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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 17, septembre-octobre 2001

Plans de licenciements : les emplois disparaissent, les profits restent

Mis en ligne le 22 septembre 2001 Convergences Politique

Après la vague du printemps, les plans de suppressions d’emplois et de licenciements ne se sont pas arrêtés durant l’été, bien au contraire. Après AOM, Marks & Spencer, Danone, les filatures Mossley, Valéo, Péchiney, de nombreuses entreprises annoncent des liquidations judiciaires, des fermetures de sites et les secteurs des hautes technologies compriment leurs effectifs (Ericsson, Hewlett Packard,…)

Au total fin août, 33 entreprises annonçaient 14000 suppressions d’emplois.

Comme d’habitude, cela n’est que la face émergée de l’iceberg puisque 85% des licenciements s’opèrent sans plans sociaux, sans parler des fins de contrats précaires CDD ou intérim.

Le gouvernement annonce 53000 demandeurs d’emplois de plus depuis le mois de juin et la courbe du chômage remonte clairement.

Les deux entreprises qui auront marqué l’été ont été AOM/Air Liberté et Moulinex.

Dans les deux cas la leçon est malheureusement édifiante des méthodes patronales et de la politique du gouvernement.

A AOM/Air Liberté, après deux mois de conflits et déclarations du gouvernement, on en est arrivé à un plan social qui supprime 1800 emplois, avec 1000 licenciements et presque autant de départs « volontaires ».

Les deux actionnaires responsables de cette situation, Swissair et Seillière ont obtenu la garantie de ne pas être inquiétés.

L’indignation soulevée par ce plan a amené Gayssot à inaugurer une nouvelle méthode : faire le tour des boîtes du secteur public (EGF, Air France, SNCF,…) pour promettre aux mille salariés licenciés qu’ils retrouveraient un emploi.

On se rendra vite compte, derrière l’effet d’annonce de la supercherie de cette méthode, aucune de ces entreprises n’ayant l’intention d’embaucher plus de salariés que leur plan ne le prévoit.

La même méthode est prévue chez Moulinex, actuellement en redressement judiciaire, où presque 20 000 emplois sont menacés. Christian Pierret, Ministre de l’Industrie, veut là aussi obtenir des reclassements dans les entreprises autour des sites de Moulinex, sans plus inquiéter le groupe Brandt, responsable de la fermeture.

Dans tous les cas, la méthode des patrons est la même. Calculette à la main, ils décident que des secteurs de la production ou des entreprises ne ramènent plus assez de profits pour les actionnaires. Peu importe que l’activité, la production soit socialement utile, peu importe le sort de ceux qui y travaillent, ils usent de leur droit de propriétaire.

Face à eux, le gouvernement se garde bien de remettre en cause leur droit de supprimer le niveau des emplois pour maintenir le niveau des profits. Comme disait Jospin il y a deux ans à propos de Michelin, « on ne va pas remettre en cause la loi du marché ».

Le gouvernement répartit le chômage

Par contre, le gouvernement étale la misère, pour qu’elle se voie moins, surtout à la veille des élections de 2002. Même si quelques salariés trouvaient un reclassement par la méthode Pierret/Gayssot, ce serait en perdant leur qualification et leur ancienneté, en devant le plus souvent s’éloigner encore plus de leur domicile…et évidemment en étant embauché en priorité par rapport à d’autres chômeurs. C’est donc bien encore la classe ouvrière qui paierait le maintien des profits des patrons en se répartissant le chômage.

C’est ce qui se passe dans l’exemple d’AOM/Air Liberté. Quelques centaines de salariés ont réussi à se faire embaucher dans le cadre du recrutement d’Air France, perdant leur ancienneté et une partie de leur qualification. Reclassement d’ailleurs remis en cause aujourd’hui après l’annonce par Air France du gel des embauches. Ceux et celles qui restent chez AOM/Air Liberté ont vu leurs accords d’entreprises dénoncés et retombent au niveau de la convention collective. Quelques centaines d’autres retrouveront peut-être du travail dans des entreprises du secteur, sous-traitants des grandes compagnies avec des conditions sociales dégradées.

C’est bien l’interdiction des licenciements qui est à l’ordre du jour, comme l’ont lancé des dizaines de milliers de manifestants le 9 juin.

Mais aujourd’hui la riposte des salariés confrontés aux plans de licenciements reste éclatée. Certes les salariés de chez Moulinex Alençon avaient réagi en occupant leur entreprise et ceux de Mossley en constituant un « trésor de guerre » avec les stocks de bobines de leur entreprise. Mais au total, le plus souvent les syndicats restent tétanisés ou limitent leur action au sein de l’entreprise, ou pire organisent eux-mêmes le plan social : ainsi chez AOM/Air Liberté, les sections qui avaient appelé au 9 juin ont elles-mêmes dressé la liste des licenciés.

Mais ce qui est spectaculaire, c’est le silence des directions syndicales qui acceptent comme une fatalité les plans de licenciements patronaux et qui notamment au mois de juin n’ont organisé aucune riposte et s’apprêtent à faire de même ou à se dédouaner encore une fois comme la CGT, par des actions sans lendemain.

La voie choisie par les LU Danone est la bonne : proposer aux travailleurs des entreprises touchées par les plans, à tous les salariés et à leurs organisations, syndicales politiques et associatives de se mettre ensemble pour imposer l’interdiction des licenciements.

Le 21 septembre 2001, Laurent Carasso

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