques temps : les « forces du marché » auraient triomphé au dépens des Etats. Bien sûr les libéraux saluent cette mondialisation comme un progrès, tandis que les réformistes s’inquiètent de voir leur rêve d’action publique sur les marchés réduits à néant. Mais la plupart s’accordent à penser que ces forces, bienfaisantes ou malfaisantes, seraient devenues invincibles. Les gouvernements trouvent ainsi à moindre frais une excuse facile pour mener leur politique anti-ouvrière. Après la « crise » qui expliquerait toutes les politiques de rigueur, voici la « mondialisation ».

Si les transformations du capitalisme sont bien réelles, les croyances selon lesquelles les Etats bourgeois subiraient à leur corps défendant ce processus sont tout simplement erronées. Les « marchés » (c’est à dire les capitalistes) n’ont pas imposé leur « dictature » à des Etats soucieux, paraît-il de l’intérêt général. Nous avons affaire à des Etats impérialistes au service des capitalistes, qui n’ont été ni neutres ni impuissants dans le processus de « mondialisation ».

Pour autant, (mais ce n’est pas nouveau !) il serait tout aussi erroné de prétendre que les Etats pourraient par une « bonne politique » réguler un peu mieux le fonctionnement du capitalisme. Les crises, la spéculation financière, les krachs, font partie du fonctionnement normal du capitalisme et représentent en fait son seul mode de régulation. Celui-ci ne se débarrassera pas de ses « excès » – et pour tout dire de ses contradictions – grâce à l’action miraculeuse de l’Etat. Les Etats impérialistes ont certes une fonction économique majeure, déterminante, dans le système capitaliste actuel. Ils socialisent les pertes de l’économie de casino, aux dépens des populations des pays riches comme des pays pauvres ; ils socialisent l’épargne populaire pour la mettre à disposition de la grande spéculation financière ; ils mettent sous perfusion le capital privé pour lui permettre de maintenir ses taux de profit et d’assurer son agressivité sur l’arène internationale. Ils changent les législations économiques, sociales et financières selon les besoins du moment du grand capital. Ils assurent et même gèrent à grande échelle, comme jamais sans doute, le transfert de la plus-value vers une minorité de parasites mondiaux. En un mot, ils sont au service de l’économie capitaliste. Ils ne la contrôlent pas. Le voudraient-ils d’ailleurs, qu’ils ne le pourraient pas.

Une déréglementation voulue par les Etats

La croissance de la sphère financière à l’échelle mondiale est considérée – à juste titre – par la plupart des commentateurs comme étant le principal point de fragilité de l’économie mondiale. Mais cette croissance des marchés financiers a été accompagnée et surtout facilitée par la politique des Etats. Ce qu’on appelle la « globalisation financière » a certes été une entreprise de destruction de (presque) toutes les réglementations en ce domaine : suppression des barrières entre les Etats (fin du contrôle des changes et de la politique d’encadrement du crédit, interconnexion des différentes places boursières grâce au support des nouvelles technologies) ; suppression aussi des barrières entre les différents intervenants sur les marchés (banques, investisseurs institutionnels, entreprises industrielles ou commerciales…), chacun plaçant directement son épargne sur des « produits financiers » aux contours de plus en plus indéfinissables.

Mais cette déréglementation a été le résultat d’un certain nombre de décisions politiques prises par les grand Etats impérialistes, notamment au cours des différents sommets du G5 puis du G7 depuis la fin des années 1970, d’abord sous la pression des Etats-Unis qui cherchaient à financer leurs déficits par d’autres moyens que par l’inflation, mais aussi parce que les autres Etats avaient le même problème et ne souhaitaient pas voir les capitaux filer ailleurs. En ordre dispersé mais de manière convergente, les principales mesures de déréglementation ont été adoptées au cours des années 1980 (en France avec le socialiste Bérégovoy).

Les épongeurs

Les Etats et les marchés sont allés dans le même sens. C’est que les premiers avaient d’énormes besoins de financement et étaient intéressés au premier chef par cette nouvelle manne de capitaux immédiatement disponibles sur le marché. La dette publique dans tous les pays a connu une croissance très importante au cours de ces quinze dernières années (rapportée au PIB, elle était en France de 40,6 % en 1988, 52,7 % en 1993, et 67,4 % en 1999). Et si les Etats ont eu de tels besoins, c’est bien parce qu’ils n’ont jamais cessé d’intervenir dans la vie économique pour soutenir les profits des capitalistes avec des moyens toujours plus importants.

Pour ne prendre qu’un exemple, l’Etat japonais en est à son huitième plan de relance depuis 1992 (depuis le krach de l’immobilier), et l’aide publique est estimée annuellement à plus de 180 milliards de dollars (pour donner une idée de son importance, cela représente plus des deux tiers du budget de l’Etat français). Avec le début de la crise asiatique, il a même pris l’initiative de réorganiser 15 banques privées en s’y associant parfois à 50 % de participation et en injectant depuis 1997 près de 60 milliards de dollars pour tenter d’assainir la situation dans ce secteur puisque les privatisations n’intéressent les capitalistes que dans la mesure où ils sont assurés de faire des profits !

L’économie dite libérale et ultra libérale est en fait constamment sous assistance respiratoire et soins intensifs grâce aux fonds publics, ceux prélevés par l’appareil d’Etat sur l’ensemble de la population. Et cela en dépit des professions de foi libérales, car les dirigeants des grands Etats sont peut-être croyants, mais ils ne sont manifestement pas pratiquants !

Contrôler ? Mais qui et quoi ?

Que l’Etat soit indispensable au fonctionnement de l’économie capitaliste (il le montre tous les jours !) et qu’il soit utile notamment pour aider à la restructuration du capital et faciliter sa concentration est une chose. Qu’il puisse jouer du même coup un rôle de « régulateur », capable d’assurer une croissance durable, éviter une récession ou un krach financier en est une autre.

Il faut d’abord souligner à quel point les évolutions actuelles ont aggravé l’une des contradictions majeures du capitalisme : la persistance d’Etats rivaux dans le cadre d’une économie toujours plus mondialisée.

Alors contrôler… pourquoi pas ? Mais quoi exactement ? Et comment ?

Avec un peu d’effort, on pourrait imaginer que les Etats impérialistes rivaux mais néanmoins rivés à la même chaîne, décident tout de même de prendre quelques mesures « radicales », destinées notamment à « discipliner » les marchés, à les organiser pour mieux les contenir, en fermant par exemple toutes ces places « off-shore », ces paradis fiscaux par où transitent, selon certaines estimations, près de la moitié des flux financiers mondiaux. Mais que se passerait-il alors ? Difficile à dire !

Pour prendre un exemple, on ne connaît aujourd’hui que le tiers des échanges de « produits dérivés » (ces « produits » financiers destinés à supporter les risques inhérents à toutes les opérations financières et qui sont devenus eux-mêmes des facteurs de risques supplémentaires en étant l’objet d’une intense spéculation). Ce qui veut dire qu’une partie de la finance mondiale semble être aujourd’hui une zone d’ombre même pour les spécialistes… Or la plupart de ces produits sont aussi des moyens de contourner les quelques règles qui subsistent encore, c’est même l’un des ressorts de l’innovation en matière financière. Difficile dans ces conditions d’imposer un cadre strict à des marchés particulièrement mouvants, et même un peu mutants.

Hier et aujourd’hui

Cette difficulté, disons plutôt cette incapacité des Etats à discipliner les marchés n’est pas nouvelle. Pour prendre l’exemple de la monnaie, les innovations financières ont certes rogné le pouvoir des Etats ces dernières années. Du coup certains ont un peu la nostalgie de cette époque où les Etats auraient eu les moyens de leur politique en exerçant, paraît-il, un contrôle rigoureux sur le marché des changes. Mais de quoi s’agissait-il en fait ?

Dans les années 30, la plupart des Etats ont effectivement instauré un contrôle des changes. Mais c’était après que les échanges se furent brutalement contractés ! Or ce qui semble efficace une fois le mal fait ne l’est plus forcément dans une période d’expansion. La réglementation américaine, héritée des années trente, était encore très stricte dans les années soixante. Cela n’a pas empêché une production de plus en plus massive et incontrôlée d’eurodollars (c’est-à-dire la possibilité pour des banques installées en dehors du territoire américain de libeller des crédits dans cette monnaie). Le contrôle des changes n’a en fait pas permis d’enrayer une croissance monétaire débridée qui a fini par provoquer un décrochage du dollar avec l’or en 1971, mettant ailsi fin au système monétaire international mis en place après la guerre.

On peut donc toujours gémir sur les dérives actuelles. Mais le vrai problème est que l’Etat au service des capitalistes n’a ni les moyens ni la vocation de contrôler réellement l’économie, surtout si cela doit gêner leur recherche effrénée de profits. C’était vrai dans le passé. C’est peut-être simplement encore plus vrai aujourd’hui…

En fait la véritable marge de manœuvre dont dispose la bourgeoisie au travers de son Etat – outre le fait d’éponger les pertes aux dépens de la population en cas de problème – est tout simplement d’aggraver l’exploitation de la classe ouvrière afin de rétablir son taux de profit. Et l’un des aspects majeurs de la mondialisation a justement été la mise en place de toutes ces politiques destinées à appauvrir et à précariser le monde du travail.

Face aux dégâts de la mondialisation capitaliste, la réponse du point de vue des intérêts de la classe ouvrière n’est donc pas de rêver à un quelconque replâtrage du capitalisme. Ni de tendre l’oreille aux sirènes du protectionnisme et du nationalisme. Elle est de préparer la riposte sur le terrain des luttes, en faisant converger les intérêts des travailleurs du monde entier, en établissant un rapport de force permettant d’instaurer un véritable contrôle ouvrier, c’est-à-dire de mesures coercitives n’hésitant pas à s’en prendre au droit de propriété, autrement dit au droit d’affamer l’humanité !

François FABIEN et Raoul GLABER

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Numéro 8, mars-avril 2000