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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 32, mars-avril 2004 > DOSSIER : Après Jospin, Raffarin. De mal en pis, Bilan du gouvernement

DOSSIER : Après Jospin, Raffarin. De mal en pis, Bilan du gouvernement

Star-academy internationale : Chirac vedette, Bouygues impresario

Mis en ligne le 6 mars 2004 Convergences Politique

C’était en février 2003 : des millions de personnes manifestaient dans le monde, contre la décision américaine d’envahir l’Irak. Chirac, après avoir quelque peu tergiversé, faisait mine de tenir tête aux « va-t-en-guerre » de Washington, menaçant même d’un veto au Conseil de sécurité de l’ONU. C’est qu’en attaquant l’Irak, le gouvernement américain balayait au passage les intérêts des trusts français. Total bien sûr, mais aussi Renault, Alcatel et bien d’autres qui attendaient la levée de l’embargo pour réaliser des contrats déjà négociés avec le régime de Saddam Hussein. Quel intérêt, pour l’impérialisme français à « mettre les pieds dans cette m… », comme dit la chanson ?

Héros de la paix à Bagdad…

Mais de veto, il n’y a jamais eu. Le gouvernement français s’est bien gardé de dire que les arguments américains pour faire la guerre étaient des mensonges purs et simples. Il a voté à l’ONU les résolutions qui sommaient le régime irakien de faire la vérité sur son armement, de laisser inspecter toutes ses positions, de se désarmer avant l’attaque…

Et une fois la guerre commencée, Chirac regretta cette violation du « droit international » : il eût préféré une guerre de l’ONU, où il aurait eu son mot à dire, qu’une guerre américaine. Mais il s’empressa de souhaiter une rapide victoire de la coalition anglo-américaine. Comme la gauche française d’ailleurs. Pendant ce temps, des soldats français continuaient, et continuent toujours, de participer à l’occupation militaire de l’Afghanistan.

Voilà qui suffisait néanmoins à certains pour pressentir Chirac pour le prix Nobel de la paix.

…et shérif à Abidjan

Pendant qu’il se démarquait de la politique de Bush, Chirac menait sa petite guerre à lui, à la portée d’un impérialisme de seconde zone, sur ce qu’il considère encore comme ses terres, en Afrique.

Le 18 septembre 2002, le gouvernement ivoirien se trouvait face à une mutinerie à Abidjan. La Côte-d’Ivoire, l’une des chasses gardées de la France en Afrique, est l’une des plus riches en ressources de la zone, celle qui rapporte le plus de profits aux trusts français. Sans demander davantage l’autorisation de l’ONU que ne l’avait fait Bush, l’armée française s’y est rapidement déployée.

Sous le prétexte de protection des ressortissants européens, 2 500 soldats ont « sécurisé » les centres économiques les plus importants pour les groupes français (c’est-à-dire en ont pris le contrôle) : le port d’Abidjan et la zone de culture du cacao. Si les partisans de Gbagbo, par démagogie nationaliste, accusaient la France de les avoir empêchés de mater la rébellion et de maintenir la division du pays pour mieux le coloniser, force est de reconnaître que l’intervention rapide des troupes françaises avait d’abord empêché les rebelles de descendre sur Abidjan.

Le compromis qu’ont tenté d’arbitrer Chirac et Villepin à Marcoussis, où ils avaient convoqué des belligérants ivoiriens, à savoir un « gouvernement de réconciliation nationale », ne fonctionne toujours pas ! Et le contingent militaire français engagé dans les opérations est aujourd’hui de 4 500 hommes. Mais Chirac peut toujours se vanter d’avoir fait l’essentiel : défendre les positions économiques des Bouygues et autres Bolloré dans le pays, et évité que la guerre civile ivoirienne ne se propage dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest, que domine encore l’impérialisme français.

Le 5 février dernier, le président ivoirien Gbagbo a été accueilli par Chirac à l’Elysée, chaleureusement paraît-il. Il a attribué de gré à gré, sans appel d’offres concurrentielles, le terminal à conteneurs du port d’Abidjan à Bolloré, la prolongation des concessions pour la distribution de l’eau et de l’électricité à Bouygues, la construction d’un palais présidentiel à Yamassoukro à Vinci… Toujours ça que Bush et Halliburton n’auront pas !

Commis voyageur

Les 19 et 20 juillet 2002, Chirac est allé rendre visite à son ami Poutine dans une station balnéaire sur la mer Noire. La guerre en Tchétchénie battait toujours son plein. Mais qu’importe ? Le président français est revenu avec en poche un contrat de vente d’Airbus à la Russie pour un montant de 600 millions de dollars !

En mars 2003, au Sommet de la terre de Johannesburg, il a joué de la fibre « plus altermondialiste que moi, tu meurs ». Il prônait un « prélèvement de solidarité sur les richesses engendrées par la mondialisation » pour aider au développement des pays les plus pauvres, notamment pour « l’accès de tous à l’eau potable » ou « le développement des énergies renouvelables ». Vivendi, Edf, la Lyonnaise des eaux ou Areva rêvent déjà d’en récolter la mise.

Souvenir, souvenir

En juin, Chirac se faisait acclamer à Alger. Il prônait un « travail de mémoire » sur les liens historiques des deux pays et une « refondation » où TotalFinaElf, pourrait trouver son compte, puisque le trust détient une place privilégiée sur le marché du gaz algérien, et rêve de mettre la main sur la société algérienne des hydrocarbures, Sonatrach, dont le gouvernement algérien envisage la privatisation.

Quant aux jeunes qui l’acclamaient au cris de « des visas, des visas », Chirac a dû penser que Sarkozy se chargerait, s’ils viennent en France, du retour en charter.

Au Maroc, on se connaît si bien, point besoin de ronds de jambes : en octobre, les Pdg de Bouygues, Vivendi, Accor et Thalès étaient de l’escorte présidentielle.

…et amnésie

Et en janvier dernier, c’est le président chinois Hu Jintao qui est venu à Paris. Il a été reçu en frère : Chirac n’a-t-il pas été élu avec un pourcentage digne de la République Populaire de Chine ? Au menu : l’exceptionnelle croissance chinoise (celle de la misère d’un côté, des affaires de l’autre), une nouvelle centrale nucléaire, des hélicoptères et des avions. Les exportations françaises y ont, paraît-il augmenté de 40 % entre 2002 et 2003.

Les gouvernant français seraient bien mal placés pour reprocher Tien-an-men ou la condamnation à plusieurs années de prison de militants ouvriers chinois pour les manifestations ouvrières en 2002. Dans la ville de Liaoyang, pendant deux jours, plus de 100 000 ouvriers licenciés des entreprises d’Etat avaient manifesté pour demander leurs salaires et dénoncer la corruption. Les patrons français qui vont s’installer là-bas, feraient bien de se méfier !

Bernard RUDELLI

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