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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 51, mai-juin 2007 > DOSSIER : L’Inde : nouveau « miracle » de l’économie capitaliste (...)

DOSSIER : L’Inde : nouveau « miracle » de l’économie capitaliste ?

La plus grande démocratie du monde ?

Mis en ligne le 10 mai 2007 Convergences Monde

L’Inde est souvent présentée comme le pays où le suffrage universel s’exerce à l’échelle de centaines de millions d’électeurs. En l’opposant encore une fois à la Chine, autre puissance asiatique montante où la bureaucratie totalitaire du parti communiste chinois assure d’une main de fer l’essor capitaliste. L’Inde réussirait au contraire à concilier pauvreté de masse et démocratie, la preuve en étant fournie par un multipartisme à faire tourner les têtes.

Le règne des notables du Parti du congrès

Depuis 1947, la vie politique indienne a pourtant longtemps été dominée par un seul parti : le parti du Congrès, celui des leaders de l’indépendance, Gandhi et Nehru. Ce parti représentait les intérêts des notables indiens, usuriers, commerçants, industriels ou propriétaires terriens, qui constituaient l’écrasante majorité de son personnel politique. La constitution affirmait avec force le droit à la propriété, ce qui permit à de grands propriétaires de gagner en justice quand ils étaient confrontés à l’application de lois de réforme agraire !

Ces notables profitaient en outre de « banques de votes », c’est-à-dire d’un électorat captif de subordonnés et autres obligés, selon la logique clientéliste. Après l’indépendance, la liberté de voter pour le candidat de son choix a été pendant des décennies toute théorique (et on peut supposer qu’elle l’est encore) pour un électeur de milieu rural appartenant à une basse caste, analphabète, et inféodé au grand propriétaire terrien de sa région.

Après la mort du leader nationaliste Nehru en 1964, sa fille, Indira Gandhi, prend les rênes du pouvoir, en tant que Premier ministre. Il en résulte une scission du parti, puisqu’elle forme sa propre faction, et une période de dictature de 1975 à 1977, baptisée « état d’urgence ». Indira se sert de l’étiquette socialiste pour établir un pouvoir autoritaire. Elle nationalise les banques et annonce la fin des privilèges des anciens princes, héritage de l’époque coloniale. Elle déclare la guerre à la pauvreté. En réalité, c’est plutôt contre les pauvres qu’elle part en guerre : plus de 10 millions d’entre eux sont stérilisés de force au nom de la politique de contrôle des naissances, d’autres voient leur bidonville rasé sans qu’aucun relogement ne soit prévu, des mendiants sont raflés et se retrouvent dans des camps de travail. Pour la classe dirigeante, l’état d’urgence est une bonne opération : fini l’absentéisme des employés, les trains arrivent à l’heure, il n’y a plus de grèves, plus de manifestations !

Derrière le multipartisme : castéisme, communautarisme et clientélisme

L’année 1977 sonne le glas de la domination du parti du Congrès et marque l’explosion du multipartisme. Indira subit une défaite aux élections législatives et passe le pouvoir à une coalition de partis d’opposition, le Janata Front (le Front du peuple). Ce gouvernement est formé de dissidents du Congrès alliés à des nationalistes hindous. Dès lors la vie politique sera marquée par l’instabilité des coalitions et par l’accroissement des tensions entre communautés religieuses et castes, chacune d’entre elle ayant désormais un parti qui s’en réclame.

Indira Gandhi revient au pouvoir en 1980. Elle s’appuie elle aussi sur les nationalistes hindous et en 1984 envoie l’armée contre des séparatistes sikhs barricadés dans le Temple d’Or d’Amritsar, leur principal lieu saint. Elle est assassinée peu après par deux de ses gardes du corps sikhs, ce qui déclenche des émeutes faisant des milliers de victimes parmi ceux-ci. Son fils Rajiv, qui lui succède, mène une même politique communautariste mais pas forcément vis-à-vis des mêmes : pour s’attirer cette fois l’électorat musulman, il casse un jugement qui accordait une pension alimentaire à une musulmane répudiée ; la charia continuera donc d’être source de droit pour les musulmans.

En 1989, le parti du Congrès perd les élections : il est accusé de corruption. En voulant séduire toutes les communautés, il n’en a satisfaite aucune. Le Janata Dal (parti du peuple) forme une coalition avec des partis régionaux, les nationalistes hindous du BJP et une des branches du parti communiste, le CPI (M) ! L’annonce de quotas d’emplois supplémentaires réservés pour certaines castes provoque immédiatement des émeutes.

Cette politique de « discrimination positive » dans la fonction publique n’était pas nouvelle, mais elle ne prenait en compte jusque là que les Intouchables et les tribus aborigènes, dont bien peu avaient le niveau d’études requis pour occuper les quelques places qui leur étaient réservées. Cette fois, le gouvernement propose de réserver des emplois supplémentaires à des castes intermédiaires. Dans un pays où les emplois sont rares, l’accès à la fonction publique constitue un enjeu de taille. Les hautes castes qui en ont le monopole s’affolent. Des étudiants s’immolent par le feu… Cette politique renforce les divisions de castes au lieu de les gommer, alors qu’elles n’ont normalement plus aucune existence légale. Elle renforce aussi le clientélisme, puisque chaque parti politique promet de défendre les intérêts de telle ou telle catégorie. Au même moment les violences des hautes castes à l’encontre des castes les plus opprimées continuent dans les campagnes, le plus souvent dans la plus totale impunité.

En 1992, les extrémistes hindous ont mobilisé des milliers de fidèles pour aller détruire la mosquée Babri Masjid à Ayodhya, qui était paraît-il un temple hindou avant le 16e siècle. Nouvelle flambée d’émeutes opposant hindous et musulmans, provoquant des milliers de morts. Le BJP (parti nationaliste hindou) quitte la coalition au pouvoir pour bien marquer son soutien à ces extrémistes et continue à se renforcer jusqu’en 1996, date à laquelle le chef de son groupe parlementaire, Vajpayee, devient premier ministre.

En 1998, le BJP arrive à nouveau en tête des élections. Il doit lui aussi se prêter au jeu des coalitions et s’allie à des partis régionaux et des politiciens issus du Janata. En 2004 il est battu par le Parti du Congrès à la tête d’une coalition dite de gauche, la Democratic Progressive Alliance, incluant deux partis communistes, le CPI et le CPI(M). Mais l’exacerbation des tensions entre les communautés et les castes, elle, est toujours là.

L.G.

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