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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 104, mars-avril 2016 > Loi travail, dégage !

Loi travail, dégage !

Le changement, c’est dans l’air !

Mis en ligne le 20 mars 2016 Convergences Politique

En quelques jours, et spectaculairement, le climat a changé. Le projet de loi El Khomri sur le travail et son petit frère, le projet de décret ratiboisant les maigres garanties des cheminots en matière de conditions de travail et d’horaires, ont fait déborder le vase de l’exaspération face aux attaques en cascade subies par les classes populaires ces dernières années. Trop c’est trop. Pendant ces quatre premières années de quinquennat Hollande, le gouvernement a escroqué les travailleurs, entre autres, de 40 milliards offerts en crédits d’impôts aux patrons tandis que gouvernement et patronat ont pu bénéficier d’un calme social rare grâce à la soumission des directions syndicales, malgré des réactions nombreuses mais isolées. Mais voici venu l’avis de tempête. Avis de gros grain dès la publication le 18 février de la loi Travail et du décret-socle pour les cheminots. En trois à quatre jours, ces derniers sales coups ont fait le tour du pays, entraîné des discussions spontanées dans les entreprises et les quartiers, sans que des militants syndicaux ou politiques ne les déclenchent, même si évidemment ils s’en sont mêlés.

Coup d’envoi chez les cheminots

Quelques jours à peine après la publication du décret-socle, on en était déjà, un peu partout, et avec l’aide de militants syndicaux de base, à établir des tableaux comparatifs : chiffrage serré et précis de la situation des cheminots avant et après si le décret passait, ce qu’ils y perdraient ! (voir page 13) Seuls les chefs des fédérations syndicales restaient muets, ces haut placés pourtant au courant d’un projet gouvernemental qu’ils discutaient depuis des mois – sans en avoir pipé mot. Sur ce projet de décret, de leur part, pas la moindre communication, pas le moindre tract sur les pertes concrètes, pas un mot précis, pas un appel à quoi que ce soit ! Juste la promesse qu’une éventuelle convention collective et un hypothétique accord d’entreprise, négociés (maître mot !) uniquement pour la SNCF et laissant tomber les travailleurs du nouveau secteur privé du rail, arrangeraient les choses ! Mais foin de leur silence, les cheminots et un vaste milieu de syndicalistes de base, atterrés et indignés par l’ampleur des dégâts annoncés, se sont saisis du préavis de grève, ce qui fait que le 9 mars est devenu ainsi une première journée et promesse de riposte d’ensemble.

Frondeurs à gauche et reprise du ballon chez les jeunes

Parallèlement, tout début mars, une rencontre des organisations politiques et syndicales de jeunes provoquée par le secteur jeunes du NPA s’est d’emblée associée à ce 9 mars. Sur fond de réseaux sociaux où une pétition intitulée #loitravailnonmerci faisait un tabac et de témoignages sur le site des youtubeurs « #OnVautMieuxQueCa ». La pétition émanait, entre autres, de Caroline De Haas, une ancienne secrétaire générale de l’Unef liée à la gauche du PS, un milieu qui, depuis quelque temps déjà, « frondait », sans virulence outrancière et pour des motifs divers ; dont la crainte évidemment de voir le PS payer sévèrement aux prochaines présidentielle et législatives la facture de sa politique contre les classes populaires. La même raison que celle du récent « Trop c’est trop » de Martine Aubry sur la loi Travail, après la démission de Christiane Taubira sur la déchéance de nationalité, et après la dissidence de seulement six députés de gauche en novembre dernier (socialistes et Verts… même pas ceux du PC !), au moment du vote des lois d’urgence. Du côté du parti communiste, soutien fidèle du gouvernement jusque-là et bien peu frondeur, la lecture de l’Humanité semblerait indiquer qu’on commence à se poser des questions et à critiquer plus vertement le gouvernement… sur le papier ! À voir si la colère certaine de militants communistes dans les entreprises et les quartiers pourrait faire décrocher le parti de l’allégeance au pouvoir !

Il n’en reste pas moins que la fronde dans les milieux politiques de la gauche gouvernementale est un élément de la situation. À ce jour, elle a eu des effets positifs dans les prises de position de l’Intersyndicale jeunes en faveur du 9 mars et de journées de protestations ultérieures, entre autres le 17 mars (avant le 24 et le 31 mars). Même si au sein de cette Intersyndicale jeunes dominent les organisations syndicales et politiques étudiantes et lycéennes (certaines étant des coquilles vides mais ayant voix au chapitre), largement influencées par le PS, le PC ou le PG qui ne sont pas des ennemis irréductibles de Hollande et des institutions bourgeoises.

Et l’extrême gauche…

Il faut signaler aussi son rôle. Les militants du NPA, de LO, ceux du courant POI et du milieu anarchisant dans la jeunesse n’avaient pas attendu les dernières crasses du gouvernement pour dénoncer sa politique et se sont tout spécialement adressés aux travailleurs et aux jeunes pour les aider à s’organiser et à faire du 9 mars le signal d’une riposte d’ensemble du monde du travail. Le rôle des révolutionnaires pourrait d’ailleurs devenir décisif, s’ils s’attachaient à aider les milliers de jeunes et de salariés entrant dans la lutte à constituer leurs propres formes d’organisation démocratiques et de décision dans la conduite d’un mouvement qui pourrait devenir une lame de fond.

Un cocktail pas encore explosif mais au goût de printemps

C’est ce cocktail de vent de colère venu d’en bas et d’efforts militants, syndicaux et politiques, de divers bords et avec des objectifs divers (dont celui de garder le contrôle d’une situation qui risquait d’échapper, pour les organisations syndicales et politiques liées au gouvernement !), qui a conduit à la journée du 9 mars. Ce n’était pas encore un raz-de-marée, loin de là, mais bien autre chose qu’une manifestation traditionnelle, de celles qu’on dit « traîne-savates » ! Beaucoup de monde dans les rues de toutes les villes du pays, disons 300 000 au total pour fixer un ordre de grandeur. Travailleurs et jeunes, étudiants et lycéens, ensemble. Du pas vu depuis bien longtemps, en tout cas depuis le début de ce quinquennat Hollande qui a brillé par l’éclatement et l’éparpillement total des colères et des luttes.

La convergence politique des exaspérations

La nouveauté de ce 9 mars, qui donne à cette journée un parfum de printemps des luttes, ce n’est pas tant le nombre des manifestants rassemblés (quoi que, un bon début !) que sa tonalité très politique. Malgré les tergiversations de la CGT qui appelait à Paris à deux manifestations successives – à 12 h 30 d’abord avant de décider de rejoindre ensuite le cortège de 14 heures –, c’était la convergence des exaspérations accumulées en quatre ans de gouvernement Hollande. Exaspérations plus que juxtaposées, en fait globalisées et devenues ainsi un fait politique : indignation qu’un gouvernement dit de gauche puisse en arriver là. C’était un élément important dans toutes les conversations. Et c’est un fait que la loi El Khomri a cristallisé les colères. Un sacré paquet de colères qu’on ne saurait énumérer de façon exhaustive, tant il y en a.

Contre ces diverses lois et mesures scélérates, dont des « accords de compétitivité », que le gouvernement a prises ou soutenues, contre les travailleurs et en faveur des patrons et des riches. Pour soi-disant permettre d’embaucher ? Mais il y a 5 millions et plus de chômeurs et leur nombre augmente.

Contre ces autres opportunités de donner du fric aux patrons sous prétexte d’emplois d’avenir pour les jeunes ? Mais les jeunes sont les premiers à n’avoir pas de boulot ou seulement des petits jobs durs et précaires.

Contre l’impossibilité de vivre humainement, dignement avec un Hollande qui s’est lancé dans des guerres au Moyen-Orient et en Afrique, joue le représentant de commerce pour Dassault et Areva, repousse et pourchasse honteusement les migrants, méprise les aspirations légitimes des défenseurs de la nature, est à l’origine de lois d’urgence liberticides dirigées non pas contre le terrorisme que sa politique sécuritaire et guerrière au contraire encourage, mais contre les militants des organisations et associations qui combattent tel ou tel aspect de la politique gouvernementale et qu’elles menacent comme l’épée de Damoclès.

Le 9 mars était contre tout cela ! Face à cette montée de la colère, les organisations qui ont tenté de venir au secours du gouvernement le samedi 12 mars ont été ultra ridicules : au mieux quelques petits milliers pour toute la France appelés au nom du « dialogue social » de la CFDT, UNSA, CFTC et l’organisation étudiante FAGE.

Et après le 9 mars ? Se mobiliser et s’organiser partout !

À coup sûr, gouvernement et patronat ont quelque souci à se faire. Valls s’en est d’ailleurs fait avant même le 9 mars, quand il a mesuré le courroux et a jugé opportun de reporter de 15 jours le dépôt devant le conseil des ministres de son projet El Khomri. Remis donc au 24 mars. Ce qui donne à ce jour un rendez-vous par semaine : le 17 mars d’ores et déjà fixé par les organisations étudiantes et repris ici ou là par certaines structures syndicales. Puis donc le 24. Puis le 31 mars, date fixée dès avant le 9 mars par les confédérations syndicales CGT-FO-SUD, dans le but d’avoir un objectif lointain avec l’espoir que la colère retombe. Mais le temps passe et tout approche !

Que veulent faire de ces échéances les directions syndicales ? Et que vont-elles être amenées à faire en fonction des réactions dans les entreprises et les facs ? Des manifestations de rue à répétition, peut-être de plus en plus massives mais sans jamais de lendemain, histoire d’user les mécontents ? C’est le piège qu’il faudrait combattre. La confluence des colères a mené à un premier changement de situation et de climat avec le 9 mars. Nulle part, cependant, il n’y a la grève. Elle pourrait démarrer chez les cheminots, chez les étudiants… il le faudrait dans la foulée ailleurs aussi.

Une grève générale, et elle seule, même si elle devait immanquablement connaître des étapes préalables de préparation et de construction, pourrait faire rendre gorge à ce gouvernement et au patronat dont il est la représentation politique. Dans les milieux du pouvoir, économique et politique, on en parle et on la craint ! Attention au printemps ! « Mars c’est le mois de l’équinoxe et du début du printemps (…) la sève monte (…) il faut faire très attention à ces quatre semaines », aurait dit à Hollande un de ses proches, si l’on en croit le quotidien patronal Les Echos.

Mais cette grève générale, on en parle surtout dans les entreprises, les facs et lycées. Elle est dans bien des têtes, dans bien des conversations, de travailleurs et d’étudiants qui se répètent ce qu’ils savent, ou ignorent, des grèves du passé, en 1968, en 1995, en 2006 contre le CPE… Celles qui font figure de succès parce qu’il y avait du « tous ensemble » dans l’air. Un peu partout on se pose des problèmes politiques de changement de société, c’est confus mais profond. Et la meilleure préparation de la nécessaire épreuve de force commence par ces discussions, dans les cadres organisés mais les plus larges et démocratiques possibles d’un futur mouvement, par exemple dans des comités de mobilisation pour la grève générale dans les entreprises et les universités.

12 mars 2016, Michèle VERDIER

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