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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 70, septembre 2010 > DOSSIER : Chine, un capitalisme du XXI° siècle

DOSSIER : Chine, un capitalisme du XXI° siècle

Avant la Chine, il y eut le Japon

Mis en ligne le 23 septembre 2010 Convergences Monde

Aujourd’hui, le monde s’extasie devant le « miracle » chinois et « l’invasion » de ses produits dans le monde. Pourtant, la Chine n’est pas le premier pays d’Asie à avoir affolé les prédicateurs, qu’ils soient économistes ou journalistes.

Il était une fois dans l’Est...

En son temps, le Japon a lui aussi connu une croissance spectaculaire et une industrialisation rapide, jusqu’à se hisser, dès 1968, au rang de deuxième économie mondiale. La stratégie de l’État japonais a été simple : copier les produits occidentaux, acquérir leur technologie en achetant des brevets, protéger le marché intérieur et subventionner des grandes entreprises pour initier l’industrialisation, tout en investissant massivement dans la R&D (recherche et développement) et en évoluant vers des produits de plus en plus haut de gamme.

Le Japon est ainsi devenu une puissance industrielle exportant des biens de haute technologie (automobile, électronique, construction navale, etc.) et à la pointe de l’innovation. Dans les années 1980, devant le « miracle » japonais, les journaux célébraient un challenger face aux USA. D’autant que le Japon ne faisait pas qu’exporter. Les revenus des exportations lui ont donné une puissance financière. Celle-ci a alimenté, dès la fin des années 1980, la dette américaine croissante, mais elle a aussi servi au rachat de symboles de la puissance américaine par les entreprises japonaises. C’est le cas, par exemple, de Rockefeller Group par Mitstubishi ou de CBS Records, major de l’industrie du disque, par Sony. Les entreprises japonaises ont également exporté leur capital en implantant des usines partout dans le monde : Toyota, Sony, Bridgestone et d’autres ont des usines en France et ailleurs.

Pourtant, la croissance folle s’est arrêtée brusquement en 1990 : effondrement de la bourse et de l’immobilier, faillites bancaires, l’emballement lié aux succès des produits japonais a engendré une surcapacité. Le chômage a doublé et la croissance s’est grippée. Il aura fallu attendre plus de dix ans et autant de plans de relance pour que l’économie redémarre – pour beaucoup grâce au marché chinois –, mais sans les taux de croissance hors norme bel et bien révolus.

Aujourd’hui, le Japon reste une puissance économique. Elle n’a pratiquement pas d’armée, conséquence de sa défaite dans la Deuxième Guerre mondiale, et, sur le plan politique, dans les décisions mondiales, dans le contrôle des ressources, l’État japonais reste très dépendant des États-Unis. Preuve que pour concurrencer les États-Unis dans les rapports de force internationaux, il ne suffit pas d’afficher un fort taux de croissance et un gros PIB.

Au tour de la Chine

Par tout un tas d’aspects, la Chine prend la même voie que le Japon. Le gouvernement chinois tente d’acquérir des technologies, bien que la méthode diffère : il n’achète pas des brevets, mais ouvre son territoire aux entreprises occidentales avec pour condition des transferts de technologie. Depuis peu, il achète aussi des entreprises étrangères pour en rapatrier le savoir-faire, comme Volvo, acheté par le constructeur chinois Geely en mars 2010.

Si elle fait des progrès dans certains secteurs, la Chine a un bilan qui reste mitigé. Le cap de l’innovation, franchi par le Japon, est encore loin. Même l’envoi en orbite d’un cosmonaute, en 2003, censé montrer les progrès de la technique chinoise, a été réalisé par une adaptation d’un vieux modèle de fusée soviétique. Et, quand l’avion chinois C919 doit rivaliser avec les Airbus A320 et Boeing 737... ce sont les français Snecma et américain General Electric qui fournissent le moteur. Pourtant, les atouts ne manquent pas : des centaines de milliers d’ingénieurs sortent chaque année des universités chinoises. Mais, si l’investissement en R&D grossit, il est encore proportionnellement faible par rapport à celui des États-Unis et du Japon, et uniquement orienté vers la recherche industrielle sans recherche fondamentale. Il sera difficile de rattraper le retard en avançant moins vite.

L’Asie : une zone de production intégrée

Au final, les sociétés de haute technologie installées en Chine réalisent surtout l’assemblage, tandis que les composants électroniques et les machines-outils viennent principalement du Japon. En fait, c’est l’ensemble de l’Asie orientale qui est organisée dans cette division régionale du travail : le Japon et les NPIA [1] produisent les biens intermédiaires, tandis que la Chine et les autres pays du Sud-Est importent, assemblent et exportent vers l’Europe et les États-Unis. Ainsi, 60 % des échanges au sein de la région concernent des produits semi-finis. Et ces échanges ne cessent de s’intensifier, créant une interdépendance entre pays asiatiques.

Depuis la crise asiatique de 1997, qui a révélé cette dépendance, les États de l’Asie Pacifique ont conclu 103 accords bilatéraux de libre-échange pour renforcer la zone face aux fluctuations des capitaux étrangers et faciliter la stratégie régionale de leurs entreprises. Mais la cohérence d’ensemble manque. Chine et Japon font la course pour l’organiser et ainsi se poser en leader régional. La Chine a un atout : c’est elle qui tire la croissance de la région (la croissance du commerce régional est due, pour 60 %, aux échanges avec la Chine). De plus, le 1er janvier 2010, elle a mis en place avec l’Asean [2] la plus grande zone de libre-échange du monde, devant l’Union européenne et l’accord nord-américain (Alena).

M.S.


[1NPIA : Nouveaux pays industrialisés d’Asie, ils regroupent les « Dragons » (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong) et les « Tigres » (Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Philippines, Brunei).

[2L’Asean est l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam), fondée en 1967 par cinq des membres actuels contre la « contagion communiste » et élargie en 1995 et 1997. Elle a pour but de renforcer la coopération financière et monétaire, de peser ensemble dans les négociations internationales et est liée par un accord de libre-échange.

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