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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 104, mars-avril 2016 > Loi travail, dégage ! > À la SNCF

Loi travail, dégage !

À la SNCF

Trois jours de grève au Technicentre Sud Est Européen (TSEE) et un mouvement très suivi le 9 mars

Interview d’un cheminot du TSEE, militant Sud-Rail.

Mis en ligne le 20 mars 2016 Convergences Entreprises

Le TSEE est une véritable usine qui emploie mille cheminots sur deux sites : Villeneuve et Conflans (près de la Gare de Lyon). On y entretient les trains. Juste à côté, à Villeneuve, plus de 800 cheminots bossent au TMV, Technicentre Matériel Villeneuve où l’on fait un travail équivalent. Tout cela s’étend sur une immense surface. Mon service, l’un des plus gros, qui compte deux cents personnes, est divisé entre Villeneuve et Conflans. On bosse en 3 × 8 et c’est de la grosse mécanique, un boulot dur, bruyant, salissant et parfois dangereux. Au TSEE, les gars ont conscience d’être des ouvriers. Avec les côtés positifs : la conscience de classe ; et les côtés négatifs : un certain corporatisme qui les distingue des autres métiers de cheminots, roulants, administratifs, commerciaux.

Les suppressions d’effectifs

Elles sont systématiques chaque année. Et c’est à l’exécution qu’on supprime le plus de postes, alors qu’on embauche des cadres et des chefs. Les services récalcitrants sont particulièrement visés. Il faut les casser sans pour autant empêcher le boulot de se faire. Cette année, ce sont encore une cinquantaine de postes qui ont été supprimés, sous prétexte que la charge de travail aurait baissé. En fait, le flux de travail est irrégulier et on se retrouve souvent surchargés. Ça a fini par péter avec une grève de trois jours, du 16 au 19 février. La direction a envoyé des cadres dans les AG pour justifier ces suppressions. Nous les avons accueillis comme il convient et même virés de l’AG de Villeneuve. Ça les a calmés. Le mouvement a été suivi par plus de la moitié du personnel d’exécution le premier jour, mais la CGT a appelé à reprendre le lendemain sous prétexte qu’il fallait garder des biscuits pour la journée d’action du 9. Entre un quart et un tiers des gars ont quand même continué.

Le décret-socle

D’abord les cheminots ont été très mal informés. Le décret a été préparé, et sans doute discuté, sans que les directions syndicales nous tiennent au courant. Ça nous est tombé dessus d’un seul coup. Au TSEE, au départ, les gars étaient davantage remontés contre le projet de loi El Khomri dont ils voyaient mieux la portée. Nous avons alors publié des tableaux comparatifs et fait deux réunions d’information pour préparer la journée du 9 : une qui a réuni 80 personnes, l’autre 30. De son côté, la CGT en a fait une de 60 personnes. Un des points qui a fait tilt, c’est la possibilité de modifier les horaires au dernier moment. Mais certains gars, par exemple tous ceux qui travaillent en équipe, croyaient qu’ils ne risquaient rien, vu qu’il y a toujours une relève à l’heure pile, donc que ça ne concernait que les roulants. Il a fallu leur expliquer qu’ils ne travailleraient sans doute pas toute leur vie dans ces conditions. D’autres étaient complètement incrédules. Ils disaient : « Ils ne feront jamais un truc pareil ». La politique de la direction consistait à faire dire par les cadres qu’il y aurait des accords locaux négociés, donc que le décret-socle n’était qu’un minimum sans grande importance…

Les réunions de la direction

Le DET (directeur d’établissement) a certainement reçu des consignes. Il a organisé lui aussi des réunions du personnel, plus ou moins obligatoires dans certains secteurs. Nous nous sommes pointés dans ces réunions. Le DET a prétendu nous interdire de prendre la parole, mais les gens présents ont protesté. Ils voulaient savoir ce que nous avions à dire sur le sujet, même des chefs et des cadres. Le DET, qui revenait de vacances, n’était pas très au courant, il lisait des fiches et s’est planté plusieurs fois. Bref, ça s’est retourné contre lui. Si l’on considère que ces réunions de la direction ont rassemblé environ 150 personnes, ça fait au total un peu plus du tiers du personnel du TSEE qui a donc participé à des réunions. La plupart a bien compris l’enjeu.

Ce qui explique que la grève du 9 a été bien suivie… Nettement plus que celle pour les effectifs. Cette fois il y a eu au moins 70 % de l’exécution, pas mal de chefs et même des cadres, malgré la pression du patron.

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