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DOSSIER : L’Inde : nouveau « miracle » de l’économie capitaliste ?

Un mouvement ouvrier sous influences…

Mis en ligne le 10 mai 2007 Convergences Monde

La classe ouvrière est numériquement très minoritaire. Il y a néanmoins 40 millions d’ouvriers d’industrie, même s’il faut rappeler que plus de 90 % des travailleurs font partie du secteur informel. Cette classe ouvrière se concentre dans quelques villes et a montré sa force par le passé, comme lors de la grève des ouvriers du textile de Bombay en 1982, qui a duré 22 mois !

Partis et syndicats

Les centrales syndicales sont nombreuses, plus d’une douzaine. Elles sont souvent rattachées à des partis politiques. L’INTUC est le syndicat lié au Parti du congrès. L’existence d’autres s’explique par les divisions intervenues au sein du Parti communiste de l’Inde (CPI) fondé en 1925 et rapidement stalinisé. Une scission est intervenue en 1964, dans le contexte d’une guerre avec la Chine. Le CPI (M) s’est alors formé, qui soutenait la Chine maoïste alors que l’autre branche soutenait le gouvernement indien. Ces deux partis, sur une ligne réformiste l’un comme l’autre, ont assumé des responsabilités gouvernementales dans certains États, comme au Kerala pour le CPI et au Bengale pour le CPI (M). Ils font aujourd’hui partie de la coalition de gauche qui soutient le Parti du congrès au pouvoir. Les syndicats qui leurs sont liés adoptent cette même politique : l’AITUC est le syndicat lié au CPI et le CITU le syndicat lié au CPI (M).

La guérilla naxaliste

En 1969 le CPI (M) a connu une nouvelle scission, avec la formation du CPI (ML) appartenant au courant naxaliste. Ce courant était lui aussi soutenu par la Chine. Son nom vient de Naxalbari, le village du Nord du Bengale d’où le mouvement est issu. C’est une guérilla qui, dans les campagnes, assassine des grands propriétaires ou des fonctionnaires du gouvernement. Elle est implantée dans les régions les plus pauvres, notamment parmi les tribus aborigènes.

L’extrémisme hindou

L’essor du mouvement extrémiste hindou a ajouté encore à ces divisions : le BMS, fondé en 1955 par des nationalistes hindous à Bhopal, est aujourd’hui la première centrale syndicale devant l’INTUC, présente surtout chez les employés de banque, les salariés du secteur public et les instituteurs. Depuis les années 1980, les revendications liées à la caste, à la religion ou à une région se sont beaucoup développées et avec elles les syndicats liés à telle ou telle caste et revendiquant, par exemple, la hausse de quotas d’embauche pour elle. D’autres sont régionalistes, demandant cette fois la priorité à l’embauche pour les habitants d’une région, voire l’établissement… de l’emploi héréditaire.

Les syndicats indépendants

La déconsidération des principales centrales syndicales a cependant favorisé l’émergence de syndicats indépendants, autour de personnalités charismatiques comme Datta Samant, issu de l’INTUC, qui a dirigé la grève du textile à Bombay. Il a été abattu en 1997 par les hommes de main d’un entrepreneur.

Les coopératives d’échange et le microcrédit

Des femmes ont créé un syndicat du secteur informel, la SEWA (Self Employed Women’s Association). Ce syndicat existe depuis 1971 et compterait aujourd’hui 700 000 membres. Ces femmes ont créé des coopératives d’échange et la Sewa bank, qui pratique le microcrédit. Elles négocient des places auprès des municipalités pour les vendeuses de rue. Elles ont aussi créé une école d’alphabétisation.

La répression patronale

De toute façon dans le secteur privé comme public, le chômage pèse. Le nombre de grèves semble assez bas depuis quelques années et les patrons n’hésitent pas à recourir au lock-out, voire à l’assassinat. La plupart des entrepreneurs privés ne tolèrent pas de syndicats chez eux. Le grand patron indien Tata est ainsi connu pour être un patron de combat à l’encontre du syndicalisme, à l’exception, bien entendu, des « syndicats maison ».

Le mécontentement des laissés pour compte de la croissance

Les syndicats indiens regrouperaient aujourd’hui environ 16 millions de personnes. C’est peu, cela ne représenterait que 4 % des travailleurs. Le gros problème du mouvement ouvrier réside dans l’ampleur du secteur informel, au sein duquel il est difficile de s’organiser et de se défendre. Les réactions de la classe ouvrière sont pourtant une préoccupation pour la classe dirigeante indienne. Le BJP a perdu les dernières élections suite au mécontentement de tous les laissés pour compte de la croissance, qui ne se sont pas reconnus dans son slogan « Shining India », l’Inde qui brille de tous ses feux… La coalition actuelle, qui se dit de gauche, hésiterait du coup à accélérer la libéralisation de l’économie. Les deux partis communistes, associés au parti du Congrès, ont pour le moment obtenu le gel des désinvestissements programmés de l’État dans le secteur public, qui aboutirait à de nombreuses suppressions d’emplois.

Les travailleurs doivent pourtant s’attendre à bien des attaques de la part de ce gouvernement ou d’un autre, auxquelles il leur faudra se préparer et riposter sans trop compter sur leurs soi-disant représentants politiques ou syndicaux.

Lydie GRIMAL

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