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DOSSIER : L’Inde : nouveau « miracle » de l’économie capitaliste ?

La politique de l’OMC pousse les paysans au suicide

Mis en ligne le 10 mai 2007 Convergences Monde

Le 15 juillet 2006, 35 paysans adressaient une lettre au président Abdul Kalam : « Nous préférons mettre fin à nos jours, car d’année en année nous ne récoltons que des pertes. » La vague de suicides chez les paysans endettés souligne l’aggravation des conditions de vie paysannes depuis la libéralisation du marché indien sous l’égide de l’OMC et de la Banque Mondiale. Le gouvernement a fortement réduit les crédits accordés aux petits et moyens agriculteurs. Alors que les paysans représentent 65 % de la population active, ils bénéficiaient, en 2003, de moins de 10 % des crédits, contre 16 % en 1990. Pour l’achat des semences, des engrais ou des pesticides, ils doivent recourir aux usuriers dont les taux dépassent les 40 % d’intérêt annuel. Au moindre caprice de la mousson, les paysans se retrouvent piégés, incapables de rembourser leurs emprunts.

Or, la dépendance à la mousson s’accroît avec la baisse des financements publics accordés à l’irrigation, à la gestion de l’eau ou à l’assainissement. En 2003-2004, la production de grains a chuté de 20 % par rapport à 2000-2001 du fait de la sécheresse. Le désengagement de l’État est général et l’agriculture représente moins de 2 % de son budget. Les subventions publiques, qui couvraient semences, pesticides, eau, électricité, carburant et crédits, se sont amenuisées. Pour économiser des pesticides, les paysans cèdent alors aux publicités de l’agrobusiness qui vantent les OGM, mais il n’est pas rare que ceux-ci ne germent pas ou soient finalement infestés d’insectes, privant les paysans de ressource.

Pour ne rien arranger, les prix de vente se sont effondrés avec la concurrence des pays riches, qui ont profité de la levée des restrictions sur les importations et de la baisse des barrières douanières. En 1996, un petit producteur du plateau du Deccan  [1] vendait le kilo de coton à 26 roupies, après avoir dépensé 7 roupies pour sa production. En 2002, il dépensait 25 roupies pour le produire et devait le vendre 17 roupies. Endettement inévitable !

Avec l’effondrement de leur revenu, beaucoup de travailleurs agricoles rejoignent les rangs des sans terre, dont la part est passée de 35 % de la population rurale en 1998 à 55 % en 2005. La perte de terre est aussi la conséquence des expulsions organisées par le gouvernement pour l’installation de nouveaux complexes industriels, sans que de nouveaux emplois soient réellement créés. Ces expulsions ne se passent pas sans résistance et affrontements. Lors d’une manifestation au Bengale, en janvier 2007, la police a abattu 11 villageois et 14 en mars. L’accès à la terre est devenu une question vitale.

L’Inde reste toutefois la quatrième puissance agricole mondiale et la misère n’est pas pour tout le monde. À la fin des années 1960, pour réduire la dépendance alimentaire, l’État avait fortement subventionné les grands propriétaires, développant l’irrigation, le crédit et les équipements pour le stockage et la distribution, poussant à l’utilisation de semences à haut rendement et d’engrais chimiques. C’était la « révolution verte ». Mais l’agriculture intensive n’était pas adaptée à la majorité de petits propriétaires, disposant de moins d’un hectare. Ce sont eux qui subissent maintenant de plein fouet la politique de l’OMC, tandis que la minorité de grands propriétaires, tournée vers l’exportation, en profite et rachète les terres des plus petits ruinés.

L’Inde n’a jamais connu de véritable réforme agraire, qui aurait pu améliorer le niveau de vie des paysans. Malgré les déclarations de façade des dirigeants de l’indépendance, seuls 2 % des terres ont été redistribuées depuis 1947, selon la Commission nationale sur le travail rural. Aujourd’hui, avec les centaines de millions de sans terre ou de très petits propriétaires, seule la collectivisation des terres représenterait une perspective durable pour l’ensemble de la population.

Maurice SPIRZ


[1L’agriculture indienne à l’épreuve de l’OMC, Le Monde Diplomatique, septembre 2002.

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