Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 70, septembre 2010 > DOSSIER : Chine, un capitalisme du XXI° siècle

DOSSIER : Chine, un capitalisme du XXI° siècle

Soixante ans de pouvoir dit « communiste »

Mis en ligne le 23 septembre 2010 Convergences Monde

Mais d’où vient donc ce pouvoir, formidable machine à développer le capitalisme sous une dictature féroce, tout en se prétendant toujours communiste ?

En 1949, la guerre civile opposant le Parti Communiste chinois (PCC) de Mao Zedong et le parti nationaliste Guomindang de Chiang Kaï-chek prend fin. Mao proclame, le 1er octobre à Pékin la République Populaire de Chine. C’est la fondation du régime encore en place aujourd’hui.

Bien que le marxime-léninisme, la lutte des classes, soient toujours les références de la Constitution chinoise et du programme officiel du parti dirigeant, le PCC était, bien avant 1949, autre chose que le parti communiste révolutionnaire implanté dans la classe ouvrière qu’il fut à sa naissance en 1921. Il est devenu essentiellement un parti nationaliste ayant cherché à remettre le pays sur la voie d’un développement, à restaurer la place de la Chine, cet ancien empire devenu pays soumis aux puissances impérialistes. Il a conquis le pouvoir à partir des campagnes, la classe ouvrière a été soigneusement tenue à l’écart. Le PC chinois s’est avéré plus déterminé que son adversaire le Guomindang à restaurer un État chinois unifié, capable de maintenir un certain rapport de force avec les puissances impérialistes et de jeter les bases d’un développement économique. Et, soixante ans plus tard, on peut dire avec un certain succès.

Mao et la bourgeoisie « patriote »...

À son arrivée au pouvoir, le PCC avait clairement expliqué que son but réel n’était pas le renversement du capitalisme. Le nouveau régime était présenté en 1949 comme une « démocratie nouvelle », basée sur une alliance de quatre classes : classe ouvrière, paysannerie, petite bourgeoisie et bourgeoisie nationale (ou « capitalistes patriotes »), représentées sur le nouveau drapeau par quatre étoiles. Les quatre étoiles symbolisaient l’unité nationale autour d’une cinquième étoile plus grande... le Parti Communiste. Étrange drapeau « communiste » qui met sur le même plan bourgeois et ouvriers !

Mais le pays sortait de deux guerres, celle contre le Japon et la guerre civile. Le pays était exsangue, désorganisé. Nombre de capitalistes chinois avaient déjà fui pour Hong Kong ou d’autres cieux plus favorables aux affaires et, malgré les promesses communistes, les bourgeois demeuraient méfiants face au nouveau régime. En fait, le régime de Chiang Kaï-chek avait déjà nationalisé de larges parts de l’économie. Même ce nationaliste clairement au service de la bourgeoisie avait eu du mal à obtenir la collaboration de celle-ci et il se plaignait des « tigres spéculateurs qui vivent du sang des hommes ». Le nouveau régime « communiste » se retrouva de fait, malgré ses tentatives, avec une classe hostile, pas disposée à s’inscrire dans les projets économiques des nouveaux maîtres du pays.

Une nationalisation à reculons

Ce n’est qu’en 1956 que l’État chinois a procédé à la nationalisation systématique de l’industrie et du commerce de gros, entamant ainsi une période où l’essentiel de l’économie chinoise était aux mains de l’État. Mais l’État de Mao a tenu à compenser les nationalisations. Les patrons qui le souhaitaient, et qui acceptaient les directives du Parti, pouvaient s’intégrer dans la nouvelle administration et rester à la direction de leur entreprise nationalisée. Par ailleurs, les actionnaires bénéficiaient d’une rente, qui permit à d’anciens propriétaires de garder un mode de vie bourgeois, avec grandes demeures, voitures de luxes et collections d’art pendant plusieurs années encore, grâce aux dividendes versés par le régime « communiste ». On comptait en 1966, au début de la Révolution culturelle, 300 000 bénéficiaires d’indemnités. « Le capitalisme est mort, les capitalistes survivent » résume l’historienne Marie-Claire Bergère.

Du « grand bond en avant » à la « révolution culturelle »

Dès sa naissance, le régime de la Chine « populaire » annonçait la couleur : un régime prenant des mesures radicales pour en finir avec la société féodale d’autrefois, en instituant l’égalité juridique entre hommes et femmes et autorisant le divorce, en appliquant la réforme agraire, en prenant en charge l’économie pour sortir le pays du sous-développement. En même temps, ce régime a toujours été une dictature, sur laquellle les paysans et les ouvriers n’ont jamais eu aucun contrôle. Même les réformes favorables aux plus pauvres, comme la réforme agraire, ont été menées par en haut dès 1949. Pas question de tolérer une organisation des paysans ou des ouvriers en dehors des structures du parti au pouvoir.

Ce qui a eu des conséquences catastrophiques comme lors du « Grand Bond en avant » à la fin des années 1950. Il s’agissait alors d’organiser la vie des campagnes autour de « Communes populaires », qui devaient être autonomes, assurant y compris leur propre production industrielle. Une réforme qui a tourné au cauchemar quand elle a signifié une désorganisation de la production rurale menant à une famine catastrophique. Imposée par en haut, la réforme a perduré jusqu’à ce que, du sommet de l’État, vienne enfin la décision de faire machine arrière.

Après la catastrophe du Grand Bond en avant, qui a provoqué des dizaines de millions de morts en Chine, Mao a lancé en 1966 la « Révolution culturelle ». Derrière une apparence de radicalisme, il s’agissait de mettre au pas la population, en particulier celle des villes, pour qu’elle accepte de consacrer toutes ses forces au développement du pays et à la défense du régime. Accepter de travailler pour des salaires bas, toujours plus longtemps, plus dur, se plier aux mots d’ordre du président Mao, c’était l’attitude attendue, toute contestation étant assimilée à de l’individualisme « bourgeois », « réactionnaire ». Mao profita aussi de la Révolution culturelle pour remettre au pas, voire éliminer, ceux qui au sein du PC chinois lui reprochaient l’échec du « Grand bond en avant ».

Le retour de la Chine sur la scène mondiale

Les deux premières décennies du régime avaient été surtout marquées par l’isolement de la Chine, avec une économie en quasi-autarcie. Un isolement forcé. Les États-Unis avaient misé sur le Guomindang et, après 1949, avaient coupé toute relation diplomatique et commerciale avec la Chine continentale, espérant provoquer la chute du régime communiste. L’Union Soviétique avait, certes, dans les premières années du régime, été un allié de la Chine de Mao. Mais les dirigeants soviétiques se méfiaient des dirigeants chinois qu’ils ne contrôlaient pas. Ceux-ci étaient arrivés au pouvoir de leur propre chef, en menant leur propre politique, y compris contre l’avis des conseillers soviétiques. Très vite, les tensions montèrent entre Chine et URSS. La rupture devint officielle en 1962. Les maoïstes dénoncèrent avec virulence le « social-impérialisme » soviétique, plus fortement même que les puissances impérialistes.

Un tournant dans les relations entre États-Unis et Chine eut lieu au début des années 1970. Il se manifesta par la spectaculaire visite de Nixon à Pékin en 1972, alors que la guerre du Vietnam n’était pas achevée. L’année précédente, la Chine populaire avait récupéré le siège de la Chine à l’ONU, auparavant attribué à Taiwan, considérée pendant 22 ans comme le vrai gouvernement chinois.

Ce retour de la Chine sur la scène internationale préfigurait le retour de l’économie chinoise au sein du marché mondial. Après la mort de Mao, en 1976, Deng Xiaoping mit en œuvre une succession de mesures de libéralisation économique, d’abord à la campagne, ainsi que la création de zones économiques spéciales. Des réformes qui en ont appelé d’autres, ce qui a mené à la situation que nous connaissons.

La Chine Populaire se sentait plus forte. La Chine qui se faisait auparavant mettre en déroute par le Japon avait repris une certaine stature internationale. L’étatisme avait amené un certain développement économique, en particulier dans l’industrie. L’analphabétisme avait considérablement reculé. Le pays avait été le cinquième au monde à se doter de l’arme nucléaire, en 1964. Le régime se sentait en mesure d’ouvrir ses portes aux investissements étrangers tout en conservant un contrôle certain pour ne pas retomber à la situation de semi-colonie. De l’autre côté, les États-Unis avaient pu apprécier le fait que le nouveau régime faisait preuve d’une certaine stabilité et pouvait devenir garant d’un certain ordre dans la région. La Chine populaire s’était imposée comme incontournable, mieux valait traiter directement avec elle que d’espérer un effondrement qui ne venait pas. S’allier à la Chine signifiait aussi alors pour les États-Unis s’allier à un ennemi de l’URSS.

Les capitalistes reviennent, la dictature reste

Le développement du capitalisme et de la bourgeoisie, avec lesquels la Chine avait renoué après ce qui ne fut finalement qu’une brève parenthèse, ne changea pas fondamentalement la nature du régime chinois. Toujours un régime nationaliste, c’est-à-dire bourgeois... et toujours une dictature féroce.

La répression violente de la mobilisation étudiante en 1989 en a été une démonstration devant le pays entier. Cette répression, par les chars place Tian’anmen, a fait certainement plus de 2 000 morts. Et, les années qui ont suivi, la persécution des opposants a redoublé. Une façon de rappeler à la population qu’il ne faut pas contester l’autorité du parti dirigeant. Une répression qui s’abat aujourd’hui aussi bien sur les intellectuels contestataires que sur les travailleurs en lutte, les paysans ou les minorités nationales. Une répression qui, au-delà des usuelles protestations de principe, ne dérange aucunement les grands de ce monde, bien au contraire.

Michel CHARVET

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article