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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 17, septembre-octobre 2001 > DOSSIER : La santé malade du profit

DOSSIER : La santé malade du profit

Tiers-Monde : l’agonie du système de santé

Mis en ligne le 22 septembre 2001 Convergences Monde

Lorsqu’on parle aujourd’hui de « maladies tropicales », c’est bien souvent par abus de langage. Bien des maladies (choléra, tuberculose…) ont vu leur centre de gravité se déplacer sous les tropiques (essentiellement en Afrique subsaharienne) pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le climat mais bien plutôt avec la misère et son cortège de conséquences : sous-nutrition et/ou malnutrition, carences du réseau d’eau potable et d’assainissement, insuffisance de l’accès aux soins et aux médicaments. C’est ce qui explique que, malgré les avancées de la médecine, les deux dernières décennies aient annulé à bien des égards les progrès réalisés par les pays du Tiers-Monde en matière de santé depuis les années 1960. Ainsi en Somalie, les dépenses de la santé ont baissé de 78 % entre 1975 et 1989…

Un nouveau Moyen-Age ?

« L’espérance de vie saine de certains pays africains est en train de reculer jusqu’à des seuils qui n’existent plus dans les pays industrialisés depuis le Moyen-Age », écrit Alan Lopez, de l’O.M.S. Il n’est qu’à moitié vrai de rendre la pandémie du SIDA responsable de cette récente dégradation : dans un pays comme la Zambie où 20% de la population est séropositive, le gouvernement consacre annuellement 17$ par personne aux services de santé... et 30$ au service de la dette ! Le VIH tue, certes, mais il trouve de précieux alliés en la personne des grands argentiers du FMI : les pays dits « en voie de développement » concentrent 90% des malades du SIDA, mais seulement 14% des dépenses de prévention et 6% des dépenses de soins…

Médecine à deux vitesses…

Dans les grands centres urbains africains ou s’entassent les ruraux déracinés, seuls quelques sites hospitaliers privés offrent des prestations médicales de bon niveau : le gros de la population n’y a pas accès, et doit se rabattre sur des médications douteuses (médicaments de contrebande, comprimés vendus à l’unité) voire sur les « tradi-praticiens » qui prospèrent sur les ruines de la médecine moderne (au point de tenir désormais de véritables congrès internationaux…). Dans les 60 bidonvilles en pleine expansion que compte Dakar, 400 000 personnes vivent avec moins de 75 centimes par jour. Les dépenses de santé étant tombées aux alentours de 1% du budget, un pan entier de la population échappe ainsi à tout suivi sanitaire.

… ou médecine en marche arrière ?

Aux séquelles de l’ajustement structurel viennent s’ajouter les conséquences de la dévaluation du franc CFA et d’autre monnaies (shilling somalien, etc.) : de 1993 à 1997, le pouvoir d’achat d’un salarié moyen a reculé de 20 à 40% dans la zone franc sous l’effet d’une inflation qui n’a guère ralenti depuis. « De nombreuses familles doivent dépenser plus de 100% de leurs revenus pour se faire soigner en cas d’urgence » écrit un rapport de l’OMS. La ration alimentaire moyenne s’en ressent également : en 2000, les statistiques de la Banque mondiale font état d’une aggravation du retard de croissance et du déficit pondéral moyen observé chez les jeunes.

Cette paupérisation n’épargne pas le personnel de santé, paralysant les services. La pratique des bakchichs se généralise dans le monde médical. Certain(e)s infirmier(e)s, voire les personnels administratifs ou techniques ont tendance à se substituer aux médecins, consultant pour leur propre compte ; les files d’attentes sont l’occasion de différents rackets ; le matériel est volé [1].

« La mort se banalise dans les pays africains de la zone franc, écrit Nicolas Agbohou. Le secteur économique le plus rentable actuellement est celui qui se rapporte à la mort : pompes funèbres, cercueils, morgues, corbillards, matériaux de constructions de tombes, (…) ». [2]

Que dire alors des zones en guerre, comme le Sierra-Léone (où l’espérance de vie moyenne est tombée en dessous de 40 ans), le Sud-Soudan, le Congo-Brazzaville, le Congo-Kinshasa, sinon qu’en bien des régions, le système de santé est revenu à l’année zéro…

Julien FORGEAT


[1Voir le témoignage intéressant d’une femme médecin en Afrique Noire, dans le n°195 d’Afrique Contemporaine, Juillet-Septembre 2000.

[2Nicolas AGBOHOU, Le franc CFA et l’euro contre l’Afrique, Editions SOLIDARITE MONDIALE A.S., Paris, 1999

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