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DOSSIER : Croissance et mondialisation : des raisons pour une reprise de l’offensive ouvrière

Les usuriers des temps modernes

Mis en ligne le 1er avril 2000 Convergences Monde

Au milieu des années soixante-dix, lors de la grande récession économique, les Etats cherchaient de nouveaux débouchés et les banques disposaient d’une masse de capitaux. Ils consentirent aux pays du Sud des prêts à des taux d’intérêt très faibles assortis d’exigences de productions exportables et de grands travaux donnant des débouchés aux pays industriels.

La dette du Sud

En quelques années la dette de ces pays a atteint 500 milliards de dollars. En 1979, l’augmentation brutale des taux d’intérêt décidée par la Réserve fédérale américaine a fait augmenter de façon vertigineuse les intérêts à payer (le service de la dette), faisant entrer tous ces pays dans un état de dépendance accrue. De 1982 à 1998, les pays de la périphérie ont remboursé plus de quatre fois le capital de leur dette. Mais les prêts leur sont toujours faits à des taux exorbitants (de 10 à 15 % quand les pays du Nord obtiennent des prêts à 5 %).

Selon le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), les pays « en voie de développement » connaissent aujourd’hui un revenu par habitant inférieur à ce qu’il était il y a 10, 20, voire 30 ans : « 1,6 milliards d’individus vivent plus mal qu’au début des années 80 » ! Et pourtant, dans les cinquante dernières années, le Produit intérieur brut mondial par habitant a plus que triplé.

Les capitalistes ne se sont pas contentés de faire payer leur crise aux populations du Tiers monde. La paupérisation au Nord s’est développée elle aussi : 47 millions d’Américains n’ont pas d’assurance maladie. Dans l’Europe des quinze, soixante millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. En Europe de l’Est leur nombre est passé de 14 millions en 1988 à 119 millions en 1994.

La concentration des richesses

Dès lors, ce qu’on appelle la financiarisation du capitalisme, pendant de la mondialisation, est une concentration encore plus grande des richesses. Au Sud, elle se réalise par des politiques « d’ajustement structurel » qui font payer la dette aux paysans et aux populations urbaines, au Nord par l’augmentation du chômage, la flexibilisation du travail et la réduction des services sociaux. Toujours selon les Nations unies, les trois personnes les plus riches du monde additionnent un revenu dépassant le PIB cumulé des 48 pays les plus pauvres. Mais cette concentration ne leur suffit pas.

La bulle financière

Les flux financiers, les échanges de capital, ont toujours été une caractéristique du système capitaliste. Avant les années 1980, ils servaient essentiellement à des règlements commerciaux ou à des transferts de capitaux destinés à être investis : le volume mondial quotidien se situait entre 10 et 20 milliards de dollars. Aujourd’hui le marché des changes internationaux est mille fois supérieur : 2000 milliards de dollars par jour. Il s’agit à 90 % d’opérations purement spéculatives sur les monnaies ou d’achats et de reventes d’actions le plus souvent en moins de sept jours.

La recherche de profits supérieurs à ce qu’assurerait un placement durable dans l’investissement est évidemment la cause de ce changement.

Le rôle des fonds d’investissement

Dans la suite de la crise de 1929, après la seconde guerre mondiale, les capitalistes avaient mis sur pied un contrôle du crédit, de l’investissement et de son assurance par les Etats et les banques. Ils ont peu à peu laissé la place aux investisseurs institutionnels, des industriels du placement, des grandes compagnies d’assurances, des banques, des grandes entreprises multinationales et des fonds de pension dans lesquels sont placés les capitaux liés au financement des retraites (ces fonds détiennent entre 35 et 40 % de la capitalisation boursière française).

Mais il serait faux de penser qu’il y a un « bon capital », celui qui est investi dans l’entreprise et un « mauvais », celui qui spécule au jour le jour.

D’abord parce que les entreprises alimentent ces fonds d’investissement avec leur épargne (en France 100 milliards de francs par an depuis 1993). Ensuite ce sont ces fonds qui dictent leur loi aux entreprises par des chartes de corporate governance (gouvernement d’entreprise) qui exigent pour les actionnaires des rentabilités immédiates de plus de 10 % l’an, sans commune mesure avec les taux de croissance enregistrés. Cela se traduit automatiquement par de faibles salaires, l’augmentation de la flexibilité, des licenciements.

La dette du Nord

Ces usuriers des temps modernes ont également mis la main sur les emprunts que font les Etats pour boucler leur budget.

La mécanique est simple : les profits des entreprises, les revenus du capital sont de moins en moins taxés. L’Etat emprunte justement à ceux-là : c’est un transfert de plus vers les possédants. Comme le dit cyniquement l’OCDE : « En raison de la mobilité accrue des investissements fixes et des investissements financiers, il peut se révéler nécessaire d’alléger la taxation des revenus du capital. Ainsi la majeure partie de l’impôt retombera sur le travail qui est le facteur le moins mobile ». Sans commentaire !

Un grain de sable

Certains ultra-libéraux voudraient eux-mêmes ralentir la machine. Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine, accumule les déclarations alarmistes, assimilant le système financier à un paquebot qui fonce vers le quai à plein régime.

En 1978, James Tobin, conseiller économique à la Maison Blanche et prix Nobel avait proposé une taxe minime (de 0,1 à 0,25 %) sur les transactions financières pour mettre, selon ses termes « un grain de sable » dans les rouages de la spéculation. Tobin qui n’a rien d’un révolutionnaire proposait de confier la gestion des sommes dégagées, de l’ordre de 230 milliards de dollars par an, au FMI et à la Banque mondiale.

Mais même ce grain de sable semble aussi dur à supporter que le pois sous les vingt matelas de la princesse du conte d’Andersen.

Laurent CARASSO

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Numéro 8, mars-avril 2000

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