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Loi travail, dégage !

Deux films, pour donner envie de changer les règles du jeu

Les luttes de classes en France… version vidéogag

Merci Patron !

Mis en ligne le 20 mars 2016 Convergences Culture

Oui, la lutte des classes n’est pas morte, c’est ce que filme François Ruffin dans son premier long métrage « Merci Patron ! ». Le journaliste et essayiste, auteur entre autres de La guerre des classes (2008), délaisse ici l’analyse pour la farce documentaire. Et c’est en effet jubilatoire.

Voici l’histoire. Jocelyne et Serge Klur vivent en Picardie avec 400 euros par mois depuis la perte de leur emploi dans l’usine ECCE à Boussac Saint-Frères, sous-traitant de LVMH, qui fabriquait les costumes Kenzo. Le couple est aux abois. Ruffin décide de les aider… en essayant de toucher le cœur de Bernard Arnault, pédégé du groupe de luxe et première fortune de France, revêtu d’un T-shirt « I love Bernard ». L’homme est aussi connu pour ses rachats de sociétés, dont celui de Boussac, un groupe textile qu’il annonce dans les années 1980 vouloir sauver mais finalement démantèle pour ne garder que la pépite Dior.

Accompagné de plusieurs ex-salariés d’ECCE, possesseurs chacun d’une action LVMH, il tente d’approcher Arnault lors d’une assemblée des actionnaires. Mais c’est l’échec. Ruffin tente alors autre chose : il propose aux Klur de réclamer un fort dédommagement ainsi qu’un CDI pour Serge dans le groupe. Sinon, campagne de presse. Et ça marche : devant une caméra cachée, les Klur reçoivent la visite du n°2 de la sécurité du groupe, ex-barbouze tout droit sorti d’un film d’Audiard…

Fortement inspiré de Roger et moi de Mickael Moore, le film prend alors une autre dimension. Car, à la faveur du canular, s’opère sous nos yeux une inversion du rapport de forces : le moustique affole l’éléphant et le met à genoux. La peur, l’espace d’un instant, a changé de camp. Et l’on commence à se dire que cet ordre social est beaucoup plus fragile qu’on ne le croit. À se demander, aussi, ce qu’il adviendrait si non plus un, mais cent voire des centaines de milliers de Klur s’y mettaient. Et décidés à obtenir autre chose que l’indemnisation de la misère.

« Leur faire peur », c’est bien l’axe de Ruffin qui, en guise de promo, s’est lancé dans une véritable tournée militante à travers le pays, aux côtés notamment de l’économiste Frédéric Lordon [1] et de l’ex-Continental Xavier Mathieu. Il s’agit pour lui de s’appuyer sur le succès explosif du film (salles combles dès les avant-premières, applaudissements) et sur l’enthousiasme subversif qu’il libère pour appeler à la mobilisation, à la convergence des mouvements existants, de Goodyear à Notre Dame-des-Landes… et à ce que la dernière loi scélérate de Valls-El Khomri pourrait déclencher !

Au moment où la colère contre la réforme du code du travail enfle, plus qu’à espérer que ça ne reste pas que du cinéma…

Agathe MALET


[1Sans rien enlever aux qualités et à la portée du film, dans le climat actuel d’exaspération populaire, il faut préciser que les réalisateurs et promoteurs du film, le journaliste François Ruffin et l’économiste/philosophe Frédéric Lordon, chacun à sa façon et dans son propre registre, défendent des positions dites « démondialistes », soit les prérogatives des Etats nationaux face à la libéralisation mondialisée. Frédéric Lordon théorise des positions nationalistes sur un terrain « économique » (mais les glissements sont ensuite faciles…), ce qui lui a valu des critiques de la gauche radicale et de l’extrême gauche. Les lecteurs intéressés peuvent s’y référer sur Internet. Nous citons entre autres deux articles de Frédéric Lordon : « Qui a peur de la démondialisation ? » (13 juin 2011) et « L’Europe est devenue un fétiche encombrant » (interview de mai 2014).

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