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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 70, septembre 2010

Ce n’est pas la « gauche politique et syndicale » que Sarkozy a le plus à craindre

Mis en ligne le 23 septembre 2010 Convergences Politique

Tous les leaders de la gauche se sont affichés en tête des cortèges des manifestations du 7 septembre et se retrouvent dans les divers meetings unitaires de défense des retraites. Mais unitaires sur quoi, pour défendre quoi ? Quand toute une partie d’entre eux, ceux du Parti socialiste en tête, expliquent, comme le gouvernement, qu’il y aurait un vrai problème des retraites, que la réforme serait nécessaire, mais qu’il faudrait seulement qu’elle soit moins « injuste ».

Le PS et la liberté de prendre une retraite de misère

De Benoît Hamon à Ségolène Royal en passant par Martine Aubry, tous ses leaders l’ont désormais juré-craché : si le PS revient au pouvoir en 2012, il rétablira la retraite à 60 ans. La promesse sonne bien pour tenter de capitaliser la colère d’aujourd’hui du monde du travail en vue de l’élection de 2012. Elle sonne bien aussi pour endormir. Ségolène Royal ne s’en est pas privée à l’émission À vous de juger : « Si le gouvernement ne recule pas, c’est en 2012 qu’il faudra le faire reculer (...) n’ayez pas peur, ne fuyez pas vers l’assurance privée (…) Nous vous garantirons un avenir certain en terme de retraites ». Peu importe de perdre la bataille, il suffira de bien voter dans deux ans.

On sait ce que valent les promesses électorales du PS (au point que Fillon s’est payé le plaisir facile d’ironiser à ce sujet). Mais même si celle-ci était pour une fois respectée, ça ne changerait quasiment rien à la réforme que le gouvernement veut mettre ne place. Car ce n’est pas de la retraite à 60 ans avec une pension complète dont parle le PS, mais de la « liberté » de prendre sa retraite à 60 ans. À quel prix ? Le PS n’a cessé d’affirmer qu’il était partisan de l’allongement de la durée de cotisation nécessaire pour avoir une pleine retraite, et même que celle-ci devrait être revue périodiquement en fonction le l’allongement de l’espérance de vie. Avec 41 ans de cotisation nécessaire dès 2012, 41,5 voire plus ensuite, la liberté ne sera que de travailler jusqu’à 65 ans ou plus, ou de vivre dans la misère. Et encore si ce n’est pas le patron qui choisit à votre place, en vous mettant avant l’âge au chômage sans espoir de retrouver du travail.

Front uni, version Front de gauche

Peu importe, il faut que la gauche reste unie, nous expliquent les leaders du Front de gauche, même s’ils marquent – très prudemment –, leurs différences d’avec le PS. Comme le dit Jean-Luc Mélenchon : « nous avons décidé de faire semblant de croire qu’ils (les socialistes) sont d’accord avec nous et nous sommes parfaitement conscients du fait que ce n’est pas le cas. (…) Mais qu’est-ce que ça nous donnerait de commencer à nous disputer aujourd’hui, ça affaiblirait le front ». Peut-être se prépare-t-il aussi à faire semblant, en cas de victoire de la gauche en 2012, d’être d’accord avec Aubry, Royal ou Strauss-Kahn pour être ministre, comme il fut ministre de Jospin.

Ce qui renforcerait le front des travailleurs ce serait bien au contraire de donner à la bataille d’aujourd’hui des objectifs clairs, non seulement les 60 ans mais aussi le retour aux 37,5 annuités sans lequel la pleine retraite à 60 ans est un mythe, préparer cette lutte d’ensemble qui, en paralysant le pays, serait la seule façon de faire reculer patronat et gouvernement.

Le nouveau secrétaire général du PCF, Pierre Laurent, a lui aussi, à la fête de l’Humanité, souligné ses différences, critiquant les ambiguïtés et contradictions des leaders socialistes : « si demain on gouverne, il faudra dire ce que l’on fait ». Il faut, dit-il, « revenir sur la réforme de 2003 (…) renforcer le système par répartition en élargissant l’assiette de cotisation patronale aux profits financiers ». Tout ça… pour 2012. Si le PS gagne. S’il veut bien.

Car pour aujourd’hui, si le PCF affirme se mettre entièrement au service de la bataille des retraites, celle-ci n’est pas vraiment de son ressort : c’est aux syndicats de s’en charger. « Faut pas mégoter mais leur faire confiance », expliquait-il à la fête de L’Humanité. Ils font leur boulot, « et même très bien », comme ils l’ont fait, selon lui, lors du CPE en 2006.

Curieuse réécriture, soit dit en passant, de la lutte contre le CPE, retiré alors que la loi était déjà définitivement adoptée. Car si les syndicats s’étaient alors mis dans la bataille et sentis obligés d’appeler à plusieurs manifestations, c’est parce que des milliers de jeunes, sans attendre aucune consigne syndicale étaient entrés en lutte, déferlaient dans les rues, allaient de fac en fac, de lycée en lycée et avaient attiré la sympathie du monde du travail. Quant à l’unité de la gauche, partis et syndicats, elle n’avait fait que courir derrière un mouvement qui se développait indépendamment d’elle, même si le PS, voyant les dividendes politiques qu’il pouvait en tirer face à la droite, avait lancé ses leaders étudiants dans la bataille.

Des syndicats de négociation et de dialogue

Vis-à-vis des directions syndicales, mieux vaut « mégoter » notre confiance et nous efforcer de les devancer plutôt que de tout attendre d’elles. D’abord parce que sur le fond elles sont loin d’être totalement opposées au projet de réforme des retraites du gouvernement.

La CFDT moins que tous : elle reste attachée à son propre projet de réforme, différent mais pas plus enviable que celui du gouvernement Fillon. Elle vient de le réaffirmer en lançant une tribune-pétition, publiée dans Le Monde du 9 septembre et co-signée par Chérèque et un certain nombre d’économistes ou sociologues. « L’avenir de notre système de retraites nous invite à engager une réforme globale (…) Le nouveau système devra prendre en compte l’augmentation progressive de l’espérance de vie, à la fois par l’augmentation de la durée de cotisation et, si nécessaire, des taux de cotisation », proclame ce texte. Mais décidée, à la différence de 2003, à ne pas signer seule avec le gouvernement, la CFDT reproche surtout à celui-ci son absence de dialogue.

C’est aussi l’absence de dialogue que Bernard Thibault reproche au gouvernement, même si sa confédération affirme refuser tout allongement de l’âge et la durée de cotisation, mais pas forcément du montant des cotisations, pourvu que le patronat fasse aussi un effort financier de son côté. Il se garde bien de demander le retrait de la réforme, juste sa rediscussion. « Plus l’intransigeance dominera, plus l’idée de grèves reconductibles gagnera les esprits », prévient-il dans une interview au journal Le Monde du 10 septembre. En clair, que le gouvernement fasse des concessions, qu’il ouvre enfin de vraies négociations, sinon on ne pourra plus les retenir, ces travailleurs qui ont répondu si nombreux à l’appel à la grève et aux manifestations du 7, ces militants CGT qui caressent déjà l’idée de grèves reconductible, de grève générale ou mettent sur leurs pancartes le retour aux 37,5 annuités qui ne fait plus partie des revendications de la confédération.

Et c’est bien le souci de Bernard Thibault, comme de François Chérèque, de se poser en dirigeants syndicaux « responsables », interlocuteurs du pouvoir, qui expliquent leur volonté de mesurer les appels à manifester, de cadrer les échéances de la mobilisation en fonction des échéances parlementaires, des demandes de dialogue ou des petits gestes qu’ils pourraient espérer du gouvernement et qui leur permettraient de parle « d’avancées ». Après le 7 septembre, une petite mobilisation le 15, pour marquer la fin du débat parlementaire et une nouvelle grande journée le 23, au moment du débat au Sénat, qui, serait-elle un peu plus largement suivie, risque de n’être qu’une simple réédition du 7. Pour récidiver jusqu’à usure ? Là encore le souci d’unité à bon dos pour permettre à ceux qui ont la base la plus radicale, notamment la CGT, de se réfugier derrière la modération de la CFDT.

Préparer l’explosion sociale

Le problème n’est d’ailleurs pas tant le délai entre les deux grandes mobilisations de ce mois de septembre, un peu plus de 15 jours entre le 7 et le 23, trop long aux yeux de tous ceux qui, après le succès du 7, voulaient « battre le fer tant qu’il est chaud » selon l’expression de la dirigeante de SUD, Annick Coupé, mais qui pouvait apparaître à d’autres militants comme donnant le temps de mobiliser plus largement que le 7. Le problème c’est l’absence de perspectives, d’une volonté affichée de faire grandir la mobilisation pour aller vers cette grève générale nécessaire pour faire ravaler au gouvernement son projet. Celle que Thibault menace le gouvernement de ne plus pouvoir éviter, si celui-ci maintient son intransigeance.

Et s’il ne pouvait pas l’éviter. Si les travailleurs, y compris en se saisissant des prochaines journées d’action prévues, décidaient d’aller plus loin ? Si dans un secteur, ou dans quelques entreprises importantes les travailleurs se mettaient en grève, s’adressaient aux autres, devenaient contagieux ? Pas seulement sur les retraites, mais sur les suppressions d’emplois et licenciements, sur les salaires, tant tout le monde sent bien que c’est à une offensive d’ensemble du patronat que nous avons à nous opposer. Avec l’aide ou à l’initiative de militants qui sont plus à l’écoute des aspirations de leurs camarades de travail que des consignes de leurs confédérations. Aucun des mouvements les plus importants, aucune grève générale, qui ont rabaissé leur caquet à des gouvernants qui se disaient « droits dans leurs bottes » et qui ont fait plier le patronat ne se sont déclenchés autrement.

13 septembre 2010

Olivier BELIN

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