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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 104, mars-avril 2016 > Réfugiés

Réfugiés

Calais

L’hypocrisie de la raison d’État

Sous la boue, la vie

Mis en ligne le 20 mars 2016 Convergences Politique

Des réfugiés afghans, iraniens ou irakiens occupent des friches industrielles, des maisons vides ou des terrains vagues en attendant la traversée clandestine de la Manche en ferry. De l’autre côté de la mer, des parents, des amis les attendent. Là-bas, il leur sera plus facile de trouver un toit et un job, bref de faire leur vie. Une vie déjà largement passée sur les routes avant d’échouer près d’un port des côtes françaises de la Manche.

Le principal obstacle sur ce dernier tronçon de la route n’est pas la mer, mais la police française. En vertu d’accords signés avec la Grande-Bretagne, la France s’engage à les traquer et les refouler de la région de Calais. Le ministre de l’Économie Macron a d’ailleurs tenté un chantage minable envers le gouvernement Cameron : restez dans l’Union européenne (UE), ou bien nous ne retiendrons plus les migrants. Cazeneuve l’a vertement recadré : pas question de laisser croire aux migrants qu’ils pourront passer.

L’ordre de raser la moitié de la « jungle » était déjà entré en application. Mais ce que les bulldozers ont commencé à détruire lundi 29 février, c’est un véritable lieu de vie. Celui que les migrants ont réussi, avec beaucoup de difficultés, à mettre en place, pourvu de restaurants bon marché – 3 euros le repas, voire moins si vous êtes fauché –, de lieux de culte, de salons de coiffure et même d’une école ! 6 000 personnes vivaient là, certes les deux pieds dans la boue, mais moins mal que s’il leur avait fallu compter sur la seule générosité de l’État. Car du « legal center » dédié aux démarches juridiques aux cahutes individuelles, c’est d’abord l’aide des différentes associations de soutien qui a permis d’humaniser ce qui n’était qu’un marécage.

Cachez cette misère que je ne saurais voir...

Cazeneuve s’en tient strictement aux règles de la Forteresse Europe, notamment l’accord Dublin II. Ce dernier stipule qu’un migrant ne peut déposer de demande d’asile que dans un seul pays de l’UE : celui par lequel il est entré. Ainsi, un migrant voulant aller en Grande-Bretagne n’a d’autre choix que de rester clandestin en France. Alors qu’un million de Syriens sont arrivés dans l’Union en 2015, Valls et Hollande n’en ont accueilli que 5 000 cette année. On est loin des promesses de cet été – 24 000 personnes – pourtant déjà dérisoires face aux 5,5 millions de Syriens réfugiés dans le monde…

Les gouvernements européens préfèrent en fait tous marchander le sort de ceux-ci contre quelques milliards d’euros de subvention au gouvernement turc – en fermant les yeux sur la dérive autoritaire du président Erdoğan, sa répression contre les journalistes, sa guerre aux Kurdes – chargés de les contenir sur son sol.

La « jungle » de Calais est le fruit de cette politique attentatoire aux droits humains qui se répète depuis des années. Par le passé, les flics ont déjà détruit d’autres camps à Sangatte. Ils n’avaient fait qu’éparpiller pour un temps les migrants, qui sont revenus au point de passage le plus court, à moins de 40 kilomètres de l’Angleterre. Le gouvernement « socialiste » prétend agir avec humanité. Mais lorsque les flics chassent de leurs maisons des réfugiés qui s’y cramponnent comme à une bouée, la violence revient au galop. Et le relogement dans les Centres d’accueil et d’orientation répartis dans toute la France prend difficilement. Les migrants savent qu’on peut leur demander à l’entrée de ces foyers leurs empreintes digitales pour les identifier… adieu alors à la Grande-Bretagne. Une fois dispersés sur tout le territoire français, adieu aussi à la solidarité. Les préfectures qui les gèrent reprennent leurs habitudes : trois d’entre elles ont profité de l’occasion pour refouler des réfugiés de Calais vers l’Italie alors qu’on leur promettait l’accueil ici ! Quant à celle du Pas-de-Calais, elle s’ingénie à entraver la construction de baraquements respectant les normes de sécurité que mène le maire écologiste – et courageux – de Grande-Synthe pour vider un camp insalubre situé sur sa commune.

Liberté de circulation !

La France a largement les moyens d’accueillir plusieurs centaines de milliers de migrants sur son sol. Si elle ouvrait ses propres frontières, nul doute que ces derniers ne risqueraient plus leur vie dans le tunnel sous la Manche. D’autant que rien ne justifie de réserver aux habitants des pays riches – qui peuvent circuler presque partout dans le monde quand ils en ont les ressources – le droit de vivre où l’on veut.

12 mars 2016, Mathieu PARANT

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