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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 70, septembre 2010 > DOSSIER : Chine, un capitalisme du XXI° siècle

DOSSIER : Chine, un capitalisme du XXI° siècle

La Chine va-t-elle dominer le monde ?

Mis en ligne le 23 septembre 2010 Convergences Monde

À en croire les articles qui émaillent la presse, la Chine sera bientôt une « superpuissance ». Après le G7 devenu G8, puis le G20, ce serait finalement un G2 Chine-Amérique qui présiderait au destin du monde. Pourtant, si la Chine est devenue un acteur économique de premier plan, le rôle politique qu’elle peut jouer est à nuancer.

Premier enjeu : le contrôle des matières premières

Pour devenir une puissance dominante, il ne suffit pas d’afficher une croissance record – le Japon en est un contre-exemple. Par rapport au Japon, la Chine a cependant l’avantage de sa taille (1,3 milliard d’habitants) et, par rapport à l’Inde, celui d’un État centralisé avec une vraie politique de développement. Mais l’économie chinoise reste très dépendante de l’extérieur. Pour développer son économie et rivaliser avec les États-Unis, la Chine doit élargir les débouchés pour ses marchandises, pour ses capitaux et assurer son approvisionnement en matières premières. Mais elle n’a ni chasse gardée, ni zone d’influence.

Bien sûr, les États dits « du Sud » sont attirés par les prêts faciles et les infrastructures chinoises à bas coût. Si le Nigeria, grand exportateur de pétrole, doit importer son carburant faute de raffinage, le gouvernement chinois s’engage à installer pour 23 milliards de dollars en raffineries et autres infrastructures pétrolières... comptant se voir attribuer un sixième des réserves pétrolières du pays. Si l’Asie centrale est enclavée, la Chine construit un gazoduc reliant le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan à l’Ouest chinois, abolissant le monopole russe sur les exportations de la région. En troquant aides, prêts à taux zéro, armes et infrastructures contre pétrole et matières premières, le gouvernement chinois s’attire la sympathie de dirigeants habitués aux récriminations du FMI et au pillage en règle, sans développement national, de leurs matières premières par les Occidentaux. L’entrée en jeu de la Chine a ouvert une marge de manœuvre pour contester les diktats du FMI et des puissances occidentales. Mais on reste loin des années 1950-1960 quand Cuba et d’autres jouaient l’URSS contre les États-Unis. La Chine est encore loin de concurrencer l’emprise politique et militaire occidentale. Le partenariat économique avec la Chine intéresse tant que contrats juteux et dessous de table continuent, mais USA et Europe restent les plus gros clients, ce sont eux qui peuvent faire et défaire des régimes et l’armée chinoise n’a pas une capacité à mettre au pas des États récalcitrants comme l’ont fait les États-Unis en Irak et en Afghanistan. Car, malgré les difficultés pour les armées d’occupation, les USA y ont bel et bien rétabli leur domination politique et ce sont eux désormais qui président à l’attribution des champs pétroliers irakiens. Au final, si la Chine devenait trop envahissante, la pression américaine pourrait fortement affaiblir son approvisionnement.

La dépendance chinoise concerne ainsi les hydrocarbures, mais aussi les minerais, le bois, le coton et même les technologies, puisque les produits semi-finis viennent principalement du Japon, grand allié des États-Unis. De même, les routes maritimes sont largement sous contrôle américain, malgré le souci chinois de s’assurer des facilités d’accès dans une série de ports de l’Océan indien, au besoin en aidant à la construction des installations (c’est la « stratégie du collier de perles »). En bref, l’hégémonie chinoise n’est pas pour demain et il faudrait un énorme bouleversement des rapports de force politiques et militaires pour que la Chine domine le monde...

La dépendance mutuelle Chine-Amérique : réelle ou chimérique ?

Pour certains analystes, les rivalités Chine-Amérique seraient désamorcées par la symbiose entre leurs deux économies. Comprenons : les Américains consomment les produits chinois, les Chinois épargnent le revenu des exportations et l’investissent dans la dette américaine, la dette américaine alimente la consommation des Américains et la boucle est bouclée. En quelque sorte, les Chinois travaillent pour que les Américains consomment et tout le monde serait gagnant. Le capitalisme a sa logique bien à lui... Et effectivement, jusque là, ce système tourne. L’excédent commercial avec les États-Unis a permis à la Banque centrale chinoise d’accumuler 2 400 milliards de dollars en réserves de change, dont deux tiers en dollars et 895 milliards en bons du Trésor américains. Ainsi, la Chine finance 23 % de la dette extérieure publique américaine.

Mais plusieurs failles peuvent se présenter dans ce « cercle vertueux ». L’une s’appelle la crise : les Américains ne consomment plus autant. Les produits chinois, moins chers, ne sont pas forcément les premiers touchés, mais cela risque justement de renforcer des réflexes protectionnistes et donc les tensions entre pays. Et cela a déjà commencé avec la bataille autour du yuan [1].

Ensuite, la Chine consacre son excédent de capital à la dette américaine, mais cette position de rentier n’est pas celle d’une puissance capitaliste à l’offensive et il se pourrait que l’attitude de la Chine évolue. Ce qui fait une puissance dominante, c’est sa capacité à capter la richesse à la source, c’est-à-dire à exploiter les travailleurs du monde. Pour le moment, il n’y a qu’en Afrique qu’elle s’aventure à implanter ses entreprises, par la voie des émigrés. (Voir La Chine en Afrique : une nouvelle colonisation ?)

À ce jour, la Chine n’a pas lancé son capital à l’assaut du monde. Il y a eu quelques rachats symboliques (division PC d’IBM, Volvo), mais essentiellement dans un but de rapatriement technologique. La plus grande acquisition à l’étranger pour une compagnie chinoise a été le rachat par China national petroleum corporation de PetroKazakhstan, une entreprise pétrolière canadienne opérant au Kazakhstan, pour 4,2 milliards de dollars. On est loin des fusions de type Sanofi-Aventis à 55 milliards d’euros. Pourtant, quand il le voudra, l’État chinois aura une vraie force de frappe : avec ses seules réserves, la Banque populaire de Chine pourrait acheter deux fois le CAC 40. Mais alors la réaction des puissances occidentales ne serait plus pacifique. Déjà en 2005, la CNOOC, troisième compagnie pétrolière chinoise, avait tenté d’acquérir Unocal, pétrolier californien, pour s’ouvrir aux réserves américaines. Le tollé a été immédiat et la Chambre des représentants a adopté une résolution par 398 voix contre 15 dénonçant une menace pour la sécurité intérieure des États-Unis. Prudente, la CNOOC avait alors reculé.

Vers une Troisième Guerre mondiale ?

Jusque-là, les dirigeants chinois se gardent bien d’afficher une ambition hégémonique. Les discours officiels portent plutôt l’idée d’un monde multipolaire (ce qui est malgré tout une contestation de la place des USA). Pendant longtemps, la diplomatie chinoise a suivi la doctrine de Deng Xiaoping : rester dans l’ombre et se concentrer sur le développement intérieur. Mais la ligne évolue. À son arrivée au pouvoir en 2003, l’actuel président Hu Jintao, a mis en avant le mot d’ordre d’une « ascension pacifique ». Face à l’opposition d’une fraction du Parti Communiste hostile à un tel affichage, il a dû le remplacer par la formule moins offensive de « développement pacifique ». Mais l’idée est là et, au fil des grandes messes internationales, du G20 au sommet de Copenhague, le gouvernement chinois s’affirme et cherche à peser dans le règlement des affaires internationales. À l’ONU, il se veut la voix des pays en développement, s’appuyant sur sa position de membre permanent du Conseil de sécurité et sur son droit de veto.

Le gouvernement chinois n’a pas décidé de se lancer dans une course aux armements. Sans doute car il pense ne pas être en mesure de gagner et qu’il est trop conscient que cette politique avait accéléré l’effondrement du régime soviétique. Certes, il lui est arrivé de tester la réaction américaine à propos de Taïwan [2], mais sans aller bien loin. Bien sûr, les dirigeants chinois entendent bien faire de la Chine l’une des premières puissances militaires, mais c’est dans l’ombre qu’ils modernisent leur armée. Ainsi, avec 2,3 millions d’hommes, l’armée populaire de libération (APL) est la plus grande du monde et son budget, en constante augmentation, est le deuxième, loin derrière les États-Unis. Il est difficile de mesurer l’efficacité de l’APL car, depuis l’offensive contre le Vietnam en 1979, elle n’a pas combattu... si ce n’est contre la population chinoise elle-même. Son retard technologique pèse, elle est peu expérimentée et sa capacité de projection est faible, ce qui l’empêche d’intervenir sur l’ensemble du globe et donc de s’affronter aux États-Unis. Quoi qu’il en soit, pour le moment, les dirigeants chinois privilégient les moyens diplomatiques dans la gestion des crises et agissent en État « responsable ». À moins d’événements imprévus ou d’un contexte économique radicalement bouleversé par une nouvelle dimension de la crise, une guerre mondiale n’est pas actuellement du domaine prévisible.

Maurice SPIRZ


[1Les États-Unis et l’Union européenne reprochent à la Chine de maintenir un cours du yuan artificiellement bas par rapport au dollar. En fait, le yuan est une monnaie inconvertible, c’est-à-dire que seule la banque centrale chinoise peut en délivrer contre des dollars, ce qui lui permet en partie de décider de son cours. Avec une monnaie sous-évaluée, les produits chinois paraissent moins chers à l’étranger, car un même prix en yuan équivaut à moins de dollars que pour un taux de change jugé « normal ». Cela dit, suite à l’équilibrage de la balance commerciale entre la Chine et l’Union européenne avec la crise, certains économistes remettent en cause l’idée que le yuan soit sous-évalué.

[2Taïwan, officiellement République de Chine, fut le dernier refuge du gouvernement nationaliste de Chiang Kaï-chek en 1949. Sous protection américaine, elle est autonome de facto, mais ne s’est jamais déclarée indépendante. Elle a longtemps siégé à l’ONU pour toute la Chine, avant d’être écartée en 1971 pour un représentant de la République populaire de Chine. Officiellement, la Chine revendique toujours la souveraineté sur Taïwan, mais, depuis quelques années, les gouvernements chinois et américains se sont tacitement entendus pour le statu quo.

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