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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 104, mars-avril 2016 > Loi travail, dégage !

Loi travail, dégage !

Politique des dirigeants syndicaux

Les derniers seront-ils les premiers ?

Mis en ligne le 20 mars 2016 Convergences Politique

Avant la manifestation du 9 mars, une atmosphère de mouvement social s’était déjà emparée du pays. Les commentateurs n’ont pas tardé à vanter les « nouvelles formes de mobilisation » : de la pétition signée plus d’un million de fois à l’événement facebook appelant à manifester et à se mettre en grève le 9 mars. C’est d’ailleurs avant la première démonstration de force dans la rue que le gouvernement a tenté d’éteindre l’incendie naissant en reportant de deux semaines la présentation du projet de loi en conseil des ministres.

Valse-hésitation dans les sommets syndicaux

Face à la colère qui s’exprimait dans les conversations et sur Internet, les directions syndicales ont tergiversé. Pas question pour elles de contribuer à réchauffer l’ambiance face à un gouvernement avec qui elles pratiquent un « dialogue social » assidu depuis 2012. Mais pas question non plus d’apparaître à la traîne d’un mouvement naissant.

Les 24 février, une intersyndicale regroupant neuf centrales a accouché d’un communiqué que même Libération a qualifié de « plutôt timide » et qui ne prévoyait aucune date de mobilisation. Ce cénacle ne demandait qu’une chose, le retrait du plafonnement des indemnités prud’homales pour licenciement abusif. Pour le reste, les centrales constataient « ensemble et à des degrés divers » que « ce projet comporte des risques » et ont convenu « de travailler ensemble (…) sur les autres articles du projet. » Plus froid, tu meurs.

Dès le lendemain, face à une bronca de ses organisations de base et sentant le climat se réchauffer dans les entreprises, la CGT annonçait qu’elle convoquait une intersyndicale restreinte le 3 mars, sans la CFDT, déjà ouvertement embarquée à négocier « le poids et la longueur des chaînes », et avançait l’idée d’une grève bien lointaine, le 31 mars. Entre-temps, la pétition en ligne recueillait des centaines de milliers de signatures et les appels à manifester le 9 mars prenaient de l’ampleur. Mais Martinez a mis plus de temps à retourner sa veste que Martine Aubry, experte en flexibilité puisqu’elle est responsable de l’annualisation du temps de travail qui avait accompagné la loi des 35 heures, cadeau empoisonné qui produit tous ses effets aujourd’hui, quand la loi Travail veut même aller plus loin en passant la modulation à trois ans.

Dans la même semaine, les socialistes de la direction de l’UNEF ont senti qu’ils pouvaient utiliser le mécontentement montant dans la jeunesse pour embarrasser leur petit camarade Premier ministre, Manuel Valls. Et d’appeler la jeunesse estudiantine à renforcer les cortèges du 9 mars. Ce n’est que le 2 mars que la direction de la CGT s’est ralliée officiellement à la manifestation du 9, bien après bon nombre de syndicats, d’unions départementales et de fédérations.

Cependant, pas question de renforcer un appel qu’elle n’avait pas elle-même lancée : la confédération CGT organise une diversion en proposant un rendez-vous de manifestation alternatif à Paris. Là où tout le monde se préparait à battre le pavé à 14 heures à la République, elle appelle à 12 h 30 devant le Medef.

Détermination à la base

Mais la marée était trop forte et bien des travailleurs, des jeunes, pour beaucoup isolés, d’autres en cortège, avaient décidé de rejoindre la République. Qu’à cela ne tienne, la confédération CGT a mobilisé camions sono et banderoles pour encadrer une bonne moitié du défilé qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes. Elle a ainsi réussi le tour de force d’apparaître à la tête d’une manifestation à laquelle elle n’avait pas appelé.

Si la direction de la CGT court après les manifestants pour se mettre à leur tête, ce n’est pas pour préparer l’explosion sociale, mais bien pour canaliser la colère vers un calendrier bien sage de négociations avec le gouvernement ponctué de journées d’action très encadrées.

Heureusement, bien des jeunes, des travailleurs et, à leurs côtés, de nombreux militants de base de la CGT sont déterminés à obtenir le retrait de la loi Travail pour changer le rapport de force face à un gouvernement et à un patronat qui se croient tout permis. À nouveau, des unions départementales CGT, des fédérations, comme celle de la métallurgie, ont appelé à la prochaine manifestation le 17 mars, à la barbe de la confédération qui se garde de le faire d’ores et déjà, ne voulant pas contribuer ainsi à amplifier le mouvement. Pour que ces efforts ne soient pas dévoyés par les directions syndicales, les travailleurs devront s’organiser eux-mêmes, à la base, avec l’aide des militants et responsables syndicaux déterminés, et se coordonner pour diriger leur mouvement, comme les étudiants ont commencé à le faire dans les assemblées générales, les comités de mobilisation et les coordinations locales et nationale. 

11 mars 2016, Raphaël PRESTON

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