Editorial
Violences policières, violences sociales
Mis en ligne le 20 novembre 2014 Convergences Politique
« Mourir pour des idées est relativement stupide et bête. » C’est tout ce qu’a inspiré la mort de Rémi Fraisse au président PS du Conseil général du Tarn, Thierry Carcenac. C’est sûr que pour ce politicien qui continue de se dire socialiste, faire quoi que ce soit pour des idées est incongru. Lui se contente d’appliquer les directives de ses commanditaires patronaux. Rémi, lui, avait des idées et il manifestait pour les défendre.
Un gouvernement de cow-boys ?
Sa mort a suscité l’indignation. À Rennes et à Toulouse, les manifestations ont été interdites. Une habitude avec laquelle le gouvernement socialiste a renoué cet été lors de l’intervention israélienne à Gaza. À chaque fois, plusieurs centaines de jeunes ont tenu tête et manifesté, sous haute surveillance. Les tentatives de la police de disperser ces rassemblements ont déclenché quelques incidents.
Il n’en fallait pas plus pour que Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, et Valls, nous refassent le coup des « casseurs ». La recette est éculée : le gouvernement demande aux préfets d’augmenter les pressions policières, déclenche des violences, pour finalement faire porter le chapeau aux manifestants. Immédiatement après le décès de Rémi Fraisse, les gendarmes avaient même avancé l’hypothèse qu’il aurait été tué par des engins explosifs type cocktail Molotov qu’il aurait porté dans son sac à dos ! Une manipulation mesquine devenue bien embarrassante lorsque Mediapart a révélé que le gouvernement a immédiatement su de quoi le jeune homme était mort.
Jeudi 6 et vendredi 7 novembre, des lycéens révoltés par les violences policières ont débrayé puis battu le pavé de la capitale. Le gouvernement n’a pas osé donner ses flics contre ces jeunes de quinze ou seize ans. Pas une vitrine de cassée, pas une voiture endommagée. Dans les manifestations ou dans les grèves, les fauteurs de violence sont du côté de la police.

Le Medef décide, le gouvernement exécute
Ces violences policières, qui vont parfois jusqu’au drame, ne sont pourtant qu’un aspect de l’ensemble des violences sociales. Car le patronat n’a pas besoin de matraque ni de « grenade offensive » pour décider, dans le feutré d’un conseil d’administration, de licencier des milliers de salariés et ruiner des régions entières.
Ce qui permet à Laurence Parisot, l’ancienne patronne du Medef, de dénoncer la responsabilité de l’État dans la mort de Rémi Fraisse... Pendant que l’État exécute ses basses œuvres, le patronat lui donne des leçons de morale ! À moins que le Medef ne s’inquiète pour ses adhérents, lui qui a prévu de manifester lors d’une « semaine d’action » début décembre pour « mettre la pression » sur le gouvernement ?
Quelle bande d’ingrats, ces patrons ! Le Parti socialiste, comme l’UMP avant lui, a pourtant mis tous les moyens financiers de l’État à leur service. Les milliards du pacte de responsabilité, la suppression des cotisations à la branche famille, la promesse – la seule que Hollande va tenir – de ne pas augmenter les impôts pour les riches, sont les mesures phares du budget 2015. Autant de raisons pour avoir appelé à le dénoncer dans la rue le 15 novembre, même si les organisateurs de la manifestation dénoncent « l’austérité », drôle d’euphémisme face à une telle gabegie au profit de la bourgeoisie. L’austérité est sélective et s’applique uniquement aux classes populaires qui voient les services publics de transport, d’éducation ou de santé se dégrader et les maigres allocations rétrécir à vue d’œil.
Finalement, le PS croit encore en la lutte des classes...
Les patrons vivent certes de subventions mais surtout, de l’exploitation. Et là encore le gouvernement aide le patronat dans sa lutte contre les salariés. Aide juridique en détricotant la législation pour allonger le temps de travail, augmenter la précarité, réduire les salaires, couper les vivres aux plus précaires. Aide politique en relayant la propagande sur le « coût du travail », en expliquant qu’il faut que les salariés soient plus « compétitifs » ou qu’il faut en finir avec les 35 heures, en diminuant l’emploi public. Dernière en date, Valls a dénoncé l’existence même du CDI comme une inégalité vis-à-vis des nombreux salariés en CDD !
C’est bien de la lutte des classes qu’il s’agit. Si dernièrement l’avantage est au patronat, les salariés ont montré les dents à de nombreuses occasions : postiers, cheminots, pilotes d’Air France, ainsi que dans le privé contre les licenciements et les suppressions d’emplois. Là aussi, le gouvernement a choisi son camp en envoyant ses flics contre les grévistes et les manifestants.

...et nous aussi !
Ce qui manque pour inverser le rapport de force, ce n’est pas le nombre ou la colère, mais bien la convergence derrière des objectifs communs : interdiction des licenciements, partage du travail entre tous sans perte de salaire, augmentation des salaires et minima sociaux d’au moins 300 euros par mois.
Un tel mouvement se heurtera à de vives réactions du gouvernement et de ses flics. Ce n’est pas ça qui va nous arrêter. Mais au contraire nous donner une raison de plus d’étendre nos luttes afin d’opposer à la violence sociale de la bourgeoisie notre force, celle du nombre.
9 novembre 2014
Gauche du PS ou gauche de la gauche : heureusement que le ridicule, lui, ne tue pas
Alors que Marine Le Pen caracole face à un PS discrédité et une droite embourbée dans les affaires, la gauche, comme à son habitude, sombre dans le ridicule.
Arnaud Montebourg, chef de file des anciens ministres « frondeurs », s’est inscrit à l’Institut de management INSEAD, le plus couru après Harvard. Un mois de formation, pour la modique somme de 34 500 euros, qui lui permet de travailler une posture « d’entrepreneur dynamique » avant un retour en politique pile à l’heure pour la campagne présidentielle.
Pierre Laurent, à la tête du PCF, fait les yeux doux aux anciens alliés d’Hollande, écologistes et socialistes « affligés ». Avec deux objectifs, aussi mesquins et illusoires l’un que l’autre : les cantonales de mars 2015 et « renverser Valls » grâce à une « majorité alternative à l’Assemblée nationale », qui serait forcément dirigée par... Martine Aubry, chef de file des « frondeurs » du PS.
Enfin Mélenchon tente d’apparaître au-dessus de cette mêlée politicienne en restant en retrait... jusqu’à la campagne présidentielle de 2017. En attendant, il n’a apparemment aucun objectif à proposer au monde du travail, sinon de disserter sur les mérites de sa VIe République.

Mots-clés : Rémi Fraisse | Répression


