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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 46, juillet-août 2006

En marge du 48e Congrès de la CGT : naissance d’une opposition ?

Mis en ligne le 28 juin 2006 Convergences Politique

Au congrès de la CGT, tenu du 24 au 28 avril à Lille, fort du recul du gouvernement sur le CPE présenté comme une victoire du « syndicalisme rassemblé », Bernard Thibault a été réélu à la tête de la Confédération et les textes « politiques » présentés par la direction sortante ont été assez largement approuvés par le Congrès : 82 % pour le bilan d’activités, 80,4 % pour le texte d’orientation. Seule la réforme du système de collecte et de répartition des cotisations aurait rencontré une forte opposition, approuvée par seulement 63,2 % des votes.

Pourtant ces derniers temps la direction confédérale a été chahutée à plusieurs reprises. Fin 2002, la direction de la Fédération des mines et de l’énergie, dirigée alors par Denis Cohen, avec l’appui du Bureau confédéral, avait approuvé la transformation du système de retraites des travailleurs d’EDF-GDF voulue par l’entreprise pour faciliter son entrée en Bourse. Une bonne partie des militants CGT de la Fédération avait mené campagne contre et Denis Cohen avait été désavoué par les salariés en janvier 2003. En 2005, il y a eu la mise en minorité de Thibault et de la majorité du Bureau confédéral par le Comité confédéral national qui décidait d’appeler à voter « non » au référendum sur la Constitution européenne. Enfin certaines fédérations ou unions départementales sont classées comme opposantes (Fédération de la Chimie, UD des Bouches-du-Rhône : Thibault avait été hué lors du meeting qui s’était tenu à Marseille à la fin du mouvement de 2003 sur les retraites des fonctionnaires), ou sont le siège d’âpres luttes comme l’USTM (métallurgie).

À la tête de cette opposition « visible », on trouve avant tout des responsables ou d’anciens responsables, des hommes et des femmes d’appareil. Mais il ne faudrait pas en déduire pour autant qu’il n’y a là qu’une querelle entre bureaucrates.

Dans et hors congrès

La politique de « recentrage », voulue depuis longtemps par la direction confédérale et retardée pour cause de grève des cheminots au 45e Congrès de décembre 1995, a commencé à être mise en œuvre par Thibault dès le 46e Congrès de février 1999.

Certes, cela fait longtemps que tous les syndicats en France sont intégrés au système capitaliste et même à l’appareil d’État. Mais la ligne voulue par Thibault et consorts vise une intégration plus poussée encore, ce qui suppose plus de prérogatives pour les directions syndicales... et moins de droits pour les travailleurs.

La préparation des congrès de la CGT n’a jamais été réellement démocratique. Au congrès même, prendre la parole n’est pas un droit pour un délégué, c’est la direction qui choisit qui intervient. De même, tous les amendements proposés ne sont pas soumis au vote. Il est impossible de faire voter une motion. L’existence de critiques de la politique confédérale de la part de militants et adhérents CGT, au congrès et en dehors, convie donc à s’interroger sur l’apparition d’une opposition plus ou moins organisée. Car c’est cela que tentent de construire quelques responsables CGT.

D’autre part, en marge du congrès, un meeting s’est tenu à la Bourse du Travail de Lille le 26 avril, organisé par les métallos CGT du Nord et auquel sont venus des délégués d’autres fédérations ou Unions départementales. En tout, 250 personnes. Là, plusieurs délégués à qui on avait refusé la parole au congrès ont pu lire le texte de leur intervention prévue. Une motion-pétition a été adoptée. Des réunions ouvertes « oppositionnelles » de comptes-rendus du Congrès ont été annoncées pour le début de l’été (à notre connaissance, elles n’ont pas encore eu lieu).

Une critique radicale

Les interventions et les textes écrits critiquent la politique confédérale récente : l’isolement où sont restés les marins de la SNCM et les traminots de Marseille à l’automne 2005, l’organisation de « journées d’action » espacées et sans perspective. À propos du CPE, Jean-Pierre Delannoy, secrétaire de l’USTM-Nord, organisation invitante au meeting de Lille, expliquait dans son intervention : « Nous aurions aimé, par respect aux étudiants et lycéens qui étaient toujours dans la bagarre sur le CNE et contre la loi de l’égalité des chances, un peu plus de retenue après que le gouvernement eut annoncé que le CPE allait être remplacé par un autre texte qui se traduit par plus de fric pour les patrons.

Là également, pourquoi ne pas avoir embrayé dès le 4 avril 2006 contre le CNE plutôt que d’attendre le 48e congrès pour proposer d’autres initiatives à ce propos ? Il est évident qu’aujourd’hui il est plus compliqué de repartir dans une mobilisation plus de 15 jours après ! »

Et la motion-pétition adoptée à ce meeting réclame, entre autres, l’abrogation des lois anti-ouvrières des gouvernements Raffarin et de Villepin, la suppression des emplois précaires et les embauches en CDI, des salaires indexés sur un SMIC à 1 590 € nets, une augmentation des salaires de 300 €, l’interdiction des licenciements, l’arrêt des délocalisations, l’arrêt des aides au patronat. Quant aux moyens à mettre en œuvre, la motion-pétition parle de « (...) créer toutes les conditions pour construire les bases d’une grève générale, seule solution pour contraindre gouvernement et patronat à répondre à nos exigences revendicatives. »

À suivre

Mais, ainsi que nous le disions plus haut, l’intégration des syndicats n’est pas chose nouvelle. De nombreux organismes de collaboration de classe fournissent des avantages institutionnels et financiers aux appareils syndicaux, interlocuteurs patentés du patronat et du gouvernement. Or, tous les protagonistes connus des débats actuels, « opposants » comme « dans la ligne », ayant été et étant partie prenante de cette politique de collaboration de classe pratiquée à tous les étages syndicaux, y compris à la CGT, il faut donc relativiser les appellations de « partisans de la lutte de classe » et de « réformistes » utilisées par les opposants actuels.

Et puis il n’y a pas que les revendications et la nécessité de la convergence des luttes qui nous séparent, dans l’action, de la politique des dirigeants confédéraux. Il y a, et c’est essentiel, la question de l’organisation des travailleurs en lutte dont la plupart n’appartiennent à aucun syndicat et qui se voient, le plus souvent, imposer des dirigeants syndicaux sans possibilité de les choisir ou de les démettre. Les dirigeants oppositionnels ne parlent ni des « coordinations », ni des comités de grève, et ce n’est sans doute pas un hasard. Or, dans le passé, c’est autant, sinon plus, là-dessus que sur les revendications que les militants révolutionnaires ont eu à s’affronter à des dirigeants syndicaux, y compris du type de ceux qui, aujourd’hui, se lancent dans l’opposition.

Des militants d’extrême-gauche, en particulier de la LCR, ont visiblement choisi de s’investir aux côtés de dirigeants comme Jean-Pierre Delannoy. C’est un choix qui comporte le risque d’être utilisés à des fins qui, une nouvelle fois, peuvent être contraires aux intérêts des travailleurs. D’un autre côté, sur le terrain, il est difficile de ne pas être aux côtés de militants qui, en partie au moins, tiennent le même langage que nous dans la critique de la politique confédérale. À suivre donc, en particulier lors des prochaines luttes qui seront le vrai critère pour juger de la nature de l’opposition CGT.

21 juin 2006

Jean-Jacques FRANQUIER


Cotisations : la direction confédérale veut tenir les cordons de la bourse

Jusqu’à maintenant, chaque syndicat CGT « de base » collecte les cotisations. Ensuite, ce syndicat reverse une part à sa fédération, à son union locale, à son union départementale. Avec le développement des sections syndicales, de nombreux syndicats « de base » sont départementaux et effectuent des versements à plusieurs unions locales et, parfois, à des structures supplémentaires : unions régionales, unions nationales. La différence reste au syndicat de base. Mais chaque reversement se fait en somme fixe, dont la hausse régulière est décidée par ces structures intermédiaires dont les dépenses augmentent, alors que chaque cotisation représente en théorie 1 % (souvent moins) d’un salaire qui n’augmente guère depuis des années...

Pour obtenir l’appui de ces syndicats à la réforme proposée, la direction confédérale a proposé de passer à des reversements en pourcentage et non en somme fixe : désormais, le syndicat collecteur conservera un pourcentage fixe de ses cotisations (théoriquement 33 %). Mais le reste sera directement versé à un organisme collecteur confédéral qui se chargera, lui, de faire redescendre leur part aux fédérations, unions locales et départementales... On comprend donc les réticences manifestées par des fédérations ou des UD qui dépendront ainsi du bon vouloir de l’organisme confédéral...

Mais beaucoup de militants CGT étaient aussi attachés au système qui veut que ce soit « ceux d’en bas qui payent ceux d’en haut » et non le contraire. Et le nouveau système de cotisations n’est pas seulement destiné à remettre un peu d’ordre dans un système compliqué. Il pourrait faire partie du dispositif destiné à museler les diverses oppositions. C’est d’ailleurs le système en vigueur à la CFDT depuis des années. Et on sait comment la direction de la CFDT a traité ses opposants.

J.-J.F.

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