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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 64, juillet-août 2009

Au CHU de Besançon, la lutte continue

Mis en ligne le 3 juillet 2009 Convergences Entreprises

La quasi-totalité des CHU et la majorité des hôpitaux sont en déficit et subissent des réorganisations du temps de travail et des suppressions de postes. Dans une circulaire de juillet 2008, le ministère de la Santé faisant un « inventaire des mesures potentielles à examiner » pour diminuer les charges de personnel médical et non médical, listait « les suppressions ou non remplacement de postes », la « mise à plat des protocoles ARTT », « ou regroupement de laboratoires, fermeture de services »... Et, un peu partout, depuis des mois, les personnels des hôpitaux se battent seuls face à leur direction et l’ARH. La lutte à l’hôpital de Besançon, qui a commencé début novembre quand la direction a annoncé son intention de s’en prendre aux RTT et vient de rebondir avec le vote d’un budget d’austérité, en est un exemple.

Les confédérations syndicales laissent les sections locales et les militants se débrouiller comme ils peuvent, chacun dans leur coin. Mais elles se gardent bien d’essayer d’unifier ces luttes éparses, de les coordonner et de les faire confluer dans un mouvement d’ensemble résolu, planifié, s’étendant dans tous les secteurs. Aux personnels en lutte de s’en charger eux-mêmes, ce que, à l’hôpital de Besançon, nous avons tenté à plusieurs reprises au cours de l’année… tout comme les salariés des hôpitaux de Rennes, de Nancy, de Champagnole ou de Carhaix. C’est la seule manière de faire reculer le gouvernement.

Un déficit fabriqué, pour imposer les suppressions de RTT et d’emplois

Au CHU de Besançon, donc, la direction a finalement présenté, début mai, son budget 2009 avec un déficit de 7,6 millions d’euros. Du coup les menaces de réductions d’effectifs et de suppressions d’une partie des RTT contre lesquelles depuis l’automne dernier les personnels manifestent, se concrétisent. Le 4 mai, le directeur général a annoncé qu’il remettait en cause l’accord RTT : il veut nous imposer des journées de travail de 7 h 30 au lieu de 8 heures actuellement et des nuits de 10 heures au lieu de 10 heures 10, évidemment sans changer la charge de travail. Dans les services soignants, la direction veut supprimer la demi-heure de repas et, dans le reste des secteurs, cette pause est portée à 1 heure. Pour les personnels, cela entraînerait la perte d’un maximum de 12,5 jours de repos.

Le directeur général (DG) explique que, comme nous serons plus souvent dans les services, il y aura besoin de moins de remplaçants. Il compte donc supprimer environ 200 postes. Pour essayer de faire passer la pilule, il se glorifie d’avoir embauché 172 personnes entre octobre 2008 et mars 2009. Il oublie juste de dire que, dans le même temps, il y a eu 176 départs ! Et il ne dit rien des contractuels et des CAE qui ont vu la fin de leur contrat. Ce n’est certes pas avec ce genre d’arguties qu’il va faire passer notre colère.

Le 6 mai, nous avons envahi à 250 le Comité technique d’établissement (CTE). Le DG nous a expliqué qu’il voulait négocier un contrat de retour à l’équilibre financier (CREF) avec les représentants syndicaux, pour éviter que l’ARH n’en impose un. Autrement dit, il voudrait que les syndicats prennent avec lui la responsabilité de nous voler des jours de congé, de choisir les postes à supprimer et pourquoi pas de privatiser certaines activités ! Devant notre colère, il a dû quitter la salle sous les huées. Et, pour l’instant, toutes les organisations syndicales ont affirmé qu’elles n’iraient pas négocier.

Un campement qui recevait visite et soutien du public

Pendant la semaine du 11 au 15 mai, des experts de la Haute Autorité de Santé sont venus visiter l’établissement pour s’assurer que nous suivions bien les protocoles et que nous faisions notre travail au mieux. Pour bon nombre d’entre nous, cela a été ressenti comme une provocation. Comment ces représentants du gouvernement pouvaient-ils nous demander de faire toujours mieux alors que ce même gouvernement allait supprimer des postes et détériorer encore nos conditions de travail ! Du coup, nous avons décidé d’installer un comité d’accueil permanent en organisant un camping d’une vingtaine de tentes dans une cour de l’hôpital pendant la durée de leur séjour. Et c’est donc à plusieurs dizaines que nous avons mangé, bu, dormi et fait la fête sur notre lieu de travail. De très nombreux habitants de la ville sont venus partager un moment de convivialité et surtout discuter de l’avenir de la Santé et des luttes nécessaires pour stopper l’offensive du gouvernement contre les services publics.

Le 14 mai, nous nous sommes retrouvés à environ 500 pour manifester entre l’hôpital J. Minjoz et l’agence régionale de l’hospitalisation (ARH), soit environ six kilomètres. Des collègues de l’hôpital psychiatrique de Novillars, de l’hôpital de Pontarlier et quelques enseignants-chercheurs nous ont rejoints, ainsi qu’une vingtaine de médecins de l’hôpital. Une délégation a été reçue par le directeur de l’ARH qui nous a confirmé que, malgré ce que voudrait faire croire Bachelot, dans la Santé comme dans la grande majorité des services publics, tous les départs en retraite ne seraient pas remplacés.

Le 25 mai, le Conseil d’administration a voté le budget du CHU avec 11 voix pour (les élus des médecins, les représentants des usagers et une élue municipale UMP) et 9 voix contre (les représentants du personnel et les élus de gauche de la municipalité).

Début juin, la CFDT et l’UNSA ont dit qu’elles iraient aux réunions proposées par la direction... pas pour négocier, seulement «  parce qu’elles sont contre la politique de la chaise vide » . Devant la colère des salariés quand ils ont expliqué cela en AG, les syndicalistes ont dû changer d’avis et se retirer.

La direction voulait présenter sa nouvelle organisation de notre temps de travail au CTE du 26 juin. Nous étions plus de 500 pour demander des comptes et dire au DG ce que nous pensions de sa réorganisation de notre temps de travail. Comme d’habitude, il a évité de s’expliquer devant nous en fuyant par une porte dérobée.

27 juin 2009

Anne FONTAINE

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