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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 46, juillet-août 2006 > DOSSIER : Afghanistan, Irak, Iran, Somalie… l’islamisme face à l’impérialisme (...)

DOSSIER : Afghanistan, Irak, Iran, Somalie… l’islamisme face à l’impérialisme : ennemis irréductibles ou futurs partenaires ?

Quel avenir pour le Hamas ?

Mis en ligne le 28 juin 2006 Convergences Monde

De toutes les organisations opposées à la politique de l’impérialisme, le Hamas semble aujourd’hui la plus irréductible. Sa victoire électorale du 26 janvier 2006 apparaît d’abord comme le désaveu de ceux qui ont cherché un compromis avec les Occidentaux et Israël.

En effet, en occupant postes et responsabilités dans l’État croupion mis en place par les accords d’Oslo de 1993, les dirigeants du Fatah avaient accepté de cautionner l’aggravation de l’occupation militaire israélienne et le déni des droits de la population palestinienne. Pendant que l’Autorité palestinienne discutait avec le gouvernement israélien sous l’égide américaine et faisait la police dans les territoires palestiniens, Israël continuait de bloquer ceux-ci, de coloniser les meilleures places de Cisjordanie et d’élever le mur qui coupe entre elles les terres palestiniennes. Plus le Fatah essayait d’améliorer ses relations avec le gouvernement israélien (sans vraiment y parvenir d’ailleurs), moins la population palestinienne avait le droit de travailler en Israël ou même de voyager, y compris d’un bout à l’autre du territoire palestinien. Moins elle voyait aussi la couleur de l’aide financière internationale du fait d’une corruption généralisée des dirigeants, d’autant plus choquante pour la population que la misère s’est accrue, due aux destructions et aux bouclages israéliens.

Dans ces conditions, la politique d’Ariel Sharon puis de Ehud Olmert, leur refus de négocier avec l’Autorité palestinienne, même quand ils abandonnaient Gaza, ne pouvaient que donner le coup de grâce à la popularité du Fatah dans l’opinion palestinienne. Consciemment menée dans le but de diviser les leaders palestiniens et d’exercer un chantage contre eux, elle a abouti à la victoire électorale du Hamas. Les Palestiniens qui voulaient dénoncer toutes les dérives du Fatah n’avaient plus que l’organisation islamiste vers qui se tourner.

Irréductible

Fondé en 1988, au cours de la première intifada, la Hamas n’a cessé de gagner du crédit par ses prises de positions hostiles aux négociations. Il a dénoncé les accords d’Oslo de 1993 et la création de l’Autorité palestinienne. Il s’est démarqué en continuant à tenir un discours agressif à l’égard d’Israël, dont sa charte prône la destruction. Son image radicale a été renforcée par la politique d’attentats-suicides visant la population israélienne. Enfin, par contraste avec le Fatah corrompu, ses militants ont su garder l’image d’hommes honnêtes et dévoués, non seulement capables de produire des martyrs, mais aussi actifs sur le terrain pour aider la population à survivre au quotidien.

Le Hamas, en venant au pouvoir, n’a pas officiellement renoncé au terrorisme anti-israélien (mais l’armée israélienne n’a pas plus renoncé aux bombardements, aux assassinats ciblés ou au mur de séparation). Il refuse toujours de reconnaître officiellement Israël. C’est le prétexte pour les pays occidentaux pour interrompre toute aide financière au nouveau gouvernement et n’apporter un soutien politique qu’à Mahmoud Abbas, président palestinien, dirigeant du Fatah et partisan de la négociation avec Israël. Le contrôle de leur soutien financier et matériel à la Palestine (pas énorme mais quand même important dans la situation de misère dramatique où sont les territoires palestiniens : fonctionnaires non payés, hôpitaux en état catastrophiques, approvisionnements en rupture de stocks, hausse des prix, etc.) doit échapper complètement au gouvernement Hamas.

Sans alternative

Guerre à mort donc entre l’impérialisme et Israël d’un côté et le Hamas de l’autre ? Peut-être moins qu’il n’y paraît.

Certes, le Hamas refuse, jusqu’à ce jour, le moindre geste de conciliation vis-à-vis d’Israël (ce qui semble plutôt arranger celui-ci en lui donnant un prétexte à continuer sa politique unilatérale, ses attaques militaires et ses bombardements). Mais il a reconnu l’Autorité palestinienne et gouverne au nom de celle-ci et a donc accepté dans les faits le cadre légal et électoral imposé par les accords d’Oslo (signés avec Israël) qu’il récusait jusque-là. D’autre part, toutes ses déclarations depuis qu’il est passé du statut de mouvement d’opposition à celui de parti de gouvernement se sont faites nettement plus conciliantes vis-à-vis des États-Unis.

Il se préparerait, à court ou à long terme, à négocier à son tour et reprendre la voie empruntée avant lui par l’OLP et le Fatah, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Certes, pour négocier, il faut être deux et il faudra donc aussi qu’Israël et ses protecteurs américains s’y décident de leur côté. Mais que peuvent-ils faire d’autre s’ils ne parviennent pas à s’en débarrasser (la solution que sans aucun doute ils préféreraient) ?

On ne voit pas non plus quel autre choix le Hamas a de son côté, à la tête d’un peuple dans la misère, assiégé, sous des pressions de toutes sortes. Il peut certes continuer la guérilla militaire et politique que les Palestiniens mènent depuis des décennies (et qui leur coûte, au moins en nombre de victimes, plus qu’aux Israéliens eux-mêmes). Mais pour aboutir à quoi d’autre que la situation actuelle ?

La seule perspective d’envergure serait de sortir de l’étroit nationalisme palestinien (laïque ou religieux d’ailleurs), de mener la lutte au nom et dans l’intérêt de tous les opprimés de la région, israéliens compris, de s’appuyer sur eux pour viser au renversement de tous les oppresseurs, non seulement juifs mais aussi arabes ou palestiniens. À cette condition, la carte de la Palestine, et probablement de toute la région, pourrait être remodelée et toutes les oppressions d’un peuple sur un autre balayées.

Cette perspective n’est évidemment pas celle du Hamas, réactionnaire, islamiste, lui-même partisan de l’oppression religieuse. Et c’est pour cela que, s’il se maintient, tôt ou tard il sera amené à pactiser à son tour avec Israël et l’impérialisme... y compris contre les Palestiniens eux-mêmes.

Simone CANETTI

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