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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 64, juillet-août 2009

Quelques livres pour les vacances... ou la rentrée : Prenons parti - Pour un socialisme du XXI siècle

Mis en ligne le 3 juillet 2009 Convergences Culture

Olivier Besancenot et Daniel Bensaïd

Prenons parti

Pour un socialisme du XXI° siècle

Collection Mille et une nuits, Fayard, 373 pages, 16 €


Cet ouvrage est paru il y a quelque temps déjà, plusieurs mois avant que le Nouveau parti anticapitaliste soit officiellement fondé. Il présentait ce qui n’était alors encore qu’un projet des dirigeants de la LCR. Mais de là l’intérêt de sa lecture qui permet d’éclairer la nature et la politique du nouveau parti.

Olivier Besancenot et Daniel Bensaïd expliquent pourquoi il faut lutter contre le capitalisme et le remplacer par une société socialiste, véritablement démocratique, et qui permette à toutes et à tous un plein épanouissement en respectant la nature et en faisant disparaître toutes les formes d’exploitation, d’oppression et de discrimination.

Ils y parviennent assez bien, grâce notamment à une foule d’exemples, de statistiques récentes, de situations vécues et de témoignages pris sur le vif. Sont mises en exergue non seulement les aliénations quotidiennes que subissent les hommes et les femmes mais aussi les luttes multiples menées pour faire respecter leur dignité d’êtres humains. Et, si l’on peut émettre quelques réserves sur la coquetterie qui consiste à publier des « lettres ouvertes » envoyées en leurs noms propres à quelques acteurs majeurs de la politique et de l’économie (de Laurence Parisot à Christine Lagarde en passant par Dominique Strauss Kahn et Daniel Vaillant), si l’on ne partage pas forcément toutes leurs options et opinions, dans l’ensemble cependant ces pages, parfois non dénuées d’humour, se lisent facilement. Ceux à qui les ouvrages « théoriques » font peur, peuvent se rassurer.

La façon d’envisager à l’avenir l’organisation d’un monde meilleur emporte certes largement l’adhésion mais il y a cependant un point que n’abordent pratiquement pas Besancenot et Bensaïd : comment passer du système capitaliste actuel au « socialisme du xxie siècle » qu’ils appellent de leurs vœux ? Là, c’est le trou noir, au-delà de quelques généralités sur la nécessaire auto-organisation des masses dans les luttes. C’est aussi la principale faiblesse du livre.

La raison qu’ils avancent pour expliquer ce silence est qu’ils ne veulent pas donner de « solutions clés en main ». Mais c’est un peu juste. Personne ne prétend avoir des solutions toutes faites à tous les problèmes et il est juste de dire qu’il est impossible de prévoir à l’avance les formes et les rythmes que prendront demain les luttes des classes laborieuses. Mais, pour forger l’avenir, on peut malgré tout s’inspirer du passé.

Ils le font dans une certaine mesure, mais en sélectionnant soigneusement les exemples qu’ils mettent en avant avec cependant une constante : tout ce qui concerne l’expérience du mouvement ouvrier révolutionnaire (communiste mais aussi libertaire) du xxe siècle, est absent de ces pages ou, au mieux, évoqué en quelques lignes. Ils écrivent par exemple (page 86) : « De la révolte des esclaves menées par Spartacus au temps de l’Empire romain jusqu’aux révolutions de 1789, 1830, de 1848 et de 1871, aux grèves générales qui ont secoué le monde, aux luttes de libération nationale dans les pays du tiers monde, l’histoire de l’humanité se rappelle à nous » . Exit la Révolution russe de 1905 (sauf 5 lignes en fin d’ouvrage), la Révolution d’Octobre 1917, les Républiques allemande et hongroise des conseils ouvriers et de soldats des années 1920, les comités d’usine en Italie à la même époque, les communes agricoles anarchistes et les comités ouvriers de Barcelone pendant la Révolution espagnole, etc. De même, les conseils ouvriers de Hongrie et de Pologne en 1956 sont oubliés et les grèves générales de Juin 1936 et de Mai 68 en France sont essentiellement considérées sous l’angle de l’ambiance joyeuse et bon enfant qui émanaient de tels mouvements sociaux.

Ainsi est gommé de l’histoire du mouvement ouvrier tout ce qui a présenté un caractère ouvertement révolutionnaire. Le leitmotiv, selon lequel les opprimés n’ont pas à recourir à la violence sauf pour se défendre (citations de Ken Loach, d’Élisée Reclus et de “Che” Guevara à l’appui, mais pas une seule de Lénine, de Trotsky ou de Durruti), est une dérobade. Les révolutionnaires ne sont pas assoiffés de sang et ne défendent pas l’usage de la violence pour elle-même. Mais ils savent bien que l’on ne pourra renverser l’État bourgeois et le détruire qu’en faisant appel à elle sous la forme de millions de travailleurs et de pauvres organisés et armés. Voilà le chapitre qui manque dans ce livre… comme il manque toujours dans le programme fondateur du NPA.

Jean LIEVIN

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