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DOSSIER : Moyen-Orient, « Guerre contre le terrorisme » ou guerre sans fin contre les peuples ?

Moyen-Orient : « Guerre contre le terrorisme » ou guerre sans fin contre les peuples ?

Mis en ligne le 20 novembre 2014 Convergences Monde

Cela fait maintenant trois mois que les bombardements aériens contre l’État Islamique (EI, aussi appelé Daech, acronyme arabe) ont commencé. Et deux mois qu’Obama a mis sur pied une coalition internationale pour « vaincre l’EI » , dans laquelle la France est fière d’être en première ligne. Lors de l’invasion de l’Irak en 2003, les manifestants anglais brocardaient Tony Blair comme le « toutou » de Bush. Pitbull du prix Nobel de la paix Obama, Hollande en rajoute sur le nombre d’opérations militaires qu’il suggère à la coalition.

Même la rhétorique utilisée pour justifier l’intervention nous ramène aux années Bush, entre « choc des civilisations » et « guerre contre le terrorisme ». Pourtant, loin de la démonstration de force de 2003, lorsque les États-Unis avaient déployé 150 000 soldats en Irak, la coalition est bien plus mesurée sur le terrain que dans ses discours lorsqu’elle s’attaque aux « égorgeurs de Daech [1]. »

Le ton va-t-en-guerre des politiques est cette fois nuancé par celui, plus pragmatique, des gradés américains : la guerre sera longue, il s’agira plus de contenir l’EI que de le vaincre. D’autant que les ennemis d’aujourd’hui peuvent très bien devenir les alliés de demain… D’ailleurs, aussi barbares soient les pratiques de cette milice de djihadistes, elle n’avait été inquiétée par personne jusqu’au début de l’année 2014, lorsqu’elle se contentait de rançonner et d’opprimer les populations du territoire qu’elle contrôlait à l’est de la Syrie.

Au contraire, financé par le Qatar et bénéficiant d’une aide logistique de la Turquie, Daech faisait alors partie de ces nombreux groupes d’opposition armés au dictateur syrien Bachar Al-Assad, sponsorisés par des États intéressés à la chute du régime. Dans ce Moyen-Orient plus éclaté que jamais avec l’émiettement des États irakien et syrien, en plus des grandes puissances, chaque puissance régionale, principalement l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Turquie, cherche à avancer ses pions, étendre son influence en soutenant et finançant en Syrie ou en Irak tel ou tel clan, telle ou telle des armées rivales. Tous s’appuient depuis des années sur des divisions nationales et communautaires de plus en plus étriquées pour jouer leurs cartes et museler les classes populaires.

Avec l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak (en 2001 et 2003) et les manœuvres destinées à en finir avec les révolutions arabes de 2011 et à contenir les peuples en s’appuyant sur les forces les plus rétrogrades, on a assisté à une fuite en avant du « diviser pour régner » qui a installé une instabilité croissante. Combien de bandes armées en Irak et en Syrie qui ne contrôlent parfois qu’une ville, voire un quartier ? Et comment s’étonner, dans cette situation dont les puissances impérialistes sont responsables et semblent s’accommoder, de la percée spectaculaire d’un groupe aussi réactionnaire que l’EI ?

Non, la fameuse coalition n’a pas pour objectif, comme elle le prétend, de vaincre Daech pour venir en aide au gouvernement fantoche irakien mis en place par les USA. Tout au plus s’agit-il de signifier aux djihadistes qu’ils n’avaient qu’à rester à leur place, comme un des pions de la guerre civile syrienne dont on peut jouer, mais surtout pas venir mordre les mains qui les ont nourries. Après avoir prétendu ressouder l’Irak derrière un nouveau gouvernement d’union nationale, Obama a mis en scène l’unité des États de la région et de la communauté internationale derrière les États-Unis. Une belle affiche publicitaire… Sauf qu’aucun des acteurs n’y croit. Sûrement pas les membres de la nouvelle coalition gouvernementale irakienne faite de représentants de clans rivaux. Quant à la coalition internationale, au côté des alliés officiels parmi lesquels chacun défend son petit jeu, il y a les membres non officiels, voire inavouables et avec qui tous les retournements d’alliance sont possibles : ils vont de l’Iran à qui les USA font des avances, au régime d’Assad lui-même qui y trouve son compte, en passant par l’Armée syrienne libre et par les Kurdes qui sont, eux, les premiers à risquer d’être les laissés-pour-compte de demain.

La seule chose sûre qui s’annonce avec cette nouvelle intervention (la quatrième en quatre ans pour l’impérialisme français), c’est une guerre longue, qui ne fera qu’accroître le chaos dans toute la région, et risque de préparer aux peuples du Moyen-Orient bien d’autres Kobané.

Raphaël PRESTON


[1Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a demandé à la presse sur un ton martial de n’employer que ce terme pour désigner l’EI.

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Numéro 96, novembre-décembre 2014